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Tumi & The Volume : leçon Hip Hop de Soweto

Tumi & The Volume : leçon Hip Hop de Soweto


Trois ans après la galette initiale qui avait propagé son flow ciselé jusqu’à nos oreilles, le MC sud-africain Tumi revient avec son Volume (Dave, basse ; Tiago, guitare ; Paulo, batterie) et l’album "Pick A Dream". Soit une succession de petits scénarios hétéroclites, cousus du fil blanc de l’optimisme et d’un engagement à la douceur virulente. Rencontre. (Photos : Youri Lenquette)


La pochette représente un hommes à la recherche de sa tête (voir la photo ci-dessous)... Que signifie ce dessin ?

Tumi :
Il représente ce voyage sacré qu'est la vie, qui consiste à trouver sa tête : je veux dire « te trouver toi-même », le sens de ton existence. Ce dessin d’Hippolyte constitue une métaphore de cette quête. Comme l’indique le titre Pick a Dream (« choisis un rêve »), j’aime cette capacité à inventer ta vie, qui devient aventure fabuleuse ou cauchemar, par la seule force de tes rêves. Tu ne dois pas subir, tu choisis. Tu vis !
 


Tiago : Le « choix » constitue le fil conducteur. Un chemin à trouver entre bon et mauvais, joli et laid : tu portes la tête que tu veux, mais tu t’impliques ! Beaucoup de gens accablent les autres pour ce qui leur arrive : ma vie est rude parce que mon gouvernement est pourri, parce que le monde entier révère l’argent... Mais réfléchis : peut-être toi aussi aimes-tu l’argent, et peut-être toi aussi as-tu voté pour ton gouvernement. Tu es responsable de ton destin !


Vers quels chemins vous porte justement votre destin depuis votre dernier album (voir la vidéo ci-dessous), en 2007 ?


Tumi & Tiago :
Nous avons tourné non-stop, et franchi les portes du studio pour pouvoir continuer. Si ce disque capture le feu du live, il résume surtout la somme des sons collectés ces trois dernières années. Nous avons sélectionné les meilleurs clichés et conçu notre album comme une fulgurance. Le dernier s’écoutait comme un long-métrage, celui-ci se vit avec l’énergie d’un film d’action !
 

 



Chacune de vos chansons raconte une histoire. Comment se passe leur élaboration ?

Tiago :
Tumi construit ses chansons comme un réalisateur, avec un aspect cinématographique. Il donne un thème : un mec jaloux, une femme au foyer... On peint le background musical, puis il écrit les paroles, le script.

Tumi : Quand j’écoute la musique, je me dis « ok, ça sonne triste » ou « ok, ça sonne optimiste ». Puis j’écris, je peaufine les détails, on mélange les couleurs, les nuances. Telle chanson révèle sa noirceur... mais avec une lueur d’espoir, ou l’inverse. Des affluents viennent nourrir le courant principal, pour créer notre propre rivière. Par exemple, "Through My Sunroof" raconte l’histoire d’un gars qui apprend le décès de sa copine. Et pendant qu’il conduit, au coeur de cette mégapole qu’est Jo’Burg, un papillon vole par le toit de sa voiture. Ce petit moment de lumière, ce miracle vécu, contient tout l’espoir, toute l’essence de la vie.
 

 


 

Tumi, dans tes textes, tu t’inspires de la vie courante en Afrique du Sud... Comment vit-on, en tant que musicien trentenaire, dans ce pays ?

Tumi :
C’est à la fois excitant, effrayant et injuste. Excitant, parce que la seule chose que j’aie à faire en me levant le matin, c’est d’ouvrir ma porte pour sentir, palper, goûter l’angoisse, le désespoir et les aspirations d’un pays. Pour un artiste, l’Afrique du Sud constitue une source d’inspiration fabuleuse. En même temps, c’est frustrant, car ton potentiel y est limité, voire censuré, par une société étriquée.

Tiago : Il n’y a aucun endroit au monde qui ressemble à ce pays. Tu sors de chez toi pour aller chercher une brique de lait, et tu vois aux alentours ces immeubles immenses avec des barrières électriques, cette fourmilière de voitures, ces gens qui vendent des cigarettes au coin des rues... En fait, comme le dit Tumi, ce qui t’inspire pourrait te faire partir, mais t’incite à rester. Ta prison nourrit ton art, mais il faut savoir regarder audelà des murs.


Avec Asinamali, tu critiques l’omnipotence de l’argent, le libéralisme exacerbé... Dans tes rêves d’un monde meilleur, penses-tu que le développement durable puisse être une solution ?

Tumi : Ecoute, je ne suis ni politicien, ni prêtre, peut-être entre les deux, mais je ne veux ni juger, ni ordonner. Je pense que le changement commence au seuil de ma porte, par la façon dont j’élève mon gamin, avec des valeurs, une éthique. Je souhaite que mon environnement proche soit sain, quel’école du quartier soit assez bonne pour y envoyer mon fils. Donc je salue les grandes initiatives – nous sommes le fruit de ça en Afrique du Sud, de gens qui ont rêvé assez fort – mais le combat commence au niveau local. Pour ma mère, la lutte c’était de travailler dur pour donner à manger à ses enfants. Moi, j’essaie d’être responsable par mon métier : la musique. De l’accomplir avec le plus d’exigence possible, pour ouvrir la voie à mes successeurs.

Tiago : Pour la planète, je ne sais pas, mais je peux te dire ce qu’il y a de meilleur pour l’Afrique : l’éducation. Les gens veulent du profitable tout de suite (un tee-shirt, de la nourriture...), et c’est ce qu’on leur donne. Mais ils ne voient pas l’horizon : une libération qui passe par l’éducation. Dans notre pays, par exemple, le plus riche du continent, le réseau internet, détenu par le gouvernement, est le deuxième plus cher au monde, et le plus lent d’Afrique ! Seuls les riches ont accès aux infos.

 

Votre succès au festival Sakifo (voir la vidéo du reportage au Sakifo 2009 ci dessous) et votre signature sur Sakifo Records vous rapprochent de la Réunion. Vous enregistrez d’ailleurs un titre, "Tine Blues", avec le sorcier blanc du maloya, Danyel Waro...

Tumi : Danyel me touche terriblement ! Désolé les mecs, mais c’est mon musicien préféré de tout l’univers ! Un jour, il m’a raconté cette histoire qui m’a chamboulé : il a commencé à chanter à 40 ans, non parce qu’il voulait devenir une idole, juste parce qu’il le sentait. Il voit la musique comme une fonction qui te console de tes tristesses, qui exprime tes joies. C’était donc une expérience intense – et très rustique ! – d’enregistrer dans ce studio improvisé, la maison de Sami, son fils !
 

 



Un mot sur la Coupe du monde : que va-t-elle apporter à l’Afrique du Sud ?

Tumi And The Volume : Zizou, Beckham, Platini, le messie et le retour du pagne... on déconne ! On pense juste qu’à l’instar de la Coupe du monde de rugby en 1995 (voir Invictus de Clint Eastwood, NDLR), cet événement va fédérer toute une nation, unie dans la même direction, et gommer les derniers différends qui divisent encore notre société.


Propos recueillis par Anne-Laure Lemancel

Et aussi :


- Ecouter et télécharger l'album "Pick a dream" de Tumi and The Volume sur Mondomix MP3
- Tumi and The Volume en couv du nouveau Mondomix Papier, pour lire c'est par ici !
- Tumi & the volume "Pick a Dream" (Sakifo Records)
- En concert le 20 juin à Rio Loco, le 21 à la Fête de la Musique Fnac, le 26 juin aux Solidays

 







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