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Uljan Baïbusynova
Uljan Baïbusynova, vient du Kazakhstan. Quand on l'écoute, il nous semble entendre l'herbe de la steppe, et bientôt ses chevaux, ses buissons d'épineux roulés par le vent. Rares sont les voix comme celle d'Uljan qui, tout en enchantant l'oreille, font galoper l'imagination. Et ce n'est pas un hasard si, après l'avoir entendue, Peter Sellars, toutes affaires cessantes, l'implora de participer à son spectacle Les Enfants d'Héraclès. L'installant, tout en haut d'un piédestal de tapis, telle une reine.
La petite fille qui s'endormait sur les genoux de son père quand ce dernier invitait les jyraou – ces chanteurs et musiciens des vieilles épopées kazakhs – à jouer et à chanter chez eux, dans une bourgade de la région du Kzil-Orda où elle vit le jour en 1973, loin d'Alma-Aty, loin de tout, ne se doutait pas qu'un jour elle-même chanterait ces mélopées ancestrales et les propagerait bien au-delà des frontières de son pays. C'était largement une tradition d'hommes.
Dans la famille d'Uljan, descendante de la tribu Kété, on comptait au fil des générations nombre de jyraou. Si son grand-père et sa grand-mère chantaient, ce ne fut pas vraiment le cas de son père ni de sa mère, même si le chant ne quittait guère la maison. Le couple eut un fils qui ne chanta pas et sept filles. Uljan était la petite dernière, le dieu du jyraou veillait sur elle. Un jour, à l'âge de huit ans, elle prit une dombra et chercha les notes d'une mélodie que sa mère venait de lui fredonner. L'année suivante, elle chantait pour la première fois en public. Elle finira par entrer à la faculté du chant traditionnel de l'université de la ville de Kzil-Orda et bientôt devenir l'élève de Chamchat Toupépova, la première femme à s'adonner corps et âme au jyraou. Au fil des années, la voix d'Uljan s'est affermie, aujourd'hui elle tonne. Et étonne. Comment une telle puissance rauque, un timbre étonnamment guttural peuvent-ils sortir du corps de cette jeune femme belle et délicate ?
En scène, la sueur perle à son front. Bon signe. « On compare le jyraou aux pur-sang, à une jument qui galope, transpire et fait l'admiration de tous, dit-elle. Et de préciser : avant de courir, on donne peu à boire et à manger aux chevaux. Pour les jyraou, c'est pareil. Juste un peu de thé avec du bouillon et de la viande d'agneau. Car, comme le cheval, le jyraou qui transpire chante mieux ».
Jean-Pierre Thibaudat
Epi Kazakhstan
Né Enkh Jargal à Oulan-Bator, fils d'un éleveur de chevaux, Epi a grandi dans un village de la steppe mongole proche de la capitale.
Il ne prit pas la succession de son père mais entra au conservatoire de musique de l'Oulan-Bator où il étudia le merin-kour, instrument qui le ramena dans la steppe et les chevaux mongols. Une légende – les steppes de tous les pays en sont friandes – raconte comment cet instrument vint au monde. Un homme pétrifié, pleure. Des brigands jaloux de son cheval ailé viennent de tuer l'animal mythique avec lequel il s'apprêtait à rejoindre sa bien-aimée. Alors qu'il se lamente, il entend une mélodie : celle du vent qui effleure la crinière de son cheval mort. L'amoureux fit des cordes de la crinière, les tendit sur une caisse de résonance et, pour se consoler, chanta sa tristesse, le vent, la steppe et le pas de son cheval. Tout ce que chante Epi, merveilleusement, avec son instrument dont on comprend pourquoi l'extrémité du manche a la forme d'une tête de cheval.
Jean-Pierre Thibaudat
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