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Concert au Théâtre de la Ville
chronique de Benjamin MiNiMuM 26 juin 2002
Reconnue à travers le monde comme une des plus grandes voix du chant hindoustani, Girija Devi n'était pas venue chanter à Paris depuis son concert au Théâtre de la Ville en février 1992. Ce soir tout ce que Paris compte d'amateurs de musique indienne semble se presser sur la place du Châtelet.
Pour ce concert exceptionnel, la diva de Bénarès est venue accompagnée par de fidèles musiciens, le joueur de tabla Subhen Chatterjee, avec qui elle travaille depuis plus de quinze ans, et Kamal Sabri, fils d'un célèbre sarangiya, au sarangui. La propre fille de Girija Devi est assise à sa droite. Sudha Dutta est danseuse professionnelle, mais deux heures durant, elle ne fera danser que les cordes de sa tampura, en extrayant les accords nécessaires à l'accompagnement du chant. Absente des programmes, la jeune et brillante élève Rupan Sakar est aussi armée d'une tampura, mais c'est son magnifique brin de voix qui constituera la surprise.
On attendait une demi-déesse et c'est une grand-mère bienveillante qui focalise l'attention. La voix de Girija Devi est prodigieuse et, après quelques minutes d'échauffements, nous entraîne dans de vertigineuses envolées. Derrière la virtuose, on sent une femme exigeante quant à l'exercice de son art, mais très chaleureuse. Elle conduit son petit monde avec une douce fermeté, répartissant les interventions de chacun comme une décoratrice arrange un bouquet de fleurs, avec une précise délicatesse.
La majeure partie du répertoire de ce récital provient de Bénarès et nous en goûtons avec délice les subtilités. Romantique thumree, difficile tappa ou pieux bhajan, Girija Devi aborde chaque genre avec génie. Elle fait éclore les étoiles durant un raga du soir, fait monter la température avec un poème à Krishna puis nous rafraîchit d'une légère ondée durant un chant pour la saison des pluies. Elle accompagne ses vocalises de gestes gracieux et sa voix semble une matière à l'élasticité infinie. Un sourire souvent éclot sur ses lèvres et l'on devine dans ses yeux lumineux la petite fille espiègle qu'elle fut sans doute.
Avant le final, elle nous fait part de son plaisir d'être à Paris, prétendant qu'en dix ans nous avons beaucoup moins changé qu'elle. Pour conclure, elle déclare qu'elle va adopter la périodicité de la coupe du monde pour ses voyages à Paris afin d'y venir, tous les quatre ans, prendre un bain de jouvence.
Girija Devi clôt cette inoubliable soirée par une brillante interprétation d'un chant populaire dévotionnel, un bhajan tiré d'un raga du matin, joué à cet instant pour conclure sur une note de fraîcheur. Après que les dernières notes s'estompent, le public reconnaissant lui offre une standing-ovation, ses musiciens, en signe d'admiration caressent la soie de son sari. Les mains jointes et le sourire large, Girija Devi une nouvelle fois doit se féliciter d'avoir choisit cette voie musicale longue et ardue mais si généreuse en émotions fortes et partagées.
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