Creole NRW 6 septembre 2008
Au pays de la bière sacralisée, hissée au rang de fierté locale, la série de concerts quotidiens s’ouvre sur un poème d’Omar Khayyam à la gloire du vin, divin nectar incarné par la délectation charnelle de la chanteuse Maryam Akhondy. Yeux clos et émotion fervente, l’artiste iranienne puise dans l’orthodoxie d’une tradition séculaire pour parer, de ses sublimes mélismes, la voix des poètes (Hafez et Attar). Pas de fusion ici, mais le tar, les percussions, et les chœurs arrangés de l’Ensemble Barbad et leur diva partagent un moment de grâce : un héritage offert.
Changement de cap, aux antipodes musicaux. Doyna – une clarinette et une guitare – promène le be-bop parkérien aux confins des territoires klezmer, interprète la musique juive en mode « free » et brode sur les tissus des mariages, des improvisations risquées jusqu’au « rock ». Leur art efficace et swingué ne manque ni d’audace, ni d’inventivité. Un beau duo à l’énergie symbiotique. A suivre !
Direction la Russie et notre coup de cœur de la soirée ! Avec Taiga8, les forêts russes s’allongent à l’infini sur d’hypnotiques tapis électro, mêlés aux improvisations épineuses de la balalaïka et du domra. Les pieds frétillent, l’imagination fabrique une mythique danse des cosaques déclinée au futur, un transsibérien aux allures de navette spatiale, une vodka-groove sous acides. L’accordéon électrise cette hybride créature, une hydre à quatre têtes qui égrène les tubes du prochain été sibérien. A boire cul-sec : hop !
Plus à l’Est, au pays des Jeux Olympiques et du soleil levant, le duo sino-allemand SeidenStrasse (guzheng* et percussions classiques) investit l’espace, façonne la matière et dessine des paysages. Un art contemporain de souffle et de couleurs, de bruits et de fureur, de brins d’herbe et de reflets irisés, en étroite connexion avec la peinture. Un beau moment de poésie.
A vingt-deux heures trente précises et pour exactement vingt minutes (une ponctualité remarquable !), L’accord acoustiq invite le soleil africain à réchauffer, ébouillanter, survolter le chapiteau. Complètement « unplugged », la formation à géométrie variable distille un groove lumineux aux effluves de jazz, de reggae et de rythmes latins. Des paroles en Français so « fresh », une trompette ondulatoire, des percussions et une guitare en osmose : l’harmonie dégagée par une formation 100% bonne humeur gagne le port de Dortmund. « Alle zusammen ! Hands together! » Le public reprend en chœur, avant d’embrayer sur le mélange cumbia-reggae-hiphop de Chupacabras, et les mix de DJammeh et DJ AliT.
L’avant-dernière soirée du tremplin, variée et d’une grande qualité, devrait compliquer encore la décision du jury. L’étau se resserre ; le suspense s’intensifie. Réponse demain !
Anne-Laure Lemancel
*cithare chinoise sur table
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