Creole NRW 5 septembre 2008
Sous le chapiteau du Solendo, l’exploration initiée hier continue d’essaimer les jalons d’une musique « creole ». Des rencontres fructueuses entre arts d’origines disparates décentralisent et reposent la question des « musiques du monde », au cœur de nos préoccupations. Le prisme germanique vient ainsi compléter, interroger et enrichir nos habitudes hexagonales. D’une techno-musette à des accents latins martelés en langue de Goethe, d’une relecture occidentale de maqams iraquiens au blues érythréen : quoique timide, la scène d’une musique métissée affirme sa diversité plurielle.
Après le mariage électro-accordéon du duo Resonator, le trio Kapelsky (basse, guitare, violon) délivre son « eastperanto ». Nichées au creux d’influences jazz, klezmer et gypsy, les cordes virtuoses s’emmêlent pour susciter un univers aux harmonies dissidentes. Une pincée d’humour dissimulée sous les cordes frottées vient titiller et déjouer un aspect que l’on regrette parfois un peu « classique ».
Direction l’Irak avec Lagash : Saad Tamir (percussions, chant) et Bassem Hawar (djozé), assument en douceur et avec talent, leur appropriation personnelle des maqams. Etonnant dans ce contexte, le piano impose ses notes rondes et chaleureuses, ses écarts ténus et jazzistiques ; tout comme la clarinette, dont le souffle de velours s’enroule aux mélopées de la vièle. La fusion réussie, finement arrangée, créée une surprise au goût d’évidence, le daf au coeur d’une « traduction sans trahison ».
Viennent-ils du Tyrol, de Bavière ou d’une mythique « fête de la bière »? Les deux compères de Furiosef portent chapeaux et véritables sabots de bois, jouent du berimbau, de la grosse caisse et de la cuisse de canard qui fait « pouet », tâtent de la trompette sous l’eau au secours d’un improbable Titanic, et manient avec brio un humour germanique dont notre connaissance érodée de la langue ne nous permet pas de saisir les subtilités (foi accordée à l’hilarité du public). Au douze millième degré, ils jonglent avec les clichés, improvisent sur des comptines nationales ; pour autant, ils ne renoncent pas à l’idée d’un certain swing, ni à la parfaite maîtrise de leurs instruments (accordéon, piano, trompettes, mirlitons). Furieux, les Josephs ! Ces Dupond et Dupont de la musique allemande soufflent sur le public un vent rafraîchissant, une bonne humeur pince sans-rire et un brin potache, mais toujours pertinente. On adhère.
Avant-dernier de cette soirée généreuse, le krar de l’Erythréen Samson Kidane déploie un blues engagé teinté de couleurs et d’un groove occidentaux. Clôture avec le show de La Papa Verde, une mixture de cumbia, salsa, afro, reggae et punk, aussi universelle que la « patate », mais par moments, hélas, un peu indigeste. Les bancs enlevés pour l’occasion promettent au public une soirée enfiévrée.
A demain.
Anne-Laure Lemancel |