Creole NRW 4 septembre 2008
Le canal reflète les derniers rayons d’une journée clémente. L’éventail d’un riche creuset musical trouve dans ce port, témoin d’une activité industrielle prolifique, une résonnance à sa mesure. Sur le sable blanc d’une presque « Dortmund Plage » ricochent les sons métalliques du steelpan PanGanG, une formation d’adolescents dont les mailloches égrènent des pépites : La Lambada, Californication, Jamming… Sur un gisement de calypso aux accents juvéniles, l’édition 2008 du festival et tremplin « Creole NRW » peut s’élancer. Cinq groupes défilent chaque soir – une vingtaine de minutes chacun – pour tenter de séduire le jury.
Avec Menschensinfonieorchester, réunion originelle d’artistes sans logis et de musiciens professionnels, la musique des rues impose ses couleurs et ses méandres. Du jazz au folklore, de réminiscences en rengaines, de nostalgies en cabarets, la formation menée par le saxophoniste italien Alessandro Palmitessa parcourt le globe, pour en offrir les plus étincelants clichés. Deuxième étape du périple figé sous un soleil flamenco : ils s’appellent Stephan, Jochen, Helmut et Sasa, habitent la région (La Ruhr), et interprètent des bulerias, tangos et rumbas. Dans les « jeux interdits » de Concopa, pourtant, le «duende » se cache trop bien ; il peine à séduire.
Dans le concept « creole » qui favorise les cross-overs, sources d’hybrides musicaux, Daud Khan ferait presque figure d’exception. Après avoir lorgné du côté du jazz, expérimenté d’avant-gardistes expériences ou collaboré avec Jordi Savall, ce virtuose du sarod et du robab exilé d’Afghanistan depuis trente ans, retourne à la tradition enseignée par son maître, Ustad Amjad Ali Khan. Figure tutélaire et paisible, l’artiste s’entoure des élèves de l’ « Academy of India Music », son école, basée à Cologne. Un concert qui interroge la notion de modernité : ne se nicherait-elle pas aussi dans celle de Transmission, véhicule d’une certaine forme d’intemporalité ?
Ils sont beaux, grands et très forts ! Ils viennent de Serbie, de Pologne, d’Allemagne, de République Tchèque, et constituent assurément la meilleure surprise de cette première soirée. Au centre de l’Europe, East Affair élabore une séduisante liaison entre l’Ouest et l’Est, le jazz dont ils sont issus, et le répertoire de leurs pays respectifs. Au milieu des planches, trône un cymbalum : de vertigineuses improvisations, à faire pâlir les altérations d’un piano. Les autres instruments – guitare, contrebasse, percussions – garantissent aussi le prodige. Le groupe réunit tous les ingrédients : le swing, l’inventivité, le charisme, la magie. Chapeau bas pour cette fusion réussie.
La soirée s’achève avec Fidan, qui mêle « blue note », musique turque, et influences classiques, autour de la voix déliée et joliment modelée de la chanteuse Esra Dalfidan. Un joli univers, poétique et cathartique, qui conclut ces itinérances musicales.
A demain !
Anne-Laure Lemancel
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