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Le spectacle Qawwali-Flamenco en tournée avec Faiz Ali Faiz & son ensemble, Chicuelo, Encarna Anillo et Duquende : le 30 mars à Strasbourg, le 1 avril à St Quentin en Yvelines et le 10 avril à l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet de Paris.
Pour plus de détails voir le site Accords Croisés.
Le spectacle Qawwali-Flamenco réunit dans une union magique le chanteur pakistanais Faiz Ali Faiz, le guitariste flamenco Chicuelo, les cantaores Duquende et Miguel Poveda. Cette création du label Accords Croisés, née en juillet 2003 à Barcelone sous la direction de l’ethnomusicologue Martina A Catella, souligne les liens de parenté de ces deux cultures métisses.
Mi-juillet, il fait chaud. Concentration et intensité règnent dans une pièce du sous-sol d’un hôtel arlésien. Les festivités des Suds à Arles, battent leur plein sous un beau soleil et le Théâtre Antique attend doucement que celui-ci se couche pour vivre un moment d’exception. L’ensemble qawwali de Faiz Ali Faiz, assis à même le sol, fait face à Chicuelo et sa guitare. Sur des chaises le long du mur du fond, Duquende, Miguel Poveda et Faiz Ali Faiz écoutent et observent attentivement. Les explications du guitariste flamenco sont très précises, un petit problème rythmique crée une tension à quelques heures de la première française du spectacle. Une fois les détails calés, les chants reprennent. Miguel Poveda ne laisse paraître qu’un filet de sa voix pour ne pas la fatiguer. Elle se mêle aux éclats de Duquende et de Faiz Ali Faiz, laissant deviner la sublime de cette union qui semble si naturelle. Les palmas des deux cantaores s’unissent aux claps des musiciens pakistanais.
Selon la légende, les gitans seraient tous partis de la région indienne du Rajasthan pour traverser le monde, cette création le démontre avec force. "Travailler avec de grands artistes flamenco n’a pas été difficile pour moi, c’était comme si je travaillais avec des artistes pakistanais. Nous avons éprouvé que le fond du flamenco et du qawwali se ressemblait beaucoup, bien qu’en apparence, ils soient différents", explique Faiz Ali Faiz. A mi-chemin entre la tradition soufie de l’Islam et l’Hindouisme, le Qawwali, qui vient du mot arabe "aqwaal" [la parole, l’interprétation], rayonne aussi bien en Inde qu’au Pakistan. Les techniques de composition en sont totalement imprégnées : "Lorsque nous composons un chant, nous faisons d’abord attention à l’émotion du poème : Gai ou triste, mots rythmés ou pas. Nous composons l’air à l’harmonium puis nous ajoutons le clap et le tabla. Ensuite, nous choisissons un raga que nous connaissons, selon l’humeur du matin, de l’après-midi, du soir et nous mettons notre poème sur cette échelle." Ces poèmes sacrés en arabe, persan, urdu, hindi ou panjabi, confèrent au chant cette dimension spirituelle qui transporte les foules et lui donnent une véritable puissance mystique. |
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Cette même puissance que l’on accorde à la complainte des grands cantaores flamenco.
Avant même que les musiciens se trouvent des points communs musicaux, les textes les avaient réunis. La chanson "Tere ‘ishq načacia" [L’amour de toi me fait danser] évoque la danse des femmes passionnées, amoureuses. Les artistes espagnols ont perçu dans ces écrits le mouvement de leurs danseuses flamenco.
"J’aime les changements de voix, les complaintes se ressemblent. Le flamenco a pris de la culture arabe, le qawwali aussi" : Duquende qui s’est échappé d’une tournée avec Paco De Lucia pour cette représentation est fier du résultat. Pour Miguel Poveda, les liens sont clairs : "La manière d’approcher la musique est très spirituelle, de l’interpréter, de la chanter(…). Cette similitude n’existe pas seulement dans les paroles". Et Chicuelo d’ajouter : "Le qawwali est surtout spirituel, le flamenco c’est un peu tout ; même si ces musiques sont très différentes, l’esprit les rassemble, qawwali et flamenco sont très ethniques, très émouvants."
Mais l’âme ne fait pas tout, les musiciens ont effectué un travail d’orfèvre et sur scène, cette finesse s’expose. Le trio ibérique ouvre la soirée. La virtuosité de la guitare souligne les envolées de Miguel Poveda et Duquende, la gravité et la splendeur dominent alors le Théâtre Antique. Pour la deuxième partie, l’ensemble pakistanais les remplace sur scène. Les phrases deviennent plus répétitives, l’intensité apportée par la transe flirte avec d’autres sommets. Une fois réunie, cette alliance qawwali-flamenco développe une fusion subtilement contrôlée. Par petites touches, les sonorités s’épousent. Chicuelo se fait chef d’orchestre et sa guitare point d’équilibre. Les voix s’écoutent, dialoguent, puis se mêlent en une vibration ultime, offrant une fusion encore jamais entendue. "Nous pensons que par le chant, nous pouvons nous réunir, c’est un message d’amour, un message d’amitié, parce que sans parler on peut s’aimer et sans parler, nous pouvons communiquer. C’est un langage universel que nous voulons faire connaître au monde", Faiz Ali Faiz.
Arnaud Cabanne
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