Serendou, douce histoire de flûtes amoureuses

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Musique - Actualité

A propos de son travail avec le Nigérien Yacouba Moumouni, le Breton Jean-Luc Thomas dit : "Nous nous sommes rencontrés par la volonté de nos flûtes, ce sont elles qui sont tombées amoureuses". A la découverte d'une superbe collaboration, bientôt sur la scène du Nouveau Pavillon de Bouguenais ...

Serendou, douce histoire de flutes amoureuses

 Des abords du Sahel, nous parviennent aujourd'hui des sons de guitare. Electriques, grésillantes, les vibrations des six cordes savent à merveille restituer l'impression d'un air troublé à l'horizon, d'un mirage mouvant. Mais, longtemps, c'est une simple flûte qui a transporté de place en place le souffle chaud du désert. Taillée dans une tige de mil, percée de quatre trous et jouée en oblique, cette flûte est toujours jouée par les bergers peuls. Le Nigérien Yacouba Moumouni en est l'un des maîtres. Le faire revenir sur les scènes françaises n'est pas le moindre des mérites de Serendou, ce trio qu'il forme avec le percussionniste malien Boubacar Souleymane et le Breton Jean-Luc Thomas. C'est cet autre flûtiste, au parcours des plus riches, qui nous a raconté la genèse de ce beau projet ...

 

 

 

Comment avez-vous rencontré Yacouba Moumouni ?

 

 

Jean-Luc Thomas : C'était en Juillet 2004, ma compagne travaillait à cette époque à "La Grande Boutique" à Langonnet, le groupe Mamar Kassey y animait un stage, elle m'a signalé qu'il y avait là un flûtiste qui pourrait m'émouvoir. Je suis passé, me suis inscrit au stage. Au bout de deux heures, j'étais viré par Yacouba qui, a estimé que je n'avais pas besoin d'apprendre. Il m'a donné rendez-vous autour d'un café pour que nous fassions davantage connaissance. Nous avons longuement discuté et le coup de foudre est arrivé à ce moment là !! Ensuite, j'ai effectué deux remplacements dans le projet "Makida Palabre", dans lequel jouait Yacouba et, lorsque Philippe Conrath, qui a invité Kej à Africolor en 2005, m'a demandé si nous souhaitions inviter des musiciens sur scène, j'ai dit sans hésiter Yacouba Moumouni. Serendou allait naître de ce concert. Yacouba aime dire que nous nous sommes rencontrés par la volonté de nos flûtes, ce sont elles qui sont tombées amoureuses. Nous sommes là uniquement pour tout faire afin qu'elles puissent communiquer entre elles. 

 

 

 

 

Gavottes de Serendou

 

 

 

Depuis cette rencontre, avez-vous eu l'occasion de le voir jouer chez lui, au Niger ?

 

Jean-Luc Thomas : Je suis parti en Septembre 2010 au Niger. Cela faisait longtemps que nous en parlions avec Yacouba et mon ami voulait vraiment me présenter à son pays. En trois semaines, il m'a présenté Abasatou Danté, sa mère adoptive, la directrice du Ballet Zongo, le groupe Soba, Malam Mamane Barka, Ali A Tchibili, Kempès,…Durant les périodes de travail de Serendou en Bretagne, j'ai toujours souhaité que Yacouba et Boubacar rencontrent les gens qui font (ou ont fait) la musique de Bretagne. Nous partons du principe que nous sommes les fruits d'un potager, il est toujours important de ne pas l'oublier et d'aller voir plus globalement le potager. Une fois au Niger, c'est Yacouba qui m'a guidé, il m'a donc fait écouter énormément de musique, présenté beaucoup de monde. En fait, il m'a initié à son univers, à son cheminement. J'ai pu à ce moment là mesurer à quel point  Yacouba est une très grande "star" dans son pays, je l'ai vu jouer avec son ensemble Mamar Kassey à Niamey, rencontrer des jeunes musiciens, coordonner un mouvement d'artistes,… Que dire de plus? Yacouba connaît parfaitement les cultures composant le Niger (peul, haoussa, zarma, tamasheq,…) les musiques, les danses, les mélodies et leurs différentes variations. 

Après s'être imprégné de toutes les traditions de son pays, il a crée son propre style de jeu, unique et personnel. C'est un maître. Nous avons longuement échangé sur nos rapports respectifs à la mélodie et c'est cette connaissance du terroir et de l'improvisation qui peut en jaillir que nous vient cette fascination réciproque. Le travail de Serendou est basé au départ sur des "thèmes" ou des "airs" venant de nos musiques nigériennes et bretonnes, Yacouba présente Serendou au Niger comme un exemple à suivre entre la connaissance de la tradition et son interprétation en 2012. Je sais que Serendou passe beaucoup à la radio et à la télé parce que c'est la première fois que ce répertoire est interprété de cette façon. Nous avons enregistré l'album là-bas en 2010 et j'y retourne la semaine prochaine. J'aurai sûrement de nouvelles choses à vous dire à ce moment là.

 

 

Inversement, Yacouba Moumouni a-t-il eu l'occasion de vous voir jouer dans un cadre traditionnel en Bretagne ? Si oui, qu'a-t-il pensé de vos traditions ?

 

Jean-Luc Thomas : Il a trouvé le travail sur la mélodie fascinant, la danse, les jeunes, la simplicité et l'énergie… Ce qui se passe en Bretagne l'intéresse beaucoup sur de nombreux points. Il est convaincu que l'expérience Serendou lui fait voir les choses autrement, donc, il s'enrichit !! C'est sa vision ! Il est venu à plusieurs reprises au fest-noz avec moi, il a rencontré des sonneurs de Treujenn-Gaol du Centre Bretagne, les chanteurs du Sel de Bretagne, il a même "sonné" avec moi et Yvon Riou lors d'un fest-noz au Faouët (22). A la descente de scène, il était baptisé Yacouba Le Bars (Le Barde) par une danseuse !!! Blague à part, Yacouba a aussi été très touché par le travail réalisé au fil des ans par l'association Dastum autour de la collecte, de la sauvegarde et de la mise à disposition de tout un patrimoine à qui veut s'en saisir. Pour l'anecdote, au lendemain d'un fest-noz qui l'avait un peu secoué car il avait entendu beaucoup de jeunes enfants chanter en breton, il a dit à ma compagne "J'ai bien compris!! Vous aussi, vous avez été colonisé par la France!! ".

 

 

Comment passe-t-on des festoù-noz aux fêtes torrides du Sahel ?

 

Jean-Luc Thomas : Comme on passe des festoù-noz aux sessions endiablées d'Irlande, avec de l'humilité, de la curiosité et de l'amour.

 

Vous étiez-vous préparé à la rencontre des musiques du Sahara ?

 

Jean-Luc Thomas : Ma vie et mon parcours sont une succession de lumineux hasards. Je suis parti en 2000 avec le trio Kej au Mali, nous y avons fait de nombreuses rencontres improvisées car c'est le propos de Kej. Nous jouions tous les jours avec des musiciens différents (Mamadou Kanté, Amadou Diallo, Diourou Diallo, Papa Noir, Modibo Dibaté, Zani Diabaté, les balafonistes de Nintabougouro,…). Pierrick Tardivel (contrebasse) faisait beaucoup de prises de sons  que nous avons réécoutées pour en faire un disque, Namou, sorti en 2004. Ce disque nous a fait rencontrer d'autres musiciens, puis nous avons été invités à Africolor en 2005 pour présenter ce concert, où nous avons invité Amadou Diallo, Maré Sanogo et … Yacouba Moumouni. Serendou est arrivé suite à ce concert. Bien avant cela, j'avais eu l'occasion de rencontrer Tidiane Koné et Toussaint Siané qui étaient accueillis dans le Trégor en 1998. Nous avons passé plusieurs soirées de musiques avec le guitariste Yvon Riou, ils sont venus dormir à la maison,….

Parralèlement, j'avais participé a une expérience avec Abdallah Ag Oumbadougou et Jacques Pellen. De rencontres en rencontres, on acquiert un langage pour communiquer, jusqu'à la très belle rencontre avec Yacouba.

 

 

 

 

Serendou en concert

 

 

 

Vous avez également joué sur un album de Thomas Pitiot, qui a beaucoup sillonné l'Afrique de l'Ouest. Il vous a fait découvrir des artistes africains ?

 

Jean-Luc Thomas : En fait, c'est après un concert de Serendou à Stains que Thomas est venu me solliciter. C'était en 2006. Ma participation à son disque s'est faite très rapidement et nous n'avons pas eu le temps de vraiment échanger. Si j'ai bonne mémoire, il a entamé un long périple en Afrique de l'Ouest après l'enregistrement de son album.

 

La Bretagne semble aujourd'hui toujours prête à prendre le large : Jacky Molard enregistre avec Foune Diarra, le Badume's Band joue avec Selamnesh Zéméné, ... Cela vient-il d'une mode soudaine ? Ou de l'impression d'être assez sûr de ses propres racines pour affronter le vaste monde ?

 

Jean-Luc Thomas : D'une mode soudaine, j'en doute! Cela fait longtemps qu'en Bretagne, on souhaite se confronter à d'autres façons de penser et de vivre la musique. Il suffit de voir les travaux, ne serait-ce que d'Erik Marchand depuis des années. Nous avons cette chance d'avoir une musique "trad" vivante, tonique, créative, ... Il est possible d'être sonneur de fest-noz,  de veillées et de jouer avec un musicien indien. Il y a 20 ans, tout en jouant en fest-noz ou avec Dibenn, je travaillais au sein de Jadawel sur une idée de rencontres avec des musiciens arabes (Issar Marachli et Fadhel Messaoudi). Je pense que chacun y va avec ses motivations. Me concernant, chaque rencontre est l'occasion d'enrichir un vocabulaire et de revenir sur sa propre musique avec un éclairage différent. Ensuite, nous sommes en 2012. Chaque musicien, où qu'il soit aujourd'hui, peut être ému par des musiques venant de l'autre bout  de la planète. On peut écouter des musiques du monde entier. Alors, quand on peut directement communiquer avec un musicien, face à face, on le fait!!!

 

 

 

Propos recueillis par François Mauger

 

 

Prochaines dates de Serendou :

- 16 mars à Ploemeur (56)

- 22 mars à Bouguenais  (44), au Nouveau Pavillon

- 25 mars à Créon (33), au Festival le Festin

- 11 mai à Calorguen (22)

- 17 mai à Pommerit Jaudy

- 21 au 25 mai en résidence à Savigny Le Temple (Espace Prévert)

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