Kurdistan irakien : jours tranquilles à Erbil

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Erbil sera la capitale du Moyen-Orient pour le tourisme en 2014. Mais où se trouve précisément cette ville ? Gaby Kerdoncuff, trompettiste breton singulier, propose de jouer les guides d'un jour et nous plonge dans la ville aux mille charmes ...

Voyage : Jours tranquilles à Erbil

Sauriez-vous situer sur une carte Erbil, cette ville qui sera « capitale du Moyen-Orient pour le tourisme » en 2014 ? Gaby Kerdoncuff, un trompettiste breton bourlingueur et gouailleur, revient de cette cité fleurie, nichée dans les plaines du Nord de l’Irak, au pied de montagnes que se disputent la Turquie, la Syrie et l’Iran. Il nous en ouvre les portes.


« Au Kurdistan irakien, chaque fois que tu dis que tu es français, les gens, tout de suite, mettent la main sur le cœur et disent : “Ah la France…” », s’amuse Gaby Kerdoncuff. Il faut savoir que notre pays y est très bien vu. Danielle Mitterrand est considérée comme la mère des Kurdes. Après le bombardement aux gaz chimiques d’Halabja en 1988, après les terribles sanctions que Saddam Hussein a imposées aux Kurdes, c’est d’abord elle qui a réagi. François Mitterrand ne pouvait pas le faire ouvertement pour des raisons politiques, pour ne pas se fâcher avec la Turquie et l’Iran. C’est Danielle Mitterrand, toute seule, comme une grande, qui est intervenue et a poussé pour qu’une résolution crée le fameux couloir aérien qui protège le Kurdistan actuel. Les gens le savent, ils connaissent l’histoire de leur pays. Quand tu es français, tu as tout de suite une image positive. Les gens sont souriants, accueillants ».

 

Kerdoncuff - Le Floc'h - Berthou à l'Interceltique de Lorient



Voyager au Kurdistan irakien, ce n’est donc pas seulement se déplacer géographiquement, c’est aussi s’immerger dans une histoire partagée. Une histoire parfois douloureuse, émiettée entre quatre puissants voisins, Turquie, Irak, Syrie et Iran, mais dont certains épisodes trouvent des échos jusqu’en... Bretagne. « Je suis un orientaliste de moi-même, nous a confié le trompettiste. Je cherche mon propre Orient, je cherche à m’orienter. Je vais sur la route chercher des épices et des saveurs dont je sais qu’elles sont un complément indispensable à mon propre équilibre. Et notre Orient, c’est celui de la Bretagne. Plus on voyage, plus on se rend compte que notre musique traditionnelle regorge de données qui sont des données orientales. Dans le chant notamment, dans les échelles qu’on utilise. J’ai baigné là-dedans, sans pouvoir mettre un mot dessus, parce qu’elles n’étaient pas définies et n’étaient plus admises. Elles faisaient partie d’une esthétique rejetée parce qu’incomprise. Il a fallu se confronter aux musiques orientales pour remarquer que, dans un monde bien plus large, arabe, perse ou turc, les musiciens jouaient avec des échelles extrêmement subtiles. Cette connaissance-là nous a permis de valider les échelles traditionnelles qui existent en Bretagne ».

 

A Erbil. Photo : courtoisie de Terre Entière

 


Sa quête l’a mené toujours plus loin : à Sarajevo, en Macédoine, au contact de fanfarons virtuoses, en Jordanie, où il a longuement collaboré avec les frères Khoury, et enfin au Kurdistan irakien, où, pour la deuxième fois, il est allé à la rencontre de musiciens. S’il est, à chaque fois, resté au sud de cette région autonome, à l’écart des hauteurs enneigées du Cheekah Dar, il a pu pousser jusqu’à Suleimaniyah, à l’est, et à Dohuk, à l’ouest, traversant « des plaines extrêmement fertiles et très belles, des paysages magnifiques ».

Le tourisme y reste peu développé. Rares sont les agences de voyage occidentales qui, comme Terre Entière, y proposent des randonnées. Mais à Erbil, au centre, le voyageur breton nous apprend qu’« entre Noël et le Premier de l’an, il y avait 100 000 visiteurs dans une ville d’un million d’habitants. En fait, les riches Irakiens, les riches Syriens et les riches Kurdes de Turquie viennent là à la période des fêtes parce que ce sont les seuls endroits où l’on peut s’encanailler, faire des achats, trouver des parcs d’attraction pour les gamins ».

Ce qui les attire, c’est avant tout la sécurité, « l’une des grandes préoccupations des Kurdes » selon le musicien. « Tu arrives à l’aéroport, tu as un petit guichet et tu as tout de suite ton visa. Ils étudient ton identité avec un système informatique. Ils ne te demandent pas ce que tu viens faire, parce qu’ils souhaitent favoriser les investissements étrangers. Mais, ensuite, tu entres dans un pays où les mesures de sécurité sont drastiques. Il y a beaucoup de grands centres commerciaux qui ont été construits et, partout, des fouilles au corps systématiques, des scanners pour les bagages… ». Nombre de fidèles de religions localement minoritaires, comme les Chrétiens de toutes obédiences, les Yézidis, adeptes d’un culte monothéiste apparu quatre millénaires avant notre ère, ou les disciples de Zarathoustra, y ont donc trouvé refuge.

 

Erbil. Photo : courtoisie de Terre Entière



C’est l’âme en paix que l’on se promène dans les rues d’Erbil. « Mon plaisir est dans la curiosité et l’échange », explique l’explorateur sonore, qui avait fait partie des premières équipées balkaniques d’Erik Marchand. « Je vais à la rencontre des gens, j’aime l’espèce de fièvre populaire qu’on peut trouver dans le bazar autour de la citadelle, la cuisine dans les restaurants de poisson… Il y a un grand nombre de restaurants de qualité maintenant à Erbil. Ca va du plus petit boui boui au restaurant des grands hôtels. Tu peux même manger des pains délicieux, les naans, faits sous tes yeux, directement dans la rue. J’essaie de me débrouiller seul, souvent. Même si je ne connais pas la langue, j’apprends les mots nécessaires et je me lance.

La réalité des Kurdes d’âge mûr, c’est que les plus cultivés d’entre eux parlaient le persan, le turc, l’arabe et le kurde. Ca fait quatre langues, déjà ! Pour l’anglais ou le français, le nombre de locuteurs se raréfiait. On était dans un Moyen-Orient qui n’était pas tourné vers l’Occident. C’est un peu différent aujourd’hui : les jeunes sont éduqués en kurde et apprennent une langue d’occident. Dans le voyage tel que je le conçois, il y a de toute façon une grande part de rêve au départ. Ensuite, le voyage nous confronte à la réalité. On s’adapte. Les malentendus font partie du voyage, de la communication entre les hommes. Les malentendus et le hasard donnent de la magie au réel et c’est ce qui fait avancer… ».

 

Gaby Kerdoncuff à Erbil



Cela tombe bien, Gaby Kerdoncuff n’a aucune envie de faire du surplace. A Erbil, il est allé concevoir une suite à Kazut de Tyr, un disque et un spectacle onirique, en forme de carnet de route imaginaire. Gaby y chemine avec, à la main, une trompette quart de ton conçue par Nassim Maalouf, le père d’Ibrahim. Ses compagnons sont l’accordéoniste Jean Le Floc’h, qui s’échine sur un accordéon diatonique microtonal, et le percussionniste Yves-Marie Berthou. Ce trio très orienté pourrait dialoguer, dans un avenir proche, avec des
virtuoses kurdes, notamment le chanteur Wirya Ahmed.

L’avenir ? Pour Gaby, le Kurdistan irakien en a bien un. « La position actuelle des Kurdes est très inconfortable. Il y a l’hostilité potentielle des Turcs à leur égard, celle des Iraniens, les troubles qui peuvent venir du reste de l’Irak et les événements de Syrie. Mais ils se battent pour exister. Par leur position entre trois grands pôles, arabe, turc et persan, je suis certain que, sur le plan de la culture, les Kurdes vont nous surprendre. Ils sont déjà omniprésents, mais pas toujours visibles ou audibles. Cela pourrait changer… ».


François Mauger

A écouter :
- Kerdoncuff, Le Floc’h & Berthou, Kazut de Tyr (Hirustica / L’autre distribution)

Et aussi sur le web :

- Le site de Gaby Kerdoncuff
- Le voyagiste Terre Entière
 

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Commentaires

When you say is home to Kurdish, Assyrian, Chaldean and Armenian Christians , do you mean to imply that each has their own liturgy and prosethoid or that these different groups share their worship?

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