Dis-moi ce que tu dessines, Laurent Maffre

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Bande dessinée  - Actualité

Sélection officielle du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême, "Demain demain" nous mène à la rencontre d'une famille d'émigrés algériens dans la France des années 60. Entretien avec son auteur, Laurent Maffre, sur ce qui l'inspire ...

BD : Laurent Maffre s'attelle au bidonville de "La Folie"

Pour la réalisation de Demain, demain, Laurent Maffre est allé enquêter sur le Nanterre de 1962, tel qu'il a été vécu par une famille d'émigrés algériens venus pour le chantier de la Défense. Le Toulousain était au 40ème Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême. L'occasion de s'entretenir avec lui.

 


Quel est ton plus ancien souvenir de BD ?


Laurent Maffre : J'ai plusieurs souvenirs, mais je dirais Lucky Luke.



Le premier dessin qui t'ait valu des éloges ?


Laurent Maffre : Il me semble bien que c'était un Lucky Luke que j'avais dessiné.



Ton matériel de prédilection ?


Laurent Maffre : Je ne sais pas si j'en ai un. Je suis venu à la bande dessinée par le dessin, par des carnets de croquis que je réalisais en voyage, mais qui restaient dans la sphère intime ou amicale. Je souhaitais trouver un travail qui utilisait le dessin mais qui me permettait de me confronter à de nouvelles choses, à de nouvelles personnes. Sur ces carnets, ce qui m'amuse c'est de changer souvent de technique : passer de l'aquarelle à la pierre noire, au dessin au trait, travailler avec les encres. C'est beaucoup d'expérimentation. Ca marche ou pas, mais c'est ce qui m'amuse. Dans les bandes dessinées, j'ai essayé jusqu'à présent de trouver un dessin judicieux par rapport au fond et au thème de l'histoire. Sur la dernière, j'avais envie d'un dessin qui soit plus léger, plus aérien, qui renvoie presque à de la gravure, avec une aquateinte. C'est assez léger, mais ça permet de suggérer des détails par moments. D'où l'idée de travailler avec un rotring très fin, sur le dernier livre (Demain, Demain), pour pouvoir travailler quasiment à l'échelle réelle des planches.

 



La musique que tu écoutes en dessinant ?


Laurent Maffre : Pour mon premier livre, L'homme qui s'évada, j'ai adapté des livres d'Albert Londres, dont un éponyme qui raconte l'évasion d'un bagnard de la Guyane au Brésil. Je me suis mis à écouter de la musique brésilienne. Il se trouve qu'à ce moment là, Thomas, un très bon ami et l'éditeur de la collection BD, m'a fait découvrir la musique brésilienne, dont il est un fin connaisseur. Je m'y suis véritablement engouffré à l'occasion de ce premier livre. C'était intéressant car j'avais parlé du Nordeste du Brésil et ça venait irriguer le dessin.

 

Renata Rosa



Quels artistes brésiliens en particulier ?

Laurent Maffre : Ca va de Renata Rosa à Siba. Caetano Veloso également, Tom Zé, ou encore Vinicius de Moraes. C'est toujours une musique que l'on a plaisir à écouter parce qu'elle est très variée, elle s'adapte aux moments, aux différentes humeurs. Même si je travaille sur un bidonville par exemple, je ne me prive pas d'écouter Siba ou Mestre Ambrosio, je ne travaille jamais en silence.



Pour Demain,demain, tu as aussi choisi une musique liée au thème de l'album ?

Laurent Maffre : Non, je ne suis pas sûr qu'il y en avait beaucoup sur les bidonvilles et c'est vrai que je n'ai pas fait de recherche là-dessus. Mais j'aborderai cela à un moment ou à un autre. Ce qui est intéressant, c'est d'introduire une dimension sonore à travers des pages où il n'y en a justement pas.



Quels sont tes trois héros favoris ?


Laurent Maffre : Je dirai volontiers le personnage de Jack London. Côté cinéma, ce sont encore des réminiscences de lectures enfantines. Je pense à un acteur qui a incarné des rôles de cow-boys : un James Stewart, un Gary Cooper, qui est formidable dans L'Homme de l'Ouest, ou un John Wayne qui peut être superbe. En bande dessinée, je ne sais pas... mais deux personnages sur trois, c'est pas mal !



Et tes trois dessinateurs préférés ?


Laurent Maffre : J'ai arrêté de lire des bandes dessinées à l'âge de quinze ans, puis j'ai repris beaucoup plus tard. Quand j'ai décidé de faire de la bande dessinée, un ami m'a donné deux livres, parmi lesquels Cinq est le numéro parfait, d'Igort. Ce livre a été très important pour moi, dans le découpage de l'histoire, dans sa manière de trouver une cohésion entre le dessin et le rythme. Mais beaucoup d'autres auteurs m'ont marqué : Will Eisner fait partie de ceux que j'ai plaisir à relire, parce qu'il a des structures narratives très complexes. La construction de l'histoire est très compliquée et pourtant ça marche. Je pense aussi à Maus d'Art Spiegelman, à Joe Sacco... Pour lui, il y a un point culminant avec Gaza 1956, il montre un talent assez incroyable.

 



As-tu un album de chevet ?

Laurent Maffre : Ceux que je viens de citer, Les Ethiopiques d'Hugo Pratt, sur certaines scènes. Mais je ne suis pas un lecteur compulsif. Louis Riel, de Chester Brown, j'avais adoré. Ca fait partie des livres que je trouve touchants et où la forme est tellement en symbiose avec ce qui est raconté, tellement maîtrisée que ça donne des repères. Il y a Guibert aussi : Le photographe, c'est un livre qui respire l'intelligence.

 



Quels sont les dessins qui te font le plus rire?

Laurent Maffre : Ceux de Franquin. Les Gaston, c'est toujours drôle et tellement fabuleux. Quand on fait de la BD, on se rend compte que c'est compliqué de faire des histoires en deux pages. Quand on voit qu'il fait une seule page et que ça marche, ça montre une sacré maîtrise.



Quelle a été ta démarche pour Demain, demain ?

Laurent Maffre : Le point de départ, c'était de trouver un sujet qui permette de travailler sur une partie laissée dans l'angle mort de l'histoire de France. Je voulais soulever des problèmes qui sont aujourd'hui toujours en résonance avec la société actuelle. Le choix de travailler sur le bidonville, l'immigration algérienne, ces notions d'exil, de dépaysement et de précarité de vie me semblait particulièrement pertinent. Ca sortait de cette histoire ancrée, des années 50 et 60, et ça lui donnait une autre ampleur, d'autres connexions.

 

Extrait de Demain, demain, de Laurent Maffre



De quoi sera fait ton prochain album ?


Laurent Maffre : Le prochain projet n'est pas entamé du tout. Ca consistera toujours à travailler sur l'immigration algérienne ou marocaine et certainement sur le milieu ouvrier. Maintenant, il faut que je trouve les bonnes sources : c'est à partir de là que je commencerai à construire mon histoire. Je ne veux pas m'éparpiller. Comme j'ai eu la chance de rencontrer Monique Hervo et Bouchaïb Moudakir, des personnes qui m'ont permis de générer le dernier projet, je veux rester dans ce type de démarche, continuer à chercher.

 

Propos recueillis par Benjamin MiNiMuM

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Commentaires

Ghi: Mais quel est le train de vie frane7ais ? 1 voiture mimunim par foyer, portable pour toute la famille, au moins une te9le9 de moins de 10 ans par maison, un ordinateur et internet. La socie9te9 elle-meame est faite de fae7on a pousser les gens e0 ce train de vie, ce n est pas un choix. Je m explique: la voiture est e0 l heure actuelle un outil indispensable pour trouver un emploi, car travailler pre8s de chez soi est devenu un reave impossible. Le portable est trop pre9sent dans les foyers, les ados qui vivent encore chez eux s en servent comme d un jouet, c est un fait. Mais l e9tudiant s en servira pour rentrer en contact avec les organismes d aide, son patron, son prof de master, etc et le chercheur d emploi en de9placement constant pour sa recherche pourra eatre joint e0 tout moment par l organisme qui le suit. La te9le9 est le seul luxe des foyers pauvres, leur seul loisir, car sortir demande force9ment un certain financement (cafe9, cine9ma ), tout comme la pratique d un sport (e9quipements spe9cifiques) ou faire son jardin (achat de plants, outillage ). Quant e0 l ordinateur, les e9tudiants sont quasiment oblige9s d en posse9der un e0 l heure actuelle, ne serait-ce que pour l inscription en fac. Pour en revenir e0 la gre8ve, elle est ne9cessaire pour montrer au gouvernement que nous n acceptons pas les mesures actuelles. Le peuple a e9lu le pre9sident, mais si le peuple estime avoir commis une erreur (et l erreur est humaine), alors il est en droit de le dire haut et fort de8s maintenant. Les re9formes ne sont pas voulues non pas parce que ce sont des re9formes, mais parce qu elles sont tout simplement mauvaises. Je demande e0 ceux qui ont des enfants de re9fle9chir e0 ceci: le gouvernement pre9voit de supprimer les I.U.F.M. qui forment les enseignants, et de permettre e0 toute personne ayant de9croche9 un master de devenir prof apre8s avoir passer un concours. Autrement dit, quelqu un qui a un master dans quelque domaine que ce soit pourra enseigner toutes les matie8res a des enfants, sans avoir force9ment la pe9dagogie ne9cessaire. Un prof d I.U.F.M. m avait dit il y a peu que des e9tudiants de 2e8me anne9e d I.U.F.M. de9couvraient au cours des stages effectue9s qu ils n e9taient pas capable d assumer ce me9tier. S il n y a plus de stage, alors il y aura de plus en plus de profs incompe9tents dans les e9coles. C est une des raisons de la gre8ve.Avant de parler de prise d otages , penser un peu e0 l avenir des jeunes dans ce pays. Avant de penser e0 votre journe9e perturbe9e, dites-vous que ceux qui font gre8ve perdent aussi leur journe9e de travail, et qu ils pre9fe8reraient pour beaucoup pouvoir travailler dans de bonnes conditions au lieu de battre le pave9 dans le froid.Merci.

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