Cinema El Mundo

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Musique - Chronique

Au début il y a At The Beginning et le timbre unique et mythique de Robert Wyatt qui distille en français les vers de Denis Péan. La voix rêveuse du  co-fondateur de Soft Machine et auteur de musiques indispensables aux amateurs d'univers singuliers, est à la place d’honneur du nouveau banquet des troubadours angevins. Elle lance le premier toast et rayonne au centre du morceau titre aux arrangements inspirés de Gabriel Fauré. Cinema el Mundo est une œuvre qui se meut à cheval entre la réalité et le fantasme, l’aboutissement de trente années d’explorations du monde et de ses environs poétiques. Une aventure imaginée puis réalisée par Péan et son équipée d'âmes sœurs. Les fidèles, Richard Bourreau au violon classique ou malien (imzad) et kora, Kham Meslien (basse et contrebasse), Nadia El Mourid (voix, percussion), sa sœur Yamina (Voix, percussions, clarinette et kamele n'goni), sont aujourd’hui vivifiés par les roulements de baguettes précis et enthousiastes de la dernière recrue, Baptiste Brony, qui n'était pas encore terrien au début de l'histoire. Sur l’écran sonore de ce cinéma hors norme, nous sommes invités à déguster une séance prestigieuse qui défie le temps et l’espace. Le programme tient de la lanterne magique, de la féérie à la Mélies mais diffusés en haute définition et en 3D grâce à l’aide d’un réalisateur idéal: Jean Lamoot, à qui, de Bashung à Noir Désir en passant par Salif Keita, on doit le son de tant de grands disques. Se mélangent aussi fiction et actualités impressionnistes du monde. L’atlas sans frontières de Lo’Jo permet de visiter sans visas le Mali d’Ibrahim Al Agbib de Tinariwen ou d’André Kouyaté au n’goni, la Chine du joueur de erhu Guo Gan, la Géorgie grâce à la voix et aux coups d’archets sur panduri de Niaz Diasamidz, l’Ile Maurice en compagnie du chanteur Menwar ou encore l’Argentine avec le violoncelle de Laura Caronni et l’Europe de Vincent Ségal et de nombreux autres amis de la tribu. Ici toutes nations cohabitent en paix. On continue de prier à Alger qui « porte à son cou un collier de mosquées » et l’on entonne une Marseillaise en Créole qui se moque des défilés militaires et des contrôles d’identité nationale. Chaque séquence, chaque met raffiné succède à l’autre sans créer d’incohérence. Il ya des hauts (la Marseillaise sus citée, Tout est fragile, Zetwal) il n’y a pas de bas et à la fin il y a au début et le rideau tombe comme il s’est ouvert dans la liberté des « balbutiements de comètes » dans l’affirmation qu’il n’y a « pas encore de dernier verre au café du jour ». Il reste donc à boire, il reste donc à voir. Et l’on sort du cinéma et l’on quitte le banquet en croyant à nouveau aux utopies. On vient d’en avoir la preuve en quelques morceaux de musique, le monde peut être refait par des poètes bienveillants.

 

Benjamin Minimum

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