Anne Wachowiak : "Aujourd’hui, le Tibet est fermé aux touristes et aux médias"

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Média - Actualité

Au Tibet, l'ambiance n'est toujours pas à la fête. Et cela malgré le nouvel an tibétain, en ce 22 février, marquant l’entrée dans l’année 2139. Après près de cinquante ans d'occupation chinoise nous avons rencontrés Anne Wachowiak, co-présidente d’Etudiants pour un Tibet Libre, pour faire le point, avec elle, sur cette situation actuelle dramatique...
 

Aujourd’hui est un jour particulier pour les Tibétains du monde entier. Le Losar, l’équivalent du nouvel an, marque l’entrée dans l’année 2139, placée sous le signe du Dragon d’Eau. Mais l’ambiance n’est pas à la fête : après un demi-siècle d’occupation chinoise, la situation ne fait que se détériorer toujours plus, au fil des années.

 

« Tibet Libre ». Une phrase sur les lèvres de tous les militants qui luttent jour après jour, sans violence, pour l’indépendance de la région. L’association "Etudiants pour un Tibet Libre", la branche française de "Students for a Free Tibet", en fait partie. En organisant des manifestations et des actions directes, comme du théâtre de rue ou un festival de film, elle espère faire découvrir la culture tibétaine à un large public. Engagée, Anne Wachowiak, co-présidente d’ETL, a répondu à nos questions, histoire de faire le point sur la situation dramatique actuelle, particulièrement au niveau culturel. Rencontre…

 

 

 

 

 

Vous organisez un  festival du film tibétain, dont la seconde édition  vient de se terminer. Quels sont les objectifs d’un tel évènement ?

Anne Wachowiak : C’est la seconde année que nous organisons un festival de films tibétains, le but est de faire connaitre la culture tibétaine par le cinéma. Une grande partie des films que nous avons projetés ont été réalisés par des Tibétains vivant en exil. Il y a eu des documentaires pour informer le public sur la situation du Tibet mais aussi des fictions, des courts métrages, des comédies, pour montrer au public le nouveau cinéma tibétain, la nouvelle génération. Nous avons d'ailleurs invité un réalisateur tibétain vivant à Londres pour son film "Little Tibet". Ce film parle du rêve de chaque Tibétain qui vit en exil de retourner au Tibet ou simplement de découvrir son pays.
 

 

 

 

 

 

Murder in the Snow

 

 

 

 

On se rappelle évidemment de Dhondup Wangchen, ce réalisateur condamné en 2009 à 6 ans d’emprisonnement. Son documentaire, Leaving Fear Behind, dans lequel on pouvait découvrir des témoignages intimes de Tibétains, n’avait pas du tout plu aux autorités chinoises. On imagine que les films de votre festival n’ont jamais pu être visionnés à Lhassa et sa région ?

Anne Wachowiak : Il y a 2 ans, lors du premier festival, nous avions projeté son film et les pétitions pour sa libération sont toujours présentes sur nos stands. Nous ne pouvons pas dire si les films que nous avons projetés ont été vus au Tibet mais l'information arrive quand même à circuler !  Alors on peut espérer.... Mais nous sommes sûrs que les Tibétains à l’intérieur du Tibet sont au courant de nos actions, grâce aux radios qu'ils arrivent à capter, ils savent que nous ne les oublions pas ! Par exemple, Tenam, notre co-président, a donné une interview en tibétain à la radio Voice Of Tibet (radio basée en Inde, à Dharamsala) durant notre festival du film. Cette radio peut être écoutée dans le monde soit sur internet, ou directement en live.
 

 

 

Depuis mars 2011, au moins 15 Tibétains se sont immolés par le feu et sont décédés des suites de leurs brûlures. Le dernier en date, n’avait que 18 ans. Cet acte désespéré est-il la seule forme d’expression dont ce peuple dispose dorénavant ?

Anne Wachowiak : En fait, le nombre à ce jour est de 26 immolations depuis 2009. Sur ces 26 personnes, 15 sont décédées. Nous tenons juste à préciser que ce n'est pas un acte désespéré. Le sacrifice qu'ont fait toutes ces personnes est un acte politique contre le gouvernement chinois, un message d'espoir, espoir pour le futur du Tibet. Le message du Lama Soepa avant de s'immoler était clairement un message d'espoir, pas de désespoir !

Les Tibétains ne peuvent pas s'exprimer librement au Tibet mais ils ont trouvé d'autres moyens non violents que le gouvernement chinois ne peut pas contrôler. Par exemple, dans certaines régions du Tibet, les habitants boycottent les magasins de légumes tenus pas des chinois, ou les restaurants. De ce fait, les commerces chinois ferment ! Ils s'interdisent de parler chinois entre eux ou de porter leurs vêtements traditionnels. Cette résistance non violente a été appelée Lhakar (mercredi blanc, le mercredi est le jour de naissance du Dalaï Lama, c'est donc "le" jour de résistance). Vous pouvez lire aussi l’article de Jamyang Norbu, écrivain tibétain engagé, qui publie sur son blog le témoignage d’un Tibétain qui était à Lhassa très récemment.

 

 

 

 

La langue tibétaine est-elle encore enseignée au Tibet ?

Anne Wachowiak : Le tibétain est encore enseigné mais juste à l'école primaire. Le chinois reste la langue principale. La langue tibétaine n'est pas promue par le gouvernement chinois, bien au contraire. Mais les Tibétains s'organisent : par exemple certains moines donnent des cours de tibétains "clandestinement". En 2011, des manifestations pacifistes d'étudiants tibétains avaient éclaté pour sauvegarder la langue tibétaine.
 

 

 

 

 

"Little Tibet"

 

 

 

 

Existe-t-il des médias libres au Tibet ou spécialisés dans l’actualité tibétaine ?

Anne Wachowiak : Beaucoup de bloggeurs, écrivains, chanteurs, artistes tibétains sont aujourd’hui en prison du fait d'avoir pris des positions sur la situation du Tibet. Mais il y a par exemple Woeser, une écrivaine qui est très connue et donc protégée de part sa notoriété. Elle parle et publie librement sur twitter ou autre médias sociaux. Les Tibétains peuvent également capter des radios comme Radio Free Asia, Voice of America et Voice of Tibet.

Il faut savoir qu’aujourd’hui le Tibet est fermé aux touristes et aux médias. Lhasa, la capitale, comme d’autres régions, est même fermée à ses propres habitants. Si des personnes locales veulent y aller, elles sont refoulées à l’entrée. Et les personnes qui vivent à l’intérieur ne peuvent plus en sortir. Quelques journalistes étrangers de la BBC et CNN ont réussit à entrer au Tibet ces derniers jours et les vidéos sont accablantes : la présence militaire est partout !  
 

 

Comment vivre la culture tibétaine en France ?

Anne Wachowiak : La communauté tibétaine en France est très jeune. Il y a cinq ans, il n'y avait que 250 Tibétains en France. Aujourd’hui, ils sont environ 1000 à vivre à Paris ou en région Ile-de-France. Les Tibétains se rencontrent régulièrement pour célébrer l'anniversaire du Dalaï Lama, lors de manifestations, pour que leur culture continue de vivre en France. Tous les dimanches, la communauté organise des cours de tibétains pour la jeune génération française afin de conserver les traditions ...

 

 

 

Propos recueillis par Julien Bouisset

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