Afrique du Sud : l'électro arc-en-ciel

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Musique - Actualité

Aujourd’hui très diversifiée, la scène electro hip-hop sud-africaine poursuit sa maturation et s’exporte de plus en plus. Plongée dans les profondeurs de la nation arc-en-ciel ...

Afrique du Sud : l'électro arc-en-ciel
Sur la terrasse de la péniche parisienne Concrete, dans le cadre du festival Weather, le son sud-africain rythme la cadence d’un après-midi festif à défaut d’être ensoleillé. Aux platines, le très reconnaissable Black Coffee (il ne peut mixer qu’avec un bras suite à un accident) et son alter ego Culoe de Song distillent une musique house qui semblerait tout droit sortie des bas-fonds de Chicago si elle n’était pas de temps en temps pétrie de quelques polyrythmies africaines caractéristiques. Signe des temps, la musique électronique de la nation arc-en-ciel essaime sur les dancefloors de la planète entière sans devoir se différencier obligatoirement par une profusion de percussions martelées, à l’image des implacables joutes rythmiques du kwaito - la musique électronique des townships qui a accompagné l’arrivée au pouvoir de Mandela au milieu des années 90 - ou du tube électro Township funk de DJ Mujava, qui a squatté les ondes à sa sortie en 2007. 
 
Aujourd’hui, la scène electro hip-hop sud-africaine se révèle dans toute sa complexité et sa diversité, à l’image de toutes les scènes électroniques planétaires. La house américaine, plus ou moins commerciale, a investi les différentes sphères de la société sud-africaine, des banlieues chics métissées aux townships les plus pauvres, où elle côtoie les nouveaux rythmes d’inspiration plus tribale, comme le shangaan electro, chanté en plusieurs langues (anglais, mais aussi zoulou, xhosa, sotho) et dont le côté street dance rappelle curieusement un autre genre en provenance de Chicago, le footwork.
 
 
 
Bande-annonce du projet Cape Town Effects
 
 
 
Dans le paysage électronique, les rivalités des débuts entre les scènes du Cap et de Johannesburg semblent bien loin désormais, comme en témoigne Damian Stephens, artiste reconnu (Dplanet) d’origine anglaise, installé en Afrique du Sud depuis 1996 et co-manager avec la VJ Anne-Sophie Leens de Pioneer Unit, l'un des principaux labels électro hip-hop du Cap. Ce dernier planche actuellement sur un projet commun avec l’écurie Jarring Effects : Cape Town Effects, nouveau volet de la collaboration franco-sud-africaine du label lyonnais, après notamment Cape Town Beats paru en 2007 (réalisé avec African Dope, l’autre grand label du genre au Cap). « Toute cette rivalité des débuts s’est un peu diluée maintenant, précise Damian Stephens. Le Cap est toujours reconnu comme le berceau du hip hop en Afrique du Sud, là où se sont constitués les premiers crew rap comme Prophets of Da City. Mais depuis que Johannesburg est devenue la terre d’implantation d’un hip-hop plus américain, les choses se sont équilibrées. Là-bas, il ne faut pas oublier un label comme Iapetus records, avec des artistes comme Gin-i Grindith, Hymphatic Thabs et Kanif. »
 
La scène electro hip hop sud-africaine reste fière de ses racines. « D’aussi loin que je me souvienne, je me rappelle d’artistes pionniers comme Sibot [artiste/DJ prolifique, vainqueur de la South African DJ Battle en 2002, qui a notamment travaillé avec M Sayyid d’Anti-Pop Consortium et récemment avec Spoek Mathambo dans Playdoe], Waddy Jones [aka Ninja de Die Antwoord], Felix Laband, Markus Wormstorm et Spoek Mathambo, poursuit Damian Stephens. Ces artistes [auxquels on peut rajouter Konfab] ont monté quantité de groupes à l’origine comme The Constructus Corporation, Max Normal, Fucknrad, The Real Estate Agents, Sweat-X ou Groundworks, le projet de Ben Sharpa politiquement orienté très à gauche. » L’originalité de la scène sud-africaine réside dans sa capacité à refléter à la fois un pays-mosaïque et la spécificité de chaque artiste. « Le hip hop sud-africain s’est bâti sur une véritable identité locale, distincte, mais c’est surtout l’originalité individuelle de l’artiste qui prime, explique Damian Stephens. Les Driemanskap [quatuor originaire du township de Gugulethu à côté du Cap et dans lequel se retrouve notamment le rappeur El Niño] rappent dans leur langue maternelle isiXhosa et utilisent énormément de sources traditionnelles africaines dans leur musique. Au Cap, on appelle ça "Spaza". Ben Sharpa fait constamment référence à la société sud-africaine dans ses lyrics, mais il ne sonne pourtant pas spécifiquement sud-africain. Dans ce registre là, c’est clair que l’on pense plus à des artistes comme Spoek Mathambo ».
 
Dans le sillage de groupes comme Tumi & The Volume (deux Noirs et deux Blancs originaires de Johannesburg), le métissage black & white rythme l’electro hip-hop sud-africaine. Et la vieille culture afrikaans n’est pas oubliée non plus, à l’image du succès désormais international du trio rap-rave Die Antwoord, l'un des groupes les plus populaires et les plus diffusés dans le pays avec Jake Parow, un autre Afrikaner. Tout comme certains artistes issus de la communauté brown  (les « colorés », communauté métisse très présente au Cap), tel Jaak, Die Antwoord n’hésite pas à utiliser la langue des colons boers dans ses chansons (die antwoord signifie « la réponse »). Leur clip I fink you funky symbolise  toute la modernité trash d’un son électronique sud-africain, mêlant xhosa, anglais et afrikaan, résolument tourné vers l’avenir. 
 
 
LV and Okmalumkoolkat Sebenza
 
 
 
L’originalité reste donc, comme partout, le vrai facteur de différenciation. « Dans ce sens, l’un des projets nu electro hip-hop les plus excitants du moment est Okmalumkoolkat », souligne Damian Stephens. Originaire des environs de Johannesburg, Okmalumkoolkat incarne le son actuel, très ghetto-tech, mêlant inspirations musicales urbaines planétaires et sonorités locales modernisées. Pas étonnant, dès lors, de retrouver l’artiste sur le label anglais fer de lance du dubstep, Hyperdub (sur le EP Get a Grip des Londoniens de LV). Car, plus que jamais, le son electro hip-hop sud-africain est désormais exportable, à l’image du groupe Skip & Die, auteur d’un premier album sur le label bruxellois Crammed, du producteur house Big Space, ou de Konfab, régulièrement invités par les labels Ninja Tunes et Big Dada, ou playlistés par l’animatrice radio de référence de la BBC, Mary Anne Hobbs.  « Les artistes sud-africains ont de plus en plus de connections internationales, constate Damian Stephens. Internet a renforcé ce principe. Ils trouvent plus facilement des synergies avec d’autres artistes, labels et promoteurs. La musique africaine a toujours eu une influence massive à travers le monde et l’accès à la nouvelle musique africaine n’a jamais été aussi aisé qu’aujourd’hui. »
 
 
Laurent Catala
 
A écouter : South African Vibes by Mondomix, 23 titres en streaming ou en téléchargement

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Commentaires

pour un aperçu de la diversité de la scène house sud africaine 'black' des dernières années, écoutez mes 2 mixes ici:
http://www.mixcloud.com/TSC/mzansi-house-classix-vol-1/
https://soundcloud.com/darcyrandleblanc/mzansi-house-class-x-vol-2

bàv
dj leblanc (rebel up! soundclash)

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