Après Wild Serenade (2002) et Sakat (2006, avec le chanteur yéménite Abdulatif Yagoub), Ping Kong, le nouvel album de DuOud mélange musiques orientales aux accents kitsch, rythmes électro, funk, hip-hop ou encore trash métal. Avec leurs ouds (électrique et acoustique), Mehdi et Smadj continuent de faire vibrer leurs notes sans retenue et sans complexe.
DuOud, c’est, comme son nom l’indique, un duo de ouds : deux luths qui dialoguent, intégrant à leur jeu des variations électro (entre jungle et drum’n bass) déclenchées par ordinateur. Jean-Pierre Smadja (Smadj) et Mehdi Haddab, d'origine tunisienne et algérienne, manient le luth un peu comme une guitare électrique, la touche orientale en plus.
Dans Ping Kong, les deux musiciens s’amusent à reprendre Johnny Guitar, le thème du fameux western, comme ils l’avaient fait dans un album précédent avec Midnight Express. Fasciné par l'imagerie 60's, Mehdi évoque The Spotnicks, musiciens en combinaisons moulantes : « Nous voulions retrouver le son d’un groupe qui jouerait dans un hôtel miteux avec quelques putes au fond du bar qui savent qu'elles ne vont pas travailler ce soir, et nous qui continuerions à jouer sur une boîte à rythmes, et un vieux synthé… une espèce de blues de la lose ! » On l’aura compris : ces deux là ne se prennent pas au sérieux, et témoignent d’une bonne dose d’autodérision. Mais, plus sérieusement, c’est le luth qui est au centre de leur projet, comme l’idée de faire redécouvrir cet instrument, « a priori précieux, noble, ancien, difficile à jouer … en le pervertissant de manière humoristique. » Pari réussi, grâce à la fusion des luths acoustique et électrique, et des samples qui font sortir l’oud de son carcan traditionnel.
Principalement instrumental, Ping Kong ménage une place à la voix avec la participation de la diva Malouma, l'une des plus grandes chanteuses mauritaniennes, dirigée de façon très précise sur Missy Nouackshott. « Ce qui nous intéresse, explique Smadj, c’est de confronter les artistes à des univers qu’ils ne connaissent pas pour voir ce qu’il en ressort. Malouma ne chante pas les Maqâms, les modes arabes, cela ne fait pas partie de la culture maure. Avec nous, elle a opéré petit à petit un glissement vers les modes orientaux sans s’en rendre compte. » On retrouve Malouma sur le morceau Nude for death, hommage à un ami turc, Nuri Lekesizgöz, joueur de qanoun (cithare) mort il y a deux ans. C’est Smadj qui a choisi d’adapter l’une de ses compositions et le résultat est d'une rare intensité. Musicalement, le duo permet la danse veloutée comme la confrontation virile. Sur le décoiffant Gengis Khan, les luths électriques se lancent dans une course effrénée et jubilatoire. Quant à Must, c'est la rencontre entre l’Orient et le funk : « une danse du ventre ultra-futuriste avec un petit côté afrobeat, le tout agrémenté d’une bonne ligne de cuivres », précise Mehdi.
Mélanges et explorations tous azimuts, le duo bouillonnant prend toute sa force sur scène où le plaisir de jouer et de faire danser prime sur la recherche de la performance. Même l’ordinateur, a priori froid et déshumanisé, se ranime sous les doigts de Smadj, qui fait corps avec lui. La joie était communicative et les rappels insistants ce soir-là au French Kawa. Gageons que Ping Kong, leur prochain album, recevra le même accueil.