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Seu Jorge
© Benoit Peverelli

Portrait de: Seu Jorge

Cheveux en bataille, le regard tranquille, Jorge Mario Da Silva s’empare de sa guitare sèche et fait doucement glisser ses doigts sur le manche. Quelques accords résonnent, sa voix souple captive l’attention. Seu Jorge (Monsieur Jorge), 32 ans, est assis sur une chaise dans le coin d’un bureau. On pourrait se croire en face d’un adolescent mais l’émotion qui se dégage du personnage est toute autre. Il joue « Chega no suingue », un titre énergique de son premier album « samba esporte fino », élu album de l’année au Brésil en 2001. La rythmique funk de cette chanson trahit son amour pour la scène samba funk du Rio des années 70. Carlos Dafé, Jorge Ben Jor, Tim Maia, tous ces artistes ont bercé le gamin des favelas abreuvé par les charts internationaux, puis par le samba.
Une peau bien tannée, une gueule de jeune démerdard sûr de lui, un physique de cinéma et un charisme qui énerve les uns et plait aux autres - en général les autres font partis de la gente féminine - l’histoire du personnage colle à la dégaine. A 10 ans, il change des pneus dans un garage pour aider la famille, il enchaîne de nombreux petits boulots et se trouve rapidement confronté à la violence des favelas, son frère est abattu lors d’une fusillade. Il commence par apprendre à jouer de la guitare avec les tablatures données dans les magazines puis devient l’élève de Paulo Moura, clarinettiste et véritable institution des bals et des salles de concerts brésiliennes. Son neveu, Gabriel Moura, le fait entrer dans sa troupe de théâtre, où il découvre que l’expression corporelle et musicale sont intimement liées : « L’expression scénique permet de mieux expliquer la musique, la parole, les expressions du visage. Je pense que Bjork a su concentrer ces deux choses. Le théâtre et le cinéma apportent beaucoup à la musique. »
A croire qu’il a des fourmis dans les mains, lorsqu’elles ne sont pas posées sur sa guitare, elles tapent sur ses jambes. Sa voix, ses chansons s’imposent en permanence. A l’image d’un boulimique, Seu Jorge enchaîne les expériences. Il se fait connaître grâce au groupe Farofa carioca. Poussé par un besoin d’énergie, de faire « différent », ce groupe apporte une nouvelle fraîcheur à la Musique Populaire Brésilienne et trouve un bel écho dans la jeunesse de Rio.

Seulement le tempérament du jeune homme le pousse toujours vers d’autres horizons. Il prépare son premier album solo et se lance dans une nouvelle aventure : Planet Hemp. Un groupe beaucoup plus violent et politisé. « Après avoir fait l’expérience de la musique de Planet Hemp, un hip hop radical et psychédélique, j’ai eu besoin de revenir à quelque chose de plus populaire, une musique que tu peux écouter en faisant un barbecue le dimanche en famille. Qui parle d’amour, de fête, un petit peu de politique mais surtout facile à écouter. » Le musicien n’a pas pour autant oublier l’acteur, alors qu’il sort « Samba Esporte Fino » produit par Mario Caldato (producteur des Beasty Boys), Manu le chauffeur de bus de « La Cité des Dieux » marque les esprits. Sa carrière explose dans son pays et commence à l’extérieur. Il enchaîne dans le désordre pièces de théâtre, concerts, film pour Disney, une autre production hollywoodienne et bien sûr « Cru » son nouvel album.
Seu Jorge y apparaît dépouillé, seul avec sa guitare et quelques percussions, exposant sa saudade, ses lamentations. Sous l’impulsion de Jérôme Pigeon dit Gringo da Parada, producteur de « Cru » et DJ de la Favela Chic à Paris, il se présente sous un jour plus intime : « Je voulait le mettre à nu. J’ai eu cette idée quand on rentrait des concerts et qu’il chantait chez moi les chansons tout seul à la guitare à cinq heures du matin en buvant un verre de vin. A chaque fois je percevais une émotion très particulière. On a voulu faire quelque chose où il n’y ait rien mais où il y ait tout. » Seu Jorge s’est jeté instinctivement dans le projet suivant l’inspiration du moment, reprend Gainsbourg et ses délires suicidaires les yeux révulsés, s’approprie une ballade du King et flirte avec un blues tropical authentique.


Pour son dernier film il a du réaliser quatorze adaptations des titres de David Bowie. Ce dernier ne voulait pas donner le droit d’utiliser ses chansons. Il a finalement écouté les reprises de Seu Jorge. Aujourd’hui il veut le rencontrer …

Arnaud Cabanne




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