Xarnege : "La musique traditionnelle est la plus universelle qui soit"

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Musique - Interview

Profession : contrebandiers des musiques traditionnelles. Les cinq musiciens de Xarnège ont prélevé langues, instruments, danses et traditions en Gascogne et au Pays Basque pour faire danser bien au-delà de leurs vallées. Explications à la veille de leur montée sur la scène des Rencontres de Luthiers et de Maîtres-Sonneurs ...

Xarnege : "La musique traditionnelle est certainement la plus universelle qui so

Si, dans un sursaut d’humanisme, on abolissait un jour toutes les frontières, à quoi s’occuperaient ceux qui pour l’instant se plaisent à les transgresser ? Les cinq musiciens de Xarnège seraient parmi les plus ennuyés puisque le nom même de leur formation vient de l’expression « sharnègo » qui désigne les enfants des mariages mixtes entre basques et gascons. Ces contrebandiers des musiques traditionnelles ont prélevé langues, instruments, danses et traditions des deux côtés de la ligne de démarcation pour faire danser bien au-delà de leurs vallées.  Jean Baudoin – qui, lorsqu'il n'enseigne pas au conservatoire de Pau ou ne fabrique pas d'instruments, joue de la boa, la cornemuse des Landes, de la caremera, une clarinette de Gascogne, et des tricanetas, des percussions traditionnelles – nous a expliqué le parcours du groupe ...

 
Choisir de travailler sur une culture frontalière, celle des Sharnègos, qui ont un pied en Gascogne et un pied au Pays Basque, c'était une façon de refuser dès le départ ce que les identités locales pourraient avoir de sclérosant ?
 
Jean Baudouin : Je ne vois pas en quoi ce serait sclérosant ... Les deux cultures, basque et gasconne, sont extrêmement riches et peuvent se suffire à elles mêmes. Le choix que nous avons fait est un choix culturel et esthétique. Nous avons toujours eu dans les temps anciens des échanges culturels, commerciaux, nous ne faisons que perpétuer ce qui autrefois se faisait naturellement. Les frontières, pour nous, ne sont qu' étatiques et n'ont jamais empêché de se rencontrer, soit légalement, soit par le biais de la contrebande, et de prendre ce qu'il y a de meilleur dans nos deux régions. 
 
Vous ne rejetez pas pour autant ce que l'ancrage dans un territoire humain peut avoir de fortifiant ?
 
Jean Baudouin : Les sharnégos (personnes possédant les deux cultures basque et gasconne) , sont l'exemple même d'une grande tolérance et loin d'imaginer un peuple divisé ou déchiré entre deux cultures, il faut se dire qu'il ont eu la chance de bénéficier de ce qu'il y a de meilleur de ces mêmes deux cultures. 
 

 
D'où vous viennent les rythmes traditionnels que vous jouez ? Vous les avez entendus dans votre enfance ? Ou avez-vous dû aller les collecter ?
 
Jean Baudouin : Aucun d'entre nous est issu d'une tradition ancestrale de musiciens traditionnels. La transmission "naturelle" est morte depuis longtemps. Chacun a eu son parcours : pour les plus jeunes du groupe, c'est essentiellement par des études musicales, pour les autres (les plus vieux), c'est par passion à une époque où la tradition était plutôt rejetée. Par contre, nous avons tous un projet commun, c'est de faire connaitre nos cultures par tous les moyens et, pour nous, le meilleur moyen, c'est la musique. Notre action ne se limite pas au simple fait de jouer de la musique. Régulièrement nous sommes sur le terrain pour alimenter et revendiquer l’appartenance à nos cultures par tous les moyens que nous possédons. Tout ce que nous jouons est le fruit d'une longue expérience et d'une longue pratique (même pour les "jeunes)", de recherches sur le terrain et dans des documents que nous avons recueillis.
 
Les répertoires qui nourrissent vos créations risquent-ils un jour de devenir des sortes de langues mortes ?
 
Jean Baudouin : Partant de ce principe on pourrait baisser les bras et aller à la pêche.... Langue morte ?! Culture morte ?! ... Non !!! Car elle participe à un développement conjoint de toutes les composantes de nos deux cultures (langue, littérature, théâtre, contes, enseignement, ...). Dans Xarnege, la création est uniquement dans les arrangements, tout ce que nous jouons est traditionnel. C'est dans la manière de le traiter que nous apportons notre créativité.
 
Votre site web est traduit en douze langues, notamment le français et l'anglais, qui sont très présents sur le web, le gascon et le basque, qui sont liés à votre parcours, mais aussi des langues bien plus surprenantes comme l'Aragonais ou le Hongrois. Est-il vraiment si important pour vous de vous faire comprendre au-delà du Sud de la France ? 
 
Jean Baudouin : Que douze ? Je suis déçu ! Je n'avais jamais compté ... Nous sommes sur une planète où tout va maintenant très vite et il nous a semblé important de se faire comprendre par un maximum de gens et de montrer ainsi le respect que nous avons envers eux en s’adressant dans leur langue. Nous sommes d'ailleurs preneurs d'autre traductions ... Effectivement, on aurait pu se contenter de mettre seulement l'anglais (pas de français, pas de gascon, pas de basque, ...) mais ce serait donner raison à ceux qui prônent une langue "universelle", donc dominante, donc l'anglais et poussent à oublier toute la richesse des autres idiomes. Nous vivons ce problème de langue dominante régulièrement. Cela fait parti de notre "combat". Comme disait Frédéric mistral "Qui ten la lengua, ten la clau" ("Qui tient la langue, tient la clé" ...) 
 
Aux Rencontres de Luthiers et de Maîtres-Sonneurs d'Ars, vous jouerez le même jour que des groupes du Poitou, d'Irlande ou de Galice. Vous vous reconnaissez dans la scène des musiques traditionnelles, telle qu'elle est célébrée aujourd'hui ?
 
Jean Baudouin : L'important n'est pas de nous nous reconnaissions! Mais que les autres nous reconnaissent ... La musique traditionnelle est certainement la plus universelle qui soit, la seule qui est présente sur toute la planète. Universelle et toujours différente. C'est dans cette multiplicité, cette complexité, que nous nous plaçons et, comme toutes les autres, nous essayons d'apporter notre pierre. Chaque groupe, chaque ethnie,  a évolué différemment, puisant sa créativité dans son passé mais également dans son présent. le public à un choix considérable de tendances où il a l'occasion de se retrouver. A nous de faire connaitre notre différence ! A nous de faire aimer ce que nous sommes !
 
 
Propos recueillis par François Mauger

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