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Wato : un trio surgi du désert
Kora, basse, batterie : le trio Wato a secoué la région de Saint-Louis du Sénégal à la fin de l'année dernière. Retour sur deux perfomances musicales, transcendées par le talent de Yancouba Diébaté, sorte de kora hero à la force mandingue ...
Le talent du trio franco-sénégalais Wato s’est révélé lors de deux festivals, célébrés dans la région de Saint-Louis du Sénégal. Retour sur ses perfomances musicales ...
A la fin du mois de novembre 2012, le festival du Sahel et le festival Métissons se sont tenus à une semaine d’écart, le premier dans le désert de Lompoul et le deuxième à Saint-Louis. A Lompoul, on a eu s’il en était besoin la confirmation du talent croissant de Takeifa. Le groupe a trouvé sur la grande scène l’espace qui lui semble désormais nécessaire pour déployer toute son énergie, malgré le peu de temps qui lui était imparti. Pour la plupart des festivaliers de Lompoul, la découverte a été Djmawi Africa, tant le groupe a démontré sa capacité à assimiler avec bonheur et sans heurts d’innombrables influences, gnaoua, chaabi, reggae, celtique, rock…
Mais c’est avant tout Wato qui a frappé les esprits, tout d’abord sur la grande scène de Lompoul, pour un concert là encore trop court. Lors du festival Métissons, dans les lieux plus intimes de Saint-Louis, le groupe a pu s’exprimer à loisir pour le plus grand bonheur des amateurs. Dimitri Reverchon, fomentateur multirécidiviste de polyrythmies solaires, est à l’origine de Wato, véritable power trio avec basse, batterie et chanteur-joueur de kora, basés entre Marseille et La Ciotat. Dimitri est une figure légendaire de la musique saint-louisienne – et sénégalaise – appréciée, outre sa bonhomie et son ouolof parfait, pour avoir créé Wock en 1995. En plus de produire quelques chansons mémorables (notamment Sama Amie), Wock a eu le mérite de révéler Abdou Guité Seck, devenu depuis lors une immense star du mbalax.
Avec Dimitri Reverchon et Manu Soulignac, excellent bassiste soucieux de profondeur harmonique autant que d’apport rythmique (sans parler de son jeu de jambes impeccable), Wato dispose d’une section rythmique dont on connaît peu d’équivalents. Comment ne pas penser aux grands trios du passé, en particulier à Police, tant on est surpris à chaque instant de voir trois musiciens afficher une telle maîtrise de la plénitude de l’espace sonore ?
Mais ce qui fait l’originalité de Wato, c’est la présence de Yancouba Diébaté, qui introduit kora et inflexions mandingues là où l’on attendrait un guitar hero. Serait-il le kora hero à venir ? Il s’appuie de fait sur une base rythmique tellement précise et puissante à la fois qu’il n’a d’autre choix que de s’envoler. Sa voix et sa kora peuvent broder comme elles l’entendent leurs mélodies nourries du savoir des griots et du répertoire traditionnel mandingue souvent revisité avec une grande liberté. Wato joue également ses propres compositions, servies par la science d’arrangeur de Dimitri Reverchon.
Originaire de Casamance, Yancouba Diébaté se place d’emblée parmi les grands chanteurs ayant émergé d’Afrique – et d’ailleurs – ces dernières années. Rauque et douce à la fois, tour à tour caressante ou mordante, sa voix émerveille, souple, toujours juste, toujours habitée par le swing mandingue. Poussé à des sommets par la rythmique, son jeu de kora est à la hauteur de son chant, virtuose dans la lignée de Soriba Kouyaté, son maître spirituel. Il sait faire chanter son instrument comme un orgue ou un tama. Si l’on ajoute à cela une intense présence scénique, physique, on peut être assuré qu’une place l’attend au panthéon des grands musiciens africains s’il poursuit son ascension. Il a trouvé ceux qui peuvent l’y aider. On n’a pas fini d’entendre parler de Wato.
Christophe Magny
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