Visite de New York (#1) : Harlem

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Societé - Reportage

Pour son dimanche d’ouverture, le Festival d’Ile de France a choisi de fêter les diasporas new yorkaises. L’occasion d'une promenade swinguante du nord au sud de la Grosse Pomme, sur les traces des mythologies musicales de l’Amérique. Première étape : Harlem.

New York sous le signe des diasporas : Harlem

Une ballade new-yorkaise peut facilement se transformer en pèlerinage à la rencontre des musiques urbaines. Et pour cela, une visite du théâtre de l’Apollo donne tout de suite la bonne note. Il faut avant ça affronter de vieux préjugés. Si Harlem est aujourd’hui devenu un quartier plutôt calme, métissé et presque bourgeois, il reste difficile de convaincre un taxi de vous conduire depuis le centre de Manhattan dans cette zone historique de la communauté noire. Après un vingtaine de refus, on s’engouffre dans le métro. 

Depuis 1934, tout ce que le pays a compté comme musiciens noirs de renom est passé par le mythique théâtre de la 125ème rue. Les panneaux électroniques qui surplombent l’entrée annoncent alternativement une soirée hommage à la reine disco récemment disparue, Donna Summer, le retour du rappeur Mos Def, qui se fait maintenant appeler Yasiin Bey, ou l’arrivée prochaine du reggaeman ivoirien Tiken Jah Fakoly. En cet après-midi de la fin mai, des musiciens amateurs se succèdent pour régler le son de leur passage du soir lors d’un des concours de chant rituel que l’établissement se vante d’avoir initié dans les années 30. En 1934, l'une de ces « Amateur Night » permit la découverte d’une Ella Fitzgerald âgée de quinze ans, tandis que les décennies suivantes ont célébré les débuts de Stevie Wonder, Michael Jackson ou James Brown. La visite du théâtre se fait au pas de course, le temps d’apercevoir les coulisses et les escaliers de montée de scène chargés d'histoire, dont un mur couvert de signatures de personnalités, comme Prince, Snoop Dogg ou Barack et Michelle Obama.
 
 
De l'Apollo, quelques pas suffisent pour rejoindre le prochain rendez-vous, dans l’un des quelque 400 lieux de cultes d'Harlem. The United House of Prayer for All the People est une organisation protestante de type pentecôtiste créée en 1919, qui détient plus de cent églises réparties dans vingt Etats. A Harlem, leurs services religieux sont accompagnés par le McCullough Sons of Thunder, qui interprète des chants gospel transposés pour des cuivres. En milieu de semaine, dans la chapelle principale, seule une dizaine de fidèles sont à l’écoute des prêcheurs qui alternent paroles saintes, annonces des prochaines festivités de la communauté et appels aux dons. Les musiciens, tous amateurs, arrivent du travail les uns après les autres et grossissent le son de la fanfare où dominent les trombones. Leur prestation tient davantage de la répétition que de la performance, mais l’on y sent l’essence de leur nom. Le rythme est soutenu, les phrases des solistes inspirées et le tonnerre bien là. Lorsque la musique se fait plus intense, des grands-mères sortent des tambourins et accompagnent le groupe en se dandinant. Ces musiciens sont talentueux, mais à en croire leur leader Elder Babb, c’est la grâce de Dieu qui les inspire. Alléluia ! Dommage qu'ils aient finalement annulé leur venue au Festival d'Ile-de-France, où ils sont remplacés par le New York Brass Band ...
 
 

 
Texte et photos : Benjamin MiNiMuM
 
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