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Totó la Momposina : "Il ne manque à l'Amérique latine que l'unité"
Rencontre, dans les loges du festival Tempo Latino, avec une diva qui n’avait pas joué en France depuis des années : la légendaire Totó la Momposina.
Chaque été, tel un objet volant mal identifié, l’Amérique latine atterrit dans le réceptacle incurvé des arènes de Vic-Fezensac. Tempo Latino, le festival local, a cette année frappé fort en proposant une date unique d’une diva qui n’avait pas joué en France depuis des années : la légendaire Totó la Momposina. Nous avons rencontré cette détentrice des secrets de la musique traditionnelle colombienne dans les loges et, sans trop l’importuner, avons tenté de faire le point sur son intemporelle actualité …
Votre nouvel album s’appelle « La bodega », un mot qui se traduit par « cale » ou, en Amérique latine, par « boutique ». Pourquoi ce titre ?
Totó la Momposina : Parce qu’en Colombie, les Espagnols sont arrivés sur des bateaux, les mêmes bateaux qui ont convoyé les esclaves, qui ont apporté des instruments. Tout cela, ils l’ont déposé dans des boutiques, dans les ports proches de chez moi, à Carthagène, à Ciénaga, sur les rives du Rio Magdalena, … C’est là qu’ont débarqué pêle-mêle les aiguilles, les tissus, les esclaves, le pianos, les trompettes, les accordéons, … Qu’on le veuille ou non, ce bazar est notre héritage.
Votre musique est le résultat de tous ces apports ?
Totó la Momposina : Moi, je chante la musique traditionnelle, les danses et les chants de mon peuple. Je chante en espagnol, bien sûr, mais sur des rythmes marqués par l’Afrique.
Il y a une troisième racine dans votre musique, la racine indienne …
Totó la Momposina : C’est la première, pas la troisième ! L’Africaine est la deuxième et la troisième est liée à tous les instruments qu’ont ramenés les Conquistadors. La racine indienne est perceptible au travers d’autres instruments, comme les longues flûtes. On la trouve également dans la façon de chanter et de danser.
Auprès de qui avez-vous appris la musique que vous jouez aujourd’hui ?
Totó la Momposina : Je l’ai apprise de mes grands-parents, de mes arrière-grands-parents, ainsi que des voisins. Je viens d’un petit village sur une île, l’île de Mompos. Nous n’étions qu’un millier. Le voisinage était très important …
Dans votre groupe, il y a de jeunes musiciens. Il est important pour vous de leur transmettre vos connaissances ?
Totó la Momposina : C’est ma mission ! Je dois partager mes connaissances, mes expériences, ma philosophie, mon approche profonde, mystique, de la musique traditionnelle … Pour mon grand-père paternel, il y avait plusieurs sortes de musiciens : les musiciens qui jouent pour l’argent, les musiciens qui respectent la musique mais ne s’y investissent pas et les vrais artistes. Les musiciens avec lesquels je joue sont de vrais artistes.
Vous avez enregistré récemment avec les rappeurs de Calle 13. Comment s’est passée cette collaboration ?
Totó la Momposina : Ils sont arrivés avec un instrumental. Avec Susana Baca et Maria Rita, nous nous sommes réunies à Bogota. Chacune a chanté. Moi, j’ai chanté comme soprano. Nous avons chanté notre amour de ce continent, l’Amérique latine, qui est d’une grande richesse, notamment culturelle. Les seules choses qui lui manquent, ce sont l’unité et la fraternité.
Propos recueillis par François Mauger
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Commentaires
Calle 13 a enregistré avec Toto la Monposina, Susana Baca et Maria Rita et non pas Tania Maria !
Agnès
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