Tigran Hamasyan

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Musique - Portrait
Tigran Hamasyan

Avec son premier album de piano solo, "A Fable", Tigran Hamasyan fait montre d’une imagination sans limites, à la croisée du jazz, du classique et des musiques traditionnelles arméniennes. Rencontre avec un jeune prodige déjà grand.

Au centre culturel de Jouy-le-Moutiers, Val d’Oise, le 5 novembre, le public est venu en nombre à la soirée d’ouverture du festival Jazz au fil de l’Oise, qui accueille le chanteur et oudiste tunisien Dhafer Youssef.
 

Un petit bout d’homme, juvénile, se fiche sur le tabouret du piano. Il commence par répondre avec une inventivité folle aux mélodies égrenées par le oud, puis aligne une suite de solos à couper le souffle : les idées, les paysages, les lumières défilent à la vitesse de ses doigts, portées par un toucher éminemment subtil.
 

Emporté par son élan, il se dresse, claque de furieux accords, se rassoit, le corps tout entier habité par ses notes. Il avait été filmé vec la même formation, lors du festival Jazz sous les pommiers 2010. (Voir la vidéo)

A la sortie du concert, la question est sur toutes les lèvres : Dhafer Youssef était très bien, mais qui était donc ce petit pianiste terrassant qui lui a volé la vedette ?

Tigran Hamasyan n’est pas encore connu du grand public, mais la chose ne saurait tarder. Son premier album de piano solo, le magistral "A Fable", ne risque pas de passer inaperçu. Pour preuve, le jeune prodige arménien de 23 ans se produira le 25 mars au prestigieux théâtre du Chatelet, d’ordinaire réservé aux légendes du jazz comme Wayne Shorter.

Trois semaines après le concert de Jouy-le Moutiers, nous retrouvons Tigran dans un café rétro de la rue Oberkampf. Discret, attentif,le jeune homme semble avoir les pieds sur terre et ne pas être impressionné par sa trajectoire fulgurante, plausible prélude à une carrière de tout premier ordre.

"Je passais douze heures par jour à jouer du piano"

La musique est entrée très tôt dans la vie de Tigran. Deux ans après sa naissance en 1987 à Gyumri, la deuxième ville d’Arménie, il tapote le piano et ne tarde pas à s’accompagner enchantonnant les morceaux qui résonnent dans la maison.

« Mes parents sont de vrais amateurs de musique, se réjouit-il. Mon père est un grand fan de classic rock et j’ai grandi en écoutant Deep Purple, Led Zeppelin ou Black Sabbath...

Dans le même temps, mon oncle adorait le jazz et me passait des disques de jazz rock seventies, ceux d’Herbie Hancock par exemple. »

Tigran est âgé de 10 ans lorsque la famille déménage à Erevan, la capitale arménienne. Le jeune musicien est alors en pleine phase be-bop, dont il étudie les arcanes deux fois par semaine avec un professeur.

« Plutôt que de jouer ou d’aller en vacances, jepassais mon temps derrière le piano, douze heures par jour, à jouer, transcrire, lire. Pendant deux ans, ça a été de la démence. »

Adoubé par l'aristocratie du jazz : Hancock, Shorter...

Une immersion totale qui va porter ses fruits. Il fait sensation lors du premier festival de jazz d’Erevan en 98, puis est repéré durant l’édition de 2000 par le pianiste franco-arménien Stéphane Kochoyan, qui l’invite à se produire pour trois concerts en France.

« J’avais 14 ans, j’étais au paradis. J’ai joué en trio avec des musiciens français, à Barcelonnette, Marseille et Junas [un village du Gard, ndlr].

A Marseille, j’ai joué juste avant Joe Zawinul, l’un de mes héros. Il a écouté mon set et puis m’a invité dans sa loge et on a discuté. Il nous a raconté des anecdotes, notamment du temps où il faisait du be-bop, car j’étais toujoursà fond dedans. »

La carrière de Tigran est lancée. Dans les années qui suivent, il participe à de nombreux concours internationaux de piano, en remporte plusieurs, est adoubé par l’aristocratie du jazz (il côtoie Herbie Hancock, joue avec Wayne Shorter), sort deux albums ("World Passion" en 2006, "New Era" en 2007), et monte son propre groupe, Aratta Rebirth, où résonnent sesnombreux amours musicaux.

Mais le véritable virage de sa jeune carrière semble bien être "A Fable", où il réussit à peindre des tableaux totalement uniques, parés des teintes de folk arménien et rehaussés par les fulgurances du jazz et la grâce du classique.

« Ma préoccupation est de ne pas répéter ce qui a déjà été fait.

Sur ce disque, j’ai arrangé des morceaux traditionnels arméniens et écrit des mélodies inspirées par cette musique, dont j’ai respecté les règles, ou plutôt l’esprit. Et j’utilise le jazz comme un véhicule pour improviser à l’intérieur de celle-ci ».

Quant à la suite, on peut lui faire confiance :

"L’humilité est la chose la plus importante,affirme-t-il avec sincérité. On n’a pas le droit de se dire qu’on est bon. Il faut être dur envers soi-même et avoir conscience de ses faiblesses pour continuer à progresser.Grandir et évoluer, c’est vital."
 

Bertrand Bouard

TIGRAN ET LA MUSIQUE ARMENIENNE


« J’ai découvert la musique folk arménienne quand j’avais 13 ans, presque 14. Il y avait une radio en Arménie qui diffusait de la musique traditionnelle toute la journée et je me suis mis à l’écouter en permanence. J’ai enregistré des choses incroyables, dont certaines que je n’ai jamais retrouvées nulle part. Je me suis rendu compte de la richesse de ma culture et combien je l’avais négligée, et je n’ai eu de cesse de l’explorer davantage. Ca représente quelque chose de très important pour moi. C’est une musique tellement riche qu’on peut faire beaucoup de choses avec. Et en même temps, c’est très difficile à aborder, car c’est de la musique modale, sans harmonies. Parfois, en fonction des interprétations, l’instrumentation et l’ornementation peuvent être arabes ou turques et certains pensent qu’il s’agit de la musique traditionnelle arménienne, ce qui est assez frustrant. Pour la jouer correctement, il faut enlever ces influences et écouter les chanteurs et les ensembles qui la jouent de la bonne façon. Les chanteurs connus en Arménie aujourd’hui n’ont aucune idée de ce qu’est la véritable musique traditionnelle. Il y a beaucoup de mauvaise musique en Arménie, de la mauvaise pop mixée à des airs turcs ou arabes de danse du ventre... D’un autre côté, des gens avec des émissions radio essayent d’amener la vraie musique folk aux gens. Aujourd’hui, on ne l’entend plus que dans certains villages, ce qui est dommage ».

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Commentaires

Aimé, rencontré et photographié il y a quelque temps déjà! http://flanepourvous.blogspot.com/2009/03/photo-tigran-hamasyan.html

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