"Sur la route" : dans l’autoradio de Kerouac

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Cinéma - Actualité

C'est du jazz qu’écoutait Jack Kerouac tandis qu’il sillonnait l’Amérique. La bande-originale du film que Walter Salles présente à Cannes vient le rappeler. 

Qu’écoutait Jack Kerouac tandis qu’il sillonnait l’Amérique ? Ni CD, ni cassette, bien évidemment. Et surtout pas de rock psychédélique : si une génération entière de hippies a promené Sur la route au fond de son sac à dos, le livre avait été écrit plus d’une décennie avant le "summer of love", par un homme qui, à la fin de sa vie, faisait tout pour se démarquer de la mollesse ambiante. Non, la réponse tient en deux mots, scandés frénétiquement : « Du jazz, du jazz, du jazz ! »

 
 
 
La bande-annonce du film
 
 
 
 
La bande-originale du film de Walter Salles vient le rappeler. La déclinaison discographique de Sur la route, qui paraît cette semaine chez Verve, danse en effet au rythme d’un jazz tonique, exaltant. Des voix aussi sensuelles que celles de Dinah Washington ou de Billie Holiday y répondent à des cuivres langoureux ou brûlants (mention spéciale à Quincy Jones,  remarquable en face d’Ella Fitzgerald). Tendre ou ardent, le blues est toujours en embuscade, quand il n’est pas directement invoqué, comme sur le terrible Death letter blues de Son House.
 
 
 
 
 
 
Death letter blues de Son House
 
 
 
 
L’ironie de l’histoire est que la bande-originale de ce film que Kerouac a tant attendu (il rêvait de voir Marlon Brando dans son rôle) a été conçue par un enfant du flower power. Gustavo Santaolalla a en effet commencé sa carrière en 1967 au sein d’Arco Iris, un groupe argentin inspiré par la philosophie hindouiste. Mais de l’eau a coulé depuis dans le Río de la Plata et le chevelu en poncho est devenu avec le temps l’un des compositeurs de musique de film les plus demandés. Il signe ici la plupart des instrumentaux (à l’exception notable du frétillant Salt Peanuts de Dizzy Gillespie et Charlie Parker), dans une veine plutôt percussive, marquée par les contributions du contrebassiste Charlie Haden et du batteur Brian Blade.
 
 
Le disque laisse cependant le mot de la fin à Jack Kerouac. Celui qui se définissait, selon ses humeurs, comme un « beat poet » (un poète du rythme) ou un « jazz poet », a en effet enregistré plusieurs disques de poésie, parfois accompagnés de musiciens comme le pianiste Steve Allen ou le saxophoniste Zoot Sims. Gustavo Santaolalla a donc arrangé un texte murmuré et chantant du romancier, aussi doucement poignant qu’un au revoir sur le bord d’une route …
 
 
 
 
 
François Mauger   
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