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Stéphane Lévêque : "La mobilité n'est pas le propre des Roms"
Tout l’été, les Roms ont, bien malgré eux, été au cœur de l’actualité. Nous avons demandé au rédacteur en chef de la revue Etudes Tsiganes de pourfendre quelques clichés à propos de leur mobilité et de leur présence en Europe …
Tout l’été, les Roms ont, bien malgré eux, été au cœur de l’actualité. Nous avons demandé à Stéphane Lévêque, à la fois rédacteur en chef de la revue Etudes Tsiganes et directeur de la Fédération nationale des associations solidaires d'action avec les Tsiganes et les Gens du voyage (FNASAT), de nous aider à décrypter le dossier …
En France, les campements des tsiganes ont été cet été encore démantelés. On les sait peu aimés en Roumanie et malmenés en Hongrie. Y a-t-il d’autres pays européens où les tsiganes sont mal accueillis ?
Stéphane Lévêque : C’est de toutes façons un trait structurant de toutes les sociétés européennes, de caractériser systématiquement les populations tsiganes. A partir du moment où elles sont catégorisées, il y a une discrimination de ces populations dans les politiques publiques. Donc, oui, c’est une forme de mauvais traitement …
A l’inverse, y a-t-il des pays européens où l’accueil se fait mieux ?
Stéphane Lévêque : Non. Très clairement, non. Il y a eu récemment quelques avancées intéressantes en Belgique, sur la reconnaissance des caravanes. Mais cela touche une toute petite partie de la population tsigane d’Europe.
Quel est à cet égard le rôle de l’Union Européenne ?
Stéphane Lévêque : L’une des difficultés, c’est que beaucoup de pays européens mettent l’accent sur le fait que les tsiganes, les Roms seraient une problématique européenne. D’abord, ce n’est pas nécessairement une problématique. Deuxièmement, les personnes sont avant tout enracinées et construites à travers une identité nationale, celle des territoires auxquels ils appartiennent. Il y a un vrai danger à renvoyer ces personnes-là vers la commission européenne, alors que la commission européenne, dans son rôle, ne dispose de rien qu’elle puisse opposer aux Etats membres. Elle a juste un rôle d’impulsion et de financements d’initiatives qui doivent de toutes façons venir des Etats membres.
Pourrait-on dire que les tsiganes sont des citoyens européens de seconde classe ?
Stéphane Lévêque : Non. On peut dire que, trop souvent, les Tsiganes et les Roms, par une voie de catégorisation, sont considérés comme des citoyens de seconde classe dans les Etats membres, dans les pays auxquels ils appartiennent. Après, les citoyens roumains et bulgares, dans huit pays d’Europe, sont soumis à des mesures transitoires pour l’accès au travail. En ce sens-là, Roumains et Bulgares ne bénéficient pas des mêmes droits dans l’ensemble des pays européens. C’est le cas en France : ils n’ont pas le même accès au travail que des Portugais, des Espagnols ou des Anglais. Mais ça ne concerne pas spécifiquement les Roms …
A l’inverse, la vision de super-européens qui connaissent le continent mieux que les autres à force d’y voyager est un mythe ?
Stéphane Lévêque : Oui. L’identité de ces groupes de Roms et de Tsiganes s’est construite sur le territoire et en lien avec le territoire sur lequel ils étaient presque depuis toujours. Il y a peu de mobilité. La mobilité n’est pas inhérente, constitutive de la condition de Rom ou de Tsigane. Les mobilités sont liées à des activités économiques ou à de la migration. D’ailleurs, si on regarde bien du côté de la Roumanie, par exemple, on n’a pas plus de Roms qui migrent en Europe occidentale que de Roumains non-roms qui migrent. C’est exactement les mêmes proportions ...
Propos recueillis par François Mauger
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