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Sono Sion: sexe, sang, suicide et société
Lorsqu'il ne filme pas le suicide de 54 adolescentes ("Suicide Club"), Sono Sion suit une femme au foyer qui se prostitue pour échapper à sa condition ("Guilty of Romance"). Lumière sur un réalisateur japonais qui conjugue cinéma d'horreur et poésie, pulsions de mort et pulsions de vie.
Lorsqu'il ne filme pas le suicide de 54 adolescentes (Suicide Club), Sono Sion suit une femme au foyer qui se prostitue pour échapper à sa condition (Guilty of Romance). Lumière sur un réalisateur japonais qui conjugue cinéma d'horreur et poésie, pulsions de mort et pulsions de vie.
La bande-annonce de Suicide Club
« Enfant, je suis allé à l'école tout nu. Je faisais aussi pipi sur des filles. Mon instituteur s'inquiétait beaucoup (...). Alors quand je suis devenu réalisateur, comme au Japon il y a beaucoup de règles au cinéma, j'ai eu envie de faire et de continuer à faire tout ce qu'il ne faut pas faire...1 ». Les limites ? Sono Sion n'en connaît pas. Celui qui compare sa caméra à « un pénis en érection » et qui dit « Let's sex » au lieu de « Action » a déjà un terreau de films gore et érotique bien garni. Injustement méconnu en France, Sono Sion commence à se forger une solide réputation internationale dépassant le cercle fermé des amateurs de cinéma bis. Car loin de s'abandonner à la provoc' facile, Sion explore les tréfonds de la sexualité, interroge la notion de perversion, prône l'individualisme, annihile la famille japonaise et charge les médias. Le tout avec un sens de la poésie hors norme dont raffolent les festivaliers.
La bande-annonce de Noriko's Dinner Table
Guérilla poétique
Avant de passer derrière la caméra, Sion a commencé très tôt une carrière de poète avec des recueils et des films sages et contemplatifs : I am Sion Sono ! (1985), Bicycle Sighs (1990), puis The Room (1992). Mais le cinéaste en herbe commence à faire du bruit en lançant le collectif Tokyo GAGAGA, invitant ses membres à descendre dans les rues pour écrire des poèmes et accrocher des drapeaux sur des monuments. Des happenings pas vraiment du goût de la police...
La bande-annonce de Strange Circus
Quand le suicide mène au succès...
Après quelques films passés inaperçus, il signe en 2001 sa première grande production avec Suicide Club. Inspiré de faits réels, ce thriller azimuté s'intéresse à une vague de suicides touchant les étudiants japonais (hallucinante scène d'introduction où 54 écolières se jettent joyeusement sur les rails du métro) et dresse le portrait d'une jeunesse façonnée par les médias et le culte de l'apparence. Le succès du film est tel que Sion récidive avec une adaptation en manga, une nouvelle et un prequel, Noriko's Dinner Table (2005), où il attaque de front la cellule familiale japonaise. Fort de cette notoriété critique et publique, il se permet des sommets de provocation avec le sadien Strange Circus (2005), dans lequel il mêle, avec une mise en scène virtuose, inceste, pédophilie et gore extrême dans une ambiance surréaliste.
La bande-annonce de Himizu
Sono Sion s'autorise autant de libertés dans l'expression des déviances que dans la construction formelle de ses films. Exemple flagrant avec son très remarqué Love Exposure (2008) : ce premier volet d'une trilogie dite « de la Haine » réussit à mêler kung-fu, entrecuisses, comédie romantique et drame familial. Même combat pour le thriller Cold Fish (2010) où derrière la tripaille se cache un portrait au vitriol de la famille japonaise modèle. La trilogie se conclut avec le magnifique Guilty of Romance (2011), drame érotico-féministe qui, à travers trois destins de femmes, prône la liberté individuelle et condamne la pression sociale exercée sur leur sexualité. Pessimiste, Sono Sion ? Son dernier film, Himizu (2012), qui a pour toile de fond le Japon post-Fukushima, laisse pourtant paraître une lueur d'espoir inattendue, généreuse, encourageante. Décidément, ce garnement n'est jamais là où on l'attend...
Ravith Trinh
1 Propos recueillis par Arte pour l'émission Tracks, le 13 avril 2010.
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