Richard Galliano, l'accordéon en toute amitié

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Musique - Interview

Le festival d’Ile-de-France s’ouvre samedi sur une "Nuit de l’Accordéon" au Trianon. Richard Galliano y a invité quatre des plus renversants accordéonistes du moment : René Lacaille, Régis Gizavo, Martin Lubenov et Lulinha Alencar. Il fait les présentations … 

Richard Galliano, l'accordéon en toute amitié

Voilà plus d’un demi-siècle que Richard Galliano valse et tangue avec l’accordéon. Entre ses bras, le piano à bretelles respire, se tend et expire, dans un cycle amoureux.  Sous se doigts, sont passées les mélodies des plus grands : Astor Piazzolla, Juliette Gréco, Chet Baker, Charles Aznavour, Michel Petrucciani, Claude Nougaro, Allain Leprest, Barbara, ... Pour autant, ses oreilles sont toujours restées ouvertes aux inventions de ses confrères pousseurs de bouton. A l’invitation du Festival d’Ile-de-France, il a appelé quatre des plus grands accordéonistes actuels à la rejoindre sur scène. Il nous les présente …

 

Depuis quand connaissez-vous René Lacaille ?

 

Richard Galliano : Avec René, on se connaît depuis une quinzaine d’années. Je l’avais rencontré à la Réunion, lorsque j’ai joué là-bas avec mon septet. Il m’avait invité chez lui, m’avait présenté son frère, qui était accordéoniste aussi, et sa famille. On a passé une soirée mémorable. Il était d’une grande gentillesse. Après, comme on a tous des circuits différents, des années ont passé sans qu’on se rencontre mais il reste toujours cette amitié. Tous les musiciens de ce spectacle sont des musiciens qui jouent de la musique populaire savante. Souvent, on dissocie les deux. « Populaire » est souvent considéré comme péjoratif. Mais les musiques populaires sont les plus difficiles à jouer. Si on ne rentre pas dans l’histoire, dans le pays, on ne peut pas les jouer. René Lacaille va apporter une très belle énergie à cette soirée. Ce musicien, quand vous l’avez au téléphone, c’est comme un rayon de soleil …

 

 

 

Et le Malgache Régis Gizavo ?
 
Richard Galliano : Régis aussi, c’est un amour. Je l’ai vu arriver à Paris. Il habitait l’appartement à côté du mien. Il y avait plusieurs musiciens qui habitaient ensemble : Paco Séry, Richard Bona, Francis Lassus, … Gizavo était arrivé avec son petit accordéon. Il était timide. Francis Lassus m’a dit « Y a un gars qui est arrivé de Madgascar, il joue un truc très sympa ». Je l’ai écouté et j’ai adoré. Il avait un petit accordéon Hohner et s’excusait presque de jouer. J’ai toujours été très sensible aux musiciens authentiques, aux musiciens qui jouent vrai, plus en tout cas qu’aux musiciens qui jouent juste, ces gens qui cherchent la perfection, …  Il avait des complexes de technique accordéonistique. Je lui ai dit : « Tu as une authenticité que des gens qui sont passés par des conservatoires n’aurons jamais, il faut que tu joues à ta façon ». Petit à petit, ça a pris et, aujourd’hui, il voyage de partout. Comme disait Piazzolla, « il joue la musique de sa terre ». On ne peut pas le copier …
 

 

Il y a également Martin Lubenov, qui vient de Bulgarie ...
 
Richard Galliano : C’est un accordéoniste qui m’avait invité pour une rencontre à Toulouse. Là, c’est pareil : les musiques bulgares sont des musiques populaires mais, comme la musique de Bartók, elles sont très complexes, pleines de mesures composées, de tonalités modales très spécifiques, … Le rythme est pour nous complètement déroutant : ils sont à l’aise sur le 7, le 9, le 11, … Lui aussi est humainement très chaleureux. On se connaissait à travers les disques. C’est un accordéoniste à touches piano. Il faut reconnaître que, dans le monde, on joue plus souvent l’accordéon piano que l’accordéon bouton. Dans les pays de l’est, en Amérique, au Brésil, en Chine, on joue sur des accordéons piano. C’était important que cet instrument soit présent dans ce spectacle. J’ai commencé par l’accordéon piano, comme mon père. J’adore cet instrument parce qu’il est plus sensuel, il est plus près du corps. Personnellement, maintenant, j’utilise un instrument qui est un mélange des deux : une coque d’accordéon piano avec des boutons. Lubenov est l’un des meilleurs mais il y a beaucoup d’accordéonistes virtuoses qu’on ne connaît pas en Bulgarie, en Roumanie, en Macédoine, … Des accordéonistes magnifiques, qui ont une dextérité époustouflante …
 

 
Si les trois premiers noms nous étaient familiers, le quatrième, celui de Lulinha Alencar, nous est inconnu ...
 
Richard Galliano : Lulinha, je l’ai rencontré en compagnie de Chico César, lors d’un tournage de film dans le Nordeste. Il connaissait mes disques. Les Brésiliens, on le sait, son très doués harmoniquement. Ils baignent dans les harmonies, dans la musique de Jobim, le forro, … Dans la nouvelle génération brésilienne, il est l’un des accordéonistes les plus pertinents, les plus modernes. C’est la nouvelle génération, qui se situe entre la musique traditionnelle et le jazz.
 

 
Propos recueillis par François Mauger
 
 
Et aussi sur le web :
- le site de Richard Galliano
 
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