Retour sur concert : Vincent Ségal au Musée de l’Arles Antique

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Musique - Chronique

Souvenir d'un concert d'une malicieuse érudition, donné cet été parmi les statues du Musée de l’Arles Antique ...

Vincent Ségal au Musée de l’Arles Antique

 

Accompagnateur, arrangeur ou producteur lumineux et éclectique des musiques actuelles (Bumcello, M, Sting, Lhasa, Lo’Jo, Cesaria Evora), Vincent Ségal a fait résonner les cordes de son violoncelle au milieu des statues et des stèles du Musée de l’Arles Antique. Un voyage magique. 
 
 
Le Musée départemental de l’Arles Antique abrite l’une des plus belles collections archéologiques de France. Depuis une dizaine d’années, le lieu accueille en outre concerts et conférences à l'occasion du festival Les Suds. Venu présenter en 2010 son duo avec le koriste Ballaké Sissoko, Vincent Ségal est tombé sous le charme des vénérables objets qui murmurent des parcelles de l’histoire antique. En ce lundi 9 juillet, pour le début du festival,  il est venu leur jouer la sérénade.
 
 
 
 
Quelques rares chaises, vite prises d’assaut, ne laissent guère le choix au spectateur que de s’asseoir au sol, poser un bout de fesses sur un socle de statues romaines solidement amarrées ou rester debout. Face à l'assistance, Vincent Ségal, entouré de bustes et de fragment de stèles, empoigne son violoncelle. Dans l’air, le parfum de l’encens brûlé avant le spectacle enveloppe le silence. Alors que s’éclaire un visage éberlué, qui fut naguère un ornement de toiture représentant un masque de théâtre, jaillit, des cordes pincées, un riff en provenance directe de la musique de transe marocaine gnawa. C’est ensuite un marbre d’Aphrodite qui est honoré : la déesse de l’amour inspire une douceur classique au musicien qui, de son archet, caresse les cordes de son compagnon d’aventure. La lumière se pose sur le buste d’un jeune prince qui, comme Aphrodite, fut trouvé au Théâtre Antique - Ségal lui offre une bossa nova. Le bassin féminin voisin provoque un nouveau voyage, un bourdon grave accompagné de notes suraiguës, qui évoquent les chants diphoniques mongols. Extrêmement concentré, le violoncelliste semble toutefois détendu et ses grands écarts stylistiques résonnent avec naturel. Au fur et à mesure que la lumière se pose sur une statue ou sur une stèle, la musique change de direction et visite la mémoire du festival. Elle fait jaillir le souvenir de Caetano Veloso venu jouer seul en 2003, évoque le patrimoine mandingue régulièrement à l’honneur à travers les années ou rend hommage à la communauté grecque de la région à travers un rebetiko. 
 
 
 
Mais le violoncelliste, surtout, invente. Sous ses doigts son instrument devient multiple, déchire les barrières du temps et augure les contours d’un futur affranchi mais respectueux de son passé. Plus encore magicien que virtuose, Vincent Ségal honore la musique avec une malicieuse érudition, une inspiration ludique. La chemise mouillée par l’effort et le sourire légitime, à la dernière escale, il reçoit une ovation sans nuances. Même les vieux marbres semblent applaudir.
 
 
Texte et photographies : Benjamin MiNiMuM
 
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