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Portrait de : Jean-Michel Basquiat
Né en 1960, d'une mère portoricaine et d'un père haïtien, le jeune Jean Michel Basquiat se révèle prématurément passionné par l’image et le dessin ; sa mère, elle-même sensible à l'art, l’entraîne dans les musées new yorkais et le pousse à être curieux de tout.
Ses cahiers de dessins d'enfant, remplis de croquis déboussolants, démontrent l'avidité d’un capteur d’images, qui parcourt les catalogues illustrés, les planches anatomiques de dictionnaires et les reproduit inlassablement, ainsi que des automobiles, ou des figures extraites des comics. Il baigne dans un univers fécond et trilingue, où se mèlent l'anglais, le français et l'espagnol. La famille vit temporairement à Porto Rico, état américain voisin de Cuba, lieu de vacances tropicales pour américains moyens, et vaste "spanish ghetto".
En 1976, de nouveau à New York, il poursuit sa scolarité dans une école pour jeunes talents (Edward Murrow High). En 1978, il quitte le nid familial : associé à Al Diaz, compère, complice, vadrouilleur des rues de New York, ils tartinent les taudis new yorkais de leurs graffs.
Plus individuellement, Basquiat signe d’abord ses toiles d'un "SAMO" désabusé, ("rien de neuf" (same ole’ shit)) et survit en vendant dans la rue ses t.shirts et ses cartes postales (un client notoire, Andy Warhol lui achète une carte : prélude à une amitié puis à une collaboration remarquable). Il circule à la périphérie des boites de nuit comme le Mudd Club, le 57, et croise tout un aréopage de célébrités (Madonna, Keith Haring, Bowie...)
Une étonnante complicité s’instaure à partir de 1983 ; entre Warhol, artiste reconnu, lisse et blanc à l’extrême et l’apparent opposé qu’incarne Basquiat, s’opère une hybridation visuelle. La danse macabre de Basquiat s’insinuera avec justesse dans l’univers morbide warholien. Au de là de l’admiration, de l’inspiration réciproque, il y aura fusion, sans aucune surenchère et de fait, production artistique hors du commun. La mort de Warhol en 1987 est un coup terrible pour Basquiat, qui semble avoir ressenti la perte d’un père virtuel. Sa propre identité, malmenée, surexposée, ses errances dans l’héroïne auront raison de lui en 1988, à l’âge de 27 ans.
De son vivant, d'abord à travers les expositions de groupe dans lesquelles il côtoie le gotha ambitieux de la nouvelle peinture (Francisco Clemente, David Salle, Julian Schnabel) puis par l'intérêt légitime que les galeristes lui accorderont, il deviendra un peintre sulfureux, recherché, comblé par une célébrité bientôt ébouriffante.
L’œuvre de Basquiat est riche d’emblèmes, de symboles jaillissants, de superpositions heurtées qui sont autant de processions graphiques, sombres et hurlantes à la fois. Qualifié de « néo expressionniste », il suit un étrange itinéraire :
D’abord, au croisement des cultures noires et hispaniques, du Vaudou, de la Santeria, des combats de coqs, et des bougies par lesquelles s’exorcisent toutes sortes de maléfices, apparaissent d’innombrables masques et têtes de mort, figures squelettiques, giclements sacrificiels. Plus tard, une plongée dans la stridence du réel se révèle d’autant plus suffocante qu’elle insère des silhouettes enfantines traçant des marelles maladroites au sol, au milieu d’un trafic incessant de voitures, de bus et de camions, de figures menaçantes, de policiers, d’objets mortifères. L’écriture, les mots ressassés, les marques et empreintes, les lettrages commerciaux constituent un mode graphique essentiel, et le gribouillis, le collage, la superposition franche, jusqu’au déchiqueté, offrent à l’œil une étrange sensation de grésillement visuel, ou un buzz visuel vertigineux.
La justesse de ses désordres, l’acuité de ses projections servent aussi magnifiquement ses engagements et son sens de l’histoire : celle du peuple noir et de ses figures gravitantes : celles de leaders, de mages, de sorciers : maelstrom qui tourne autour du faux primitivisme et d’une vraie magie, d’une certaine conscience politique et du refus de l’aliénation, de la fierté noire et de la force des valeurs premières.
Au zénith d'une époque de surenchère sur le marché de l'art, Basquiat brille plus que d'autres par son magnétisme, son réel talent, et la reconnaissance de la nomenklatura artistique new yorkaise, puis celle des galeries internationales.
Sa carrière fulgurante, sa visibilité médiatique, son œuvre volumineuse et riche d’impacts, les ramifications qu’elle laisse aujourd’hui apparaître, font de lui une figure rimbaldienne, un incontournable du marché de l’art, un artiste dont la manière (calamiteusement copiée) a généré une avalanche de faux.
(A signaler : un premier portrait au cinéma (signé Julian Schnabel, ami de Basquiat, dans lequel Bowie interprète d'ailleurs le défunt Andy Warhol).
Bruno Charenton
Et aussi sur Mondomix.com :
- Lire la chronique du documentaire Jean-Michel Basquiat - The radiant child
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