Les profits que l'on tire du café bu au Nord se déversent-ils facilement vers le Sud ? L'association de commerce équitable Alter Eco aimerait répondre par l'affirmative. Elle diffusera sa vision d'un monde plus juste le 7 juin, au Cabaret Sauvage.
N'Diale
Le pays Wassoulou surgit du kamele n’goni. Allié au carignan, petit grattoir de métal, on dit qu’il est comme la puce qui ne te laisse pas dormir, parce qu’il te fait lever pour t’en aller danser. Le violon, lui, caresse l’harmonie, la bichonne, la ronronne, lui tourne un air de gigue ou de danse bretonne. La voix de Founé Diarra évoque les éclats de Nahawa Doumbia, pendant que l’accordéon diatonique s’essaye au pentatonique. On est où là ? Quelque part entre la Pointe du Raz et Yanfolila… Dans l’univers imaginaire d’une rencontre rare. Déjà rompu aux airs d’Irlande et à la transe balkanique, Jacky Molard, l’un des plus talentueux violons bretons, aime les challenges. Ses doigts agiles et son archet précis rappellent ici qu’il sait toujours conduire les rondes de festou noz jusqu’au pur bonheur. Son long compagnonnage avec Erik Marchand a abouti à la fondation du label Innacor. Il en est la cheville artistique, libre de donner à ses créations toute leur démesure, sans autre concession que celle qu’il négocie avec lui-même.
Si alléchante qu’elle soit, la proposition faite par Africolor de se frotter à la musique malienne est une fameuse gageure. Alors qu’il vient de réussir à agréger les identités musicales pour un quartet de rêve, alliant la singularité du jazz à la force de la danse, convient-il de mettre cet équilibre fragile en danger ? Jacky Molard en prend le risque et le résultat est à la hauteur de l’enjeu. Car si les codes européens des musiques populaires relèvent tous d’une parenté plus ou moins éloignée, l’univers des musiques africaines est une source intense aux infinis secrets. Dès que l’on passe à la pratique, le plaisir de l’écoute se heurte à des systèmes de pensée dont le différentiel est à l’aune de l’écart entre civilisations. En Afrique, la musique est la mémoire du temps. Mais le temps n’y est pas une ligne droite en travers de l’espace. « Rendez-vous à la coda », connaît pas ! Le présent des ancêtres est celui d’aujourd’hui et la seule certitude du futur est de rejoindre les ancêtres pour vivre le présent. Il fallait replonger dans les légendes celtiques de l’Ankou pour saisir la subtilité des rythmes wassoulou. Y accéder demandait également la force de l’esprit de famille, sans laquelle toute pénétration au sein de la « roue rythmique » africaine, comme dit Ray Lema, est vaine. Ainsi le 4 et le 3 se sont fondus en 7, nous offrant une fusion onctueuse, pleine des saveurs de timbres acoustiques aux effluves exquis. Parfaitement réussi !
François Bensignor
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