Mexican Institute of Sound : "Je voulais un disque politique et dansant"

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Politique - Interview

Le Mexique a connu un été tragique : au lendemain des élections, les narcotrafiquants ont tenu à rappeler leur puissance en plongeant la nation dans un bain de sang. C’est dans ce contexte que Camilo Lara, le DJ qui incarne l’Institut Mexicain du Son, a publié son album le plus percutant. Entretien pugnace à propos de la politique locale et internationale ...

Mexican Institute of Sound : "Je voulais un disque politique et dansant"

Le Mexique a connu un été tragique : après des élections qui se sont soldées par le retour du PRI, le parti qui a régenté le pays pendant plus de 70 ans, les narcotrafiquants ont tenu à rappeler leur puissance en plongeant la nation dans un bain de sang. C’est dans ce contexte que Camilo Lara, le DJ qui incarne l’Institut Mexicain du Son, a publié son album le plus percutant, le mieux réalisé et le mieux écrit. Entretien pugnace ...

 
Dans le clip de Mexico, on vous voit au cœur d’une manifestation sur le Zocalo …
 
Camilo Lara : C’était une vraie manifestation, qui a lieu au moment de l’élection présidentielle. Elle était animée par des militants de Yo Soy 132, un mouvement étudiant très important [NDLA : en faveur, notamment, d'une information moins partisane]. Elle se faisait en mémoire des victimes de la garderie ABC: il y a quelques années, 49 bébés sont morts dans l’incendie d’une crèche du nord de notre pays [NDLA : l’incendie a eu lieu en juin 2009, à Hermosillo, Sonora]. Les parents n’ont reçu aucun soutien du gouvernement, aucune aide pour les funérailles. C’était une garderie publique mais les responsables ont échappé à la justice. Nous avons pensé qu’il serait bien de soutenir les parents. La vidéo a été filmée par le réalisateur Jonás Cuarón. Il a fait plusieurs films à dimension politique, comme un documentaire à propos de Naomi Klein.
 
 
 
 
Vous avez écrit cet album tandis que se préparaient des élections présidentielles. C’est pour cela que vous l’avez baptisé « Politico » ?
 
Camilo Lara : Il ne s’agit pas que des élections mexicaines. Le monde entier se politise. En France, en Espagne, aux Etats-Unis, partout se présentent les mêmes problèmes. Au Mexique, nous avons des problèmes supplémentaires : le trafic de drogues et la violence. Cet album aborde la façon dont tout se politise. J’ai l’impression que ces dernières années ont été l’équivalent de ce qu’il s’est passé au début des années 80, notamment en Angleterre, lorsque s’y produisaient des émeutes, ou au Mexique, lorsque nous avons eu une énorme dévaluation. J’ai l’impression qu’un cycle recommence : de nombreux artistes publient des albums plus politiques.
 
 
Pourtant, en 2006, lorsque Andrés Manuel López Obrador, le candidat de la gauche, s’était fait voler son élection, de nombreux jeunes (et parmi eux de nombreux musiciens) étaient descendus dans la rue pour le soutenir. En 2012 , ces jeunes semblent s’être désintéressés des joutes politiques …
 
Camilo Lara : En fait, dans le cas de López Obrador, c’est probablement parce que les gens pensaient que ce n’était plus le candidat adéquat. La première fois, tout le monde le soutenait. La seconde fois, moi, je l’ai soutenu, parce que c’était la seule option, mais cela ne veut pas dire que c’était le bon candidat. Tous les mouvements, comme celui de Yo Soy 132, qui ont eu lieu avant les élections visaient à changer le système. Enrique Peña Nieto [NDLA : l’actuel Président du Mexique, élu le premier juillet] est un produit de ce système et des telenovelas : il est marié à une actrice de téléfilms. Ce qui m’intéresse, moi, c’est la façon dont la voix de la société peut provoquer des changements. Mon disque se devait d’être le genre de disque que j’aime : dansant mais en même temps profondément politique. Vous ne pouvez pas changer grand-chose avec un disque mais vous pouvez toucher une conscience et parler de ce qu’il se passe …
 
Vous arrive-t-il de jouer dans des manifestations ?
 
Camilo Lara : Oui, j’ai joué dans des manifestations. Si je peux aider à toucher des consciences, je le fais. En Espagne, notamment, je soutiens les manifestants avec un titre comme Especulando
 
Le retour du P.R.I. [NDLA : le parti d'Enrique Peña Nieto, qui a déjà qui a régné sur le pays pendant 70 ans] a provoqué un déchaînement de violence de la part des narcotrafiquants. Comment venir à bout de l’emprise des narcotrafiquants sur le pays ? En les combattant les armes à la main ou en abolissant la prohibition des drogues dans le reste du monde ?
 
Camilo Lara : J’ai l’impression qu’il est prouvé – la Colombie l’a prouvé – que faire la guerre à la guerre est une très très grosse erreur. Au Mexique, nous avons déjà connu cette guerre absurde et inutile. Elle n’a fait que dégrader notre image et blesser notre peuple. Définitivement, ce n’est pas la solution. La solution pourrait être de créer un marché libre pour les drogues et de les laisser passer aux Etats-Unis. S’ils veulent en mourir, j’en suis désolé. Mais, au moins, nous serions libérés de cette violence et nous aurions un pays apaisé …      
 
 
Pour cet album, vous semblez avoir modifié votre façon de travailler. Vous avez choisi d’utiliser moins de samples pour obtenir plus d’homogénéité ?
 
Camilo Lara : En fait, je fais appel à plus de samples. Mais, sur ce disque, j’ai essayé de faire en sorte que les samples sonnent comme si je les jouais et que ce que je joue sonne comme un sample. Ce qui change, c’est surtout que je maitrise mieux la technique d’enregistrement. Par le passé, il était plus facile d’identifier mes samples …
 
Comment le disque est-il accueilli au Mexique ?
 
Camilo Lara : Les réactions sont très bonnes. Il est sorti à un moment difficile et il a été bien accueilli, parce que de nombreuses personnes partagent mon point de vue sur la situation. Le seul problème que j’ai rencontré, c’est que j’utilise l’hymne national alors que la loi l’interdit. Les radios ne diffusent pas le titre qui le cite, Mexico, mais je m’en moque : Internet est fait pour ça …    
 
    
 
 
Propos recueillis par François Mauger

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