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Médecins du Monde : "L'intégration des Roms peut réussir"
Depuis la destruction de campements roms début août, la polémique enfle. Nous avons demandé à l'un des responsables de l'association Médecins du Monde, qui vient de signer une tribune dans Libération, de nous préciser ses positions ...
Les bulldozers sont de retour et les Roms font à nouveau l’actualité. Début août, à Marseille, Lyon, Paris ou Lille, des campements ont été détruits sans que leurs occupants ne soient relogés. Depuis, la polémique enfle. Le 14 août, Thierry Brigaud et Christophe Adam, deux des responsables de l’association Médecins du Monde, ont signé une tribune dans Libération appelant à une réflexion plus profonde et à « une vraie politique d’avenir ». Nous avons demandé à Christophe Adam, un médecin généraliste de Bordeaux, responsable de la mission Médecin du Monde locale, de nous préciser ses positions …
Vous avez publié une tribune dans Libération cette semaine à propos de l’accueil des Roms en France … Concrètement, que fait Médecins du Monde dans les campements roms en France ?
Christophe Adam : Médecins du Monde fait du travail médical de proximité, de premier recours, en se déplaçant dans les camps, sur les terrains, dans les squats. A la fois, des soins primaires : l’accompagnement à la vaccination, l’accompagnement des femmes enceintes, mais aussi du travail de coordination pour les pathologies chroniques, ainsi que de l’éducation à la santé …
Vous dénoncez la taxe Ofii, la taxe dont doivent s’acquitter les sociétés qui emploient des Roms. Cette taxe est-elle spécifique aux Roms bulgares ou roumains ?
Christophe Adam : Non, non, non, c’est une taxe qui frappe beaucoup de personnes étrangères. L’employeur doit payer une taxe qui dépend du nombre d’heures, du salaire, … Manuel Valls répond aux associations qui la dénoncent en rappelant l’histoire du plombier polonais. Vous vous en souvenez ? (NDLR : Le "plombier polonais" a fait l'objet d'une polémique en France en 2005 au moment du débat sur le projet de traité constitutionnel européen, il incarnait la dérégulation du secteur des services). Eh bien, on a imposé aux nouveaux entrants bulgares et roumains, qu’ils soient Roms ou non, pour éviter de voir arriver sur le marché du travail des travailleurs peu payés, une sorte de barrière financière. Les Roumains et les Bulgares, alors qu’ils sont européens, ne peuvent exercer qu’une liste spécifique d’emplois. C’est ce que les associations dénoncent en disant : « Ce sont des Européens d’exception ».
Un Belge qui viendrait travailler en France pourrait exercer, lui, tous les emplois qu’il souhaite ?
Christophe Adam : Oui. Aucun problème …
Vous dénoncez également la reconduite à la frontière de citoyens européens résidant dans l’espace Schengen. C’est effectivement absurde. Comment les autorités justifient-elles une telle absurdité ?
Christophe Adam : C’est ce qu’ils appellent la « charge déraisonnable ». Un Européen qui ne vivrait que de l’aide sociale en France a le droit de séjourner trois mois sur le territoire mais, s’il ne peut pas prouver qu’il a des revenus, il peut être expulsé. Je ne suis pas un spécialiste de ces considérations là mais, par exemple, un Rom expulsable va mettre un pied en Espagne (je suis Bordelais, pour nous, c’est deux heures de voiture) et revient en situation régulière pour trois mois … Derrière ça, la question de fond, c’est l’Europe de la libre circulation : des marchandises et des capitaux, bien sûr, mais aussi des personnes. Parmi les personnes, on ne va pas sélectionner celles qu’on veut et celles qu’on ne veut pas. On préfèrerait voir venir en France des Allemands avec des sous mais on va voir venir des Allemands en difficulté sociale, des Roms, …
Que répondez-vous à Manuel Valls, notre Ministre de l’Intérieur, lorsqu’il décrit le danger de « campements insalubres, dangereux tant pour leurs occupants que pour le voisinage, aux abords de quartiers populaires déjà en proie à de nombreuses difficultés » ?
Christophe Adam : Il a raison. Ce sont de vraies difficultés, de vrais dangers. C’est un sujet extrêmement compliqué. Nous, on insiste sur une nature territoriale de ce problème. Il ne faut pas que ce soit une ville qui le gère, parce que la problématique va se déplacer dans la ville d’à côté et, souvent, dans les villes les moins riches, qui vont subir l’arrivée massive de populations fragiles … La question qui est posée, au delà des Roms, est celui des agglomérations du vingt-et-unième siècle : vous y trouvez des populations marginales, des populations fragiles, des Roms, des prostituées, des vieux isolées, … Comment faire cohabiter et vivre ensemble ces gens ? Il est évident que c’est compliqué. Notre expérience de terrain nous pousse à soutenir les élus locaux qui affrontent les problèmes, qui l’affrontent dans sa globalité, sans position simpliste, en se demandant comment lancer une réflexion globale, comment mettre un terrain d’insertion rom à un endroit, comment lancer un plan d’éducation renforcée à proximité, … Manuel Valls a raison de dire que, dans le 93, dans certains quartiers difficiles, la présence de gens plus fragiles à côté ne peut rien arranger.
Malgré tout, vous ouvrez votre tribune en parlant de « cas d’intégration réussie ». En avez-vous en tête ?
Christophe Adam : Pendant deux ans, la meilleure ouvrière de France en blanchisserie était une jeune Rom. Quand on a ouvert, avec Médecins du Monde, la mission rom de Bordeaux, il y a sept ans, c’était avec un jeune Rom qui avait 18 ans, avec qui on est rentré dans les squats. Ce jeune, aujourd’hui, il est employé de la communauté urbaine de Bordeaux. Il a deux enfants qui vont à l’école, il a un logement, … Quand il va à son travail, il part avec une fierté impressionnante. Cette après-midi, j’ai eu au téléphone le directeur de cabinet d’une députée de la Gironde qui me parlait d’enfants scolarisés, de travail, … La personne qui a lancé cette opération chez Médecins du Monde il y a plus de vingt ans me racontait dernièrement qu’une jeune Rom qu’elle a connu dans une situation dramatique dans un bidonville d’Ile-de-France rentre à la fac en France. Elle a eu son titre de séjour. On ne veut pas claironner « Tout va bien », loin de là, mais il y a de vraies réussites. Il y a beaucoup de difficultés mais il y a des réussites …
Propos recueillis par François Mauger
Et aussi sur le web :
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