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Maram Al-Masri : "Personne ne soutient la révolution syrienne"
Submitted by Mondomix on mer, 05/30/2012 - 22:00
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Politique - Actualité
Pas un jour ne passe sans que l'on apprenne un nouveau massacre en Syrie. La poétesse Maram Al-Masri lance un appel ...
La répression en Syrie n’oublie pas les artistes. Le week-end dernier, des voyous à la solde du régime ont agressé le romancier Khaled Khalifa, qui se rendait à l’enterrement d’un musicien assassiné. L’écrivain, auteur d’un Eloge de la Haine très remarqué, s’en tire avec un bras cassé. Cela ne l’empêchera certainement pas d’écrire, pas plus que ses centaines de confrères encore dans le pays ou installés à l’étranger. Lors du festival Etonnants Voyageurs, nous avons eu l’occasion de rencontrer Maram Al-Masri, une poétesse qui nous a parlé des événements …
La littérature et la poésie ont-elles des rôles à jouer dans la contestation en Syrie ?
Maram Al-Masri : Je pense. D’ailleurs les artistes, les écrivains et les chanteurs sont très ciblés. Dernièrement, ils ont égorgé un chanteur et l’ont jeté dans une rivière. Ils ont cassé les doigts et les mains d’un caricaturiste. D’autres écrivains sont en prison. La littérature et l’art ont toujours joué un rôle majeur dans les témoignages. Sans ça, qui va parler de cette révolution ? Les artistes et les écrivains ont toujours été les bêtes noires du gouvernement. Je pense que chaque être humain doit faire ce qu’il peut. On n’a pas d’armes. Je n’ai pas d’autres armes que la poésie. J’utilise la poésie, les mots et les sentiments pour provoquer des réactions chez les gens.
L’arabe est la langue qui vous relie à ceux qui sont restés en Syrie ?
Maram Al-Masri : L’arabe me relie à mon pays. En arrivant en France je ne parlais pas un mot de français. Même pour dire « bonjour », je devais faire un effort extraordinaire! Ma relation avec la langue française était bizarre. Je n’ai pas été à l’école pour l’apprendre correctement. J’ai appris le français par la télévision, la radio et les conversations avec les gens et ça m’a fait boiter toute ma vie, jusqu’à maintenant, avec un français qui n’est pas parfait, qui mélange les passés, les verbes, les masculins, les féminins. Mais j’ai réussi à m’exprimer en français dans mon dernier livre. L’arabe était ce cordon ombilical qui me liait à mon pays. A travers la langue, tout passe : la pensée, la manière de vivre, les habitudes alimentaires. La langue, c’est la manifestation, l’incarnation de l’humanité. Sans la langue, les gens sont des animaux. La langue arabe a façonné toutes les idées sur les hommes, sur les femmes, sur la poésie et les histoires. C’est elle qui fait de nous des hommes ou des femmes arabes. A une époque, j’avais banni ma langue et ma culture. Mais je me suis rendue compte que je ne serais jamais à 100 % française, que je serais toujours entre deux chaises. Même si ça fait trente ans que je suis en France, je ne veux plus faire mourir cette femme arabe de culture musulmane que j’ai en moi.
Un dialogue est-il possible entre les civilisations ?
Maram Al-Masri : Oui. Surtout dans mon livre Le Retour de Wallada, récit où j’exprime ce chant d’amour, ce dialogue entre deux civilisations. Wallada est une princesse andalouse qui a vécu en Andalousie et qui a écrit de très beaux poèmes. Une femme audacieuse presque provocante : elle écrivait sur sa robe un verset qui disait « J’offre mes joues à celui qui veut les baiser » et se donnait à tous ses amants. Cette image de la femme arabe musulmane très forte est en train de disparaître car de nombreuses femmes reviennent au voile et à la religion. Je veux montrer le prix de la liberté dans ce livre. L’Andalousie est un paradis perdu pour les Arabes. C’est vraiment un chant d’amour. Je dis « Notre mosquée chante votre église, notre oranger chante votre jasmin ». C’est un dialogue, un pont que j’esquisse entre deux civilisations …
Vous parlez de deux civilisations. Mais peut-on vraiment décrire les différentes façons de vivre l’islam (ou le christianisme, ou le bouddhisme, …), peut-on vraiment parler d’une même civilisation ? Ne devrions-nous pas parler de plusieurs civilisations ?
Maram Al-Masri : Je pense qu’il y a un retour à l’obscurité. Dans l’islam, je ne pense pas qu’il existe cette loi de mettre les femmes sous cette burqa noire. Je pense que c’est une décision qui a été prise en Afghanistan et en Perse, dans un monde où il y avait beaucoup de sable et de chaleur et où les femmes se couvraient pour se protéger. Maintenant c’est pour se protéger de tout, de toute agression comme ils disent, du regard des hommes. Parce que de l’autre côté, il y a cet excès des femmes européennes qui sont libres de se dénuder. Pour moi, il existe un islam beaucoup plus noble qui dépasse le dogme de l’habillement et de l’apparence. L’islam que je connais est dans la profondeur, il sait jongler avec toutes les autres religions. Quand j’étais petite, on me disait que l’Islam, c’était l’avancement, la progression. Maintenant, je suis choquée mais je regarde ces femmes avec beaucoup de compassion et beaucoup d’amour. Elles sont moi dans un vêtement sobre et noir. Elles sont moi dans l’austérité. Et j’aimerais bien les libérer. En même temps, je ne peux pas les condamner. Si c’est leur manière de trouver la paix intérieure, je ne peux rien dire. En même temps, pourquoi ce choix difficile ? Il est peut-être trop difficile de nager à contre-courant.
Toucher à la foi et aux religions est tout de suite une affaire très grave. Dans la conscience humaine, c’est quelque chose d’intouchable. Au nom de la liberté, on fait des caricatures de Mahomet et de Jésus. C’est beau, mais pourquoi toujours exciter l’animal qu’il y a en nous ? Pourquoi exciter cette partie trop enflammée de l’être humain ? Il est trop difficile de changer la foi de quelqu’un. Déchirer un Coran ? La guerre se déclenchera. Mais mon dieu, nous sommes dans le symbole, ce n’est que du papier ! Le symbole ne doit pas prendre le pas sur la réalité. Le Coran existe dans les cieux, c’est quelque chose de beaucoup plus grand. C’est intouchable, c’est du sacré.
La chanson protestataire Yalla Erhal Ya Bashar (Come on Bashar, Leave) écrite par le chanteur et poète Ibrahim Qashoush, égorgé et jeté dans une rivière le 4 juillet 2011.
Vous êtes une militante dans le mouvement de libération de la Syrie. Vous sentez-vous suffisamment soutenue par les intellectuels français et européens ?
Maram Al-Masri : Je ne le sens pas du tout. On n’est soutenu par personne. On a seulement du blabla. Dès fois, je me déçois moi-même. Même si je fais du bruit et j’essaie de faire bouger les choses, rien ne se passe. Quinze mois et rien ne se passe. Quinze mois comme ça, sous les yeux du monde, à la télévision et sur internet. On voit les gens morts, les enfants torturés, les villes bombardées et Assad va en tout impunité. Le monde dit « Oui, on condamne, on condamne. » Mais condamner quoi ? Il faut agit. On en a besoin. C’est une civilisation, une humanité qui meurt avec les Syriens. Une humanité qui agonise. C’est ça qui me déçoit, qui me rend presque sans espoir. Mais je n’ose pas dire que je perds espoir car que vont dire ceux qui avancent dans le froid, dans la neige, qui sortent dans la rue en passant près des cadavres ? Je ne suis rien à côté d’eux. Mais leur souffrance, croyez-moi… Chaque personne qui meurt là-bas, c’est quelque chose en moi qui meurt. Je les connais, ces hommes et ces femmes, même ceux dont je ne connais pas le nom de famille. Quand je les vois à la télé, je me dis « Celui-là je le connais, je sais où il a acheté ses chemises, ses chaussures, où il a vécu, je connais l’odeur de sa terre, je connais les restaurants où il mange. » C’est le peuple d’où je viens. Mon frère et ma sœur sont là-bas. Les gens me demandent comment va ma famille et j’ai honte de dire qu’elle va bien. Il y a des familles qui ont tout perdu, leurs jeunes enfants de trois mois… Je dis « Oui, moi ça va ». Mais ça ne va pas. J’appartiens à ma famille et à ce peuple qui souffre.
Vous aimeriez lancer un appel ?
Maram Al-Masri : Oui, je lance un appel car je voudrais vraiment que les choses bougent. Pas seulement dans les déclarations. Les gouvernements doivent prendre des décisions vis-à-vis de ce pays, envoyer des casques bleus pour véritablement arrêter Assad. Ou même lancer un mandat d’arrestation contre Assad, le mettre en prison et le condamner. Ce n’est pas possible de laisser faire ça en toute impunité ! Faire enfin tomber sa légitimité internationale. Le peuple syrien a fait tomber cette légitimité nationale. Il n’est plus notre président. D’ailleurs, il ne l’a jamais été. Il est devenu président par héritage, par fausse manœuvre et le peuple doit le faire descendre. Il ne doit pas avoir peur de prendre sa place. Il y a beaucoup d’humanistes et d’intellectuels qui pourraient être présidents. On n’est pas un peuple pauvre de talent et de connaissances. Les hôpitaux de France sont pleins de médecins syriens, beaucoup de chercheurs dans le monde sont syriens ... Ce peuple peut ressusciter. Il n’a pas peur des intégristes et ne va pas tomber dans ce piège. Et, même si les Musulmans prennent un temps le pouvoir, les Syriens ne vont pas accepter de retomber dans la dictature. Les Syriens veulent un pays démocratique, laïc, où toutes les ethnies sont représentées. Croyez-moi, la révolution syrienne ne vise pas contre Assad parce qu’il est alaouite, elle veut abattre la dictature. Point final. On aime les Alaouites autant qu’on aime les Chrétiens, les Kurdes. Et ce n’est pas parce que je suis sunnite que je dis ça. Je suis humaniste avant tout.
Alors qu'en Syrie, les intellectuels et artistes sont les cibles de l'entourage de Bachar Al-Assad, le festival #Libertés, à l...
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Submitted by Anonyme on mar, 02/12/2013 - 20:23.
Je suis touché par vos paroles... Je suis précisément en quête d'un poème célébrant la Syrie, son peuple, son courage, son appel à l'aide et à la paix. J'aimerais pouvoir le dire à Noirmoutier, le 17 mars, dans le cadre de la fête de la francophonie. Ce serait comme une fleur à ajouter, en votre honneur, au bouquet francophone, en guise d'hommage, de gratitude et de soutien.
Jean-Pierre MAJZER
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Je suis touché par vos paroles... Je suis précisément en quête d'un poème célébrant la Syrie, son peuple, son courage, son appel à l'aide et à la paix. J'aimerais pouvoir le dire à Noirmoutier, le 17 mars, dans le cadre de la fête de la francophonie. Ce serait comme une fleur à ajouter, en votre honneur, au bouquet francophone, en guise d'hommage, de gratitude et de soutien.
Jean-Pierre MAJZER
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