Les profits que l'on tire du café bu au Nord se déversent-ils facilement vers le Sud ? L'association de commerce équitable Alter Eco aimerait répondre par l'affirmative. Elle diffusera sa vision d'un monde plus juste le 7 juin, au Cabaret Sauvage.
Lhasa
Lorsque vous vous saisissez pour la première fois du nouvel album d'une artiste qui vous a fait vivre parmi les plus belles émotions musicales de votre vie, l'excitation et la peur d'être déçu entrent en compétition. Il est préférable alors de faire le vide, de calmer le jeu et, si vous êtes journaliste, d'endosser votre blanche blouse de scientifique.
Dès l'étude de la pochette de Lhasa, trois observations peuvent être envisagées comme pistes d'analyse. L'illustration de couverture révèle un portrait au pochoir comme on pourrait en voir dans n'importe quelle ville du monde. Le titre de l'album se réduit au minimum : le nom de l'artiste. Et après s'être essayé, avec succès, à un tiercé espagnol, français, anglais Lhasa s'est, cette fois, concentré sur la seule langue de Shakespeare. La chanteuse canadienne aurait-elle été tentée par un confort normalisé ? Aurait-elle renoncé aux atours baroques de son univers ? Avec sa cohésion d'orchestre enregistré en direct et des accents vocaux plus clairs, les premières notes pourraient confirmer cette impression de simplification, de fluidification.
Seule responsable de la réalisation de cet album, Lhasa a favorisé l’instant partagé et s’est mise à nue, mais il apparaît très vite que son monde n'a rien perdu de sa singularité. Elle a pris soin d’y injecter les quatre éléments essentiels à la vie : le tempo terrestre de la section rythmique, les envolées aériennes de la pedal steel guitare, les ondulations aquatiques de la harpe et surtout le feu sacré de sa voix. Ainsi ont pu éclore et s’épanouir ses chansons fragiles, conçues dans l’apesanteur des rêves.
Par cousinage, plus que par imitation, il est possible, ici et là, de penser à d'autres artistes : Nico pour la plainte élégiaque de What kind of heart, ou David Lynch pour le côté orchestre d’hôtel chic et fantôme sur The lonely spider ou Love came here. Les réverbérations marécageuses de la guitare dans A thousand and one nights peuvent, quant à elles, évoquer La Nuit du Chasseur de Charles Laughton. Mais ces clins d’œil, volontaires ou non, sont du meilleur goût et ne brouillent en rien la personnalité envoûtante de ce disque qui complète avec force la discographie sans faute d’une artiste majeure de notre époque.
Le clip "Rising"
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Commentaires
Merci pour cette très belle chronique... J'espère que je prendrai autant de plaisir à écouter l'album qu'à lire ces lignes.
Merci pour cette très belle chronique... J'espère que je prendrai autant de plaisir à écouter l'album qu'à lire ces lignes.
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