Les Suds à Arles: "Il y a beaucoup de bons groupes dans les musiques du monde"

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Musique - Interview

L'été, le mélomane slalome de festival en festival. Nous avons demandé à la programmatrice de l'un de nos favoris, les Suds à Arles, son avis sur l'avenir des manifestations estivales ...  

Les Suds à Arles: "Il y a beaucoup de bons groupes dans les musiques du monde"

Ensoleillé ou pluvieux, l'été est une pente douce. Le mélomane y slalome de festival en festival. Il a souvent ses étapes favorites, où il se sent comme chez lui. L'une des haltes les plus familières à l'équipe de Mondomix est la splendide capitale culturelle de la Camargue : Arles. Notre rédacteur en chef y anime une radio éphémère chaque été et en ramène régulièrement de nouvelles découvertes musicales. Tout en couvrant la nouvelle édition, nous avons demandé à Marie-José Justamond, la programmatrice de la manifestation musicale de la ville, son avis sur l'évolution des festivals ... 

 
 
Trouvez-vous qu'il est aujourd'hui … plus facile ou moins facile … à un festival de programmer des talents émergents ?
 
Marie-José Justamond : Aujourd’hui il est moins facile de programmer des talents émergents dans un festival. Il est évident qu’actuellement le public vient plus facilement voir des têtes d’affiches. Le Pôle Industries Culturelles & patrimoines - PRIDES mène une étude sur la fréquentation des publics. Ces analyses montreront les réactions du public dans une période trouble. Le public aime bien choisir des artistes connus et reconnus.
 

Rocio Marquez, l'une des découvertes des Suds à Arles, qui a reçue cette année le Prix Babel Med Mondomix
 
Avez-vous observé une inflation de certains cachets ?
 
Marie-José Justamond : En effet, j’ai noté une augmentation des cachets des têtes d’affiches, comme tous les directeurs de festivals. C’est la loi de l’offre et de la demande.
 Les cachets augmentent, ce qui entraine un investissement moindre dans les talents émergents. Dans la société, les écarts se creusent entre ceux qui ont les moyens financiers et ceux qui ne les ont pas ou plus. C’est la même situation entre les têtes d’affiches et les talents émergents.
 
Dans quelle mesure est-il encore possible de proposer une programmation qui se distingue des autres ?
 
Marie-José Justamond : Dans notre domaine, c’est tout de même possible parce qu’il y a beaucoup, beaucoup de bons groupes et d’artistes dans les musiques du monde. Toutes les esthétiques musicales (sacrées, festives, ethnos, électriques) sont représentées, ce qui offre une multitude de choix. Même si on  programme une ou plusieurs têtes d’affiches, il y a la possibilité de faire une bonne programmation. Un autre atout pour Les Suds à ARLES est le patrimoine architectural dont dispose la ville d’Arles avec des lieux exceptionnels.
 
Y a-t-il encore des formules à inventer pour faire d’un festival une vraie fête ou tout a-t-il déjà été tenté ? 
 
Marie-José Justamond : Bien sûr, il existe beaucoup de formules qui permettent à des festivals d’être inventifs et créatifs. C’est ce qui m’intéresse dans ce métier : la créativité, l’inventivité, l’innovation. On changerait de métier si on ne pouvait plus rien créer... Le festival est à l’image de ses lieux, de ses territoires ; présenté différemment selon ses publics.
 
Moteur ou mouton ? Comment voyez-vous le public, comme un peuple d'aventuriers prêts à vous suivre dans vos expérimentations ou comme un groupe de consommateurs à la recherche d'une bonne affaire sans risque ?
 
Marie-José Justamond :  Il y a un cœur de public, les fidèles : ce sont ceux qui acquièrent le passeport semaine tous concerts ; ils sont prêts à tout entendre, à tout expérimenter. Mais on a besoin des autres publics (le Théâtre Antique dispose d’une jauge de 2500 places). Ces autres publics préfèrent les artistes connus et reconnus qu’ils vont donc trouver dans la programmation des Soirées Suds au Théâtre Antique.
 
 
Le chanteur de flamenco Arcángel, également programmé cet été
 
Bénéficiez-vous du soutien de pouvoirs publics et est-ce, selon vous, un atout ou un danger ?
 
Marie-José Justamond : Oui, nous bénéficions du soutien des pouvoirs publics, c’est grâce à cela que nous pouvons programmer des talents émergents, des expérimentations. Ce soutien nous permet une prise de risque que d’autres fuient. Cela induit une programmation qui se distingue des autres et cela devient un atout dans ces cas là.  Le danger survient quand il n’y a qu’un gros et unique partenaire élu et qui change au moment de réélections... 
 
Une question plus personnelle : parmi les artistes émergents que vous programmez, lequel souhaiteriez-vous le plus voir percer ?
 
Marie-José Justamond : C’est un avis plus personnel : tout dépend de ce que l’on entend par percer. Par exemple, Arcángel est très connu en Espagne en tant que cantaor flamenco alors qu’en France pas du tout. Rocío Márquez commence à percer en France (grâce aux SUDS, à ARLES, à Babel Med Musique et à Mondomix) mais on doit pouvoir la faire connaître davantage.
 
 
Propos recueillis par François Mauger
 
Et aussi sur le web : 
- le site des Suds à Arles

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