"Le tigre" de John Vaillant, un roman de l'été enneigé

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Litterature - Interview

Pour beaucoup, le livre de l’été aura été une affolante chasse au tigre dans les forêts enneigées de la Russie. "Le tigre", une enquête du journaliste John Vaillant, a lesté bien des sacs de plage. Dialogue tardif avec l’auteur d’un récit qui pourrait tout aussi bien être votre roman de l’automne ou de l’hiver …

Livre : John Vaillant et l'odeur du tigre

Pour beaucoup, le livre de l’été aura été une affolante chasse au tigre dans les forêts enneigées de l’est de la Russie. Publié fin 2011, Le tigre, une enquête du journaliste John Vaillant a en effet reçu le prix Nicolas Bouvier au printemps. Le bouche-à-oreilles aidant, le livre a lesté nombre de sacs de plage. Ses 446 pages auraient fait un oreiller parfait pour une sieste au soleil si elles n’avaient pas été aussi électrisantes : les aventures de la « brigade tigre », chargée de tuer un fauve mangeur d’hommes dans une Russie qui se délite, ont raccourci bien des nuits.

 

Dialogue tardif avec l’auteur d’un récit qui pourrait tout aussi bien être le roman de l’automne ou de l’hiver …  

 

 

 

Qu’est-ce qui vous a en premier intéressé dans cette histoire ? Le tigre lui-même ou cette communauté d’hommes coupés du reste de la Russie, qui vivent de la forêt ?

 

John Vaillant : La première fois que j’ai entendu parler de cette histoire, c’était en regardant un excellent documentaire de Sasha Snow, Conflict Tiger. Quand, par la suite, j’ai visité la Russie à mon tour, j’ai été frappé par la façon dont les communautés locales ont été abandonnées par l’Etat après l’effondrement du communisme. Mais j’ai également été impressionné par la terrifiante vengeance de ce tigre, par ses efforts pour pourchasser et tuer l’homme qui l’avait blessé.

 

Par quel miracle êtes-vous parvenu à écrire un récit aussi précis, qui fourmille d’autant de détails ? Comment, par exemple, avez-vous pu décrire l’odeur du tigre (« un parfum musqué d’après-coït ») après sa mort ?

 

John Vaillant : J’ai parcouru la forêt dont je parle, j’ai senti sur les arbres l’odeur des tigres. Je l’avais également senti leurs tanières en Inde. Le tigre mâle a une odeur très particulière ! De la même façon, les autres détails, je les ai observés moi-même ou je les ai obtenus lors d’interviews des personnages de cette histoire.

 

Vous écrivez que le village de Sobolonié, le village qu’habite la majorité de vos personnages, un village en pleine déliquescence après la disparition des compagnies d’Etat, « nous offre un avant-goût de ce que serait un monde post-industriel ». L’avenir se joue donc dans cette partie de la Russie ?

 

John Vaillant : Non, bien sûr. Mais le village de Sobolonié montre ce qui arrive lorsque les habitants des zones rurales font face à un effondrement économique et sont abandonnés par l’Etat. Il ne serait pas difficile d’imaginer des scénarios comparables dans d’autres pays développés …

 

En France, nous réintroduisons des animaux qui avaient disparu de nos montagnes : les loups et les ours. Cela crée des problèmes avec les bergers. Pourquoi, à votre avis, est-il si important que l’homme partage son territoire avec d’autres espèces ?

 

John Vaillant : Parce qu’ils ont le droit d’être là ! Ils y étaient avant nous et ils répondent naturellement aux situations bien peu naturelles que nous créons (l’élevage, la destruction de leur habitat, …). Il est possible de réduire la prédation du bétail, simplement en ramenant les animaux à l’étable la nuit. Au final, c’est une question d’attitude. Si on pense que la nature n’est là que pour satisfaire les ambitions humaines, les prédateurs sont condamnés. Si nous nous plaçons dans une perspective plus large, plus responsable, un accord peut être trouvé si nous faisons l’effort de comprendre et d’accepter ce qui nous entoure. Je crois que c’est la clé de notre survie sur le long terme …

 

Vous avez reçu pour ce livre le prix Nicolas Bouvier. Pourtant, en le lisant, on se dit que vous auriez peut-être plus mérité un prix Bruce Chatwin, tant vos réflexions sur la place de l’homme dans la nature auraient plu à l’auteur du Chant des pistes

 

John Vaillant : Bruce Chatwin est l’un de mes modèles, l’une de mes idoles. Je prends donc cette remarque comme un beau compliment …

 

Propos recueillis par François Mauger

 

A lire : Le tigre de John Vaillant, aux éditions Noir Sur Blanc

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