"Le festival Reggae Sun Ska est devenu incontournable en France"

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Economie - Actualité

Le festival Reggae Sun Ska est l'un des champions français du respect de l'environnement mais c'est au sujet d'un autre éco-système, celui des festivals d'été, que nous avons interrogé Fred Lachaize, son directeur.

"Le festival Reggae Sun Ska est devenu incontournable en France"

La liste des actions que le festival Reggae Sun Ska entreprend en faveur de l'environnement semble chaque année plus interminable encore : sensibilisation du public, tri des déchets, mise en place de toilettes sèches, de navettes gratuites et de vaisselle compostable, impressions à l'aide d'encres végétales, éclairage à base de LED, construction de décors en matériaux de récupération ... Pourtant, ce n'est pas au sujet d'un autre éco-système que nous avons interrogé Fred Lachaize, son directeur : le petit milieu des festivals d'été. Il a répondu sans langue de bois, en homme d'action habitué à mener de front des activités festivalières, discographiques (son label, Soulbeat Records, produit notamment Groundation, les Shaolin Temple Defenders et Tarrus Riley) et concertantes (il est également tourneur sous ne nom de "MA Prod").

 
Trouvez-vous qu'il est aujourd'hui … plus facile ou moins facile … à un festival de programmer des talents émergents ?
 
Fred Lachaize : Tout dépend de l’ampleur et de la jauge des évènements. Je pense que, malgré tout, nous nous devons d’impulser et d’épauler la nouvelle scène émergente. C’est aussi notre rôle. Nos évènements sont clairement un tremplin pour les artistes et une bonne exposition face au public et aux professionnels. Cela leur permet souvent de gagner des mois de travail et de les conforter dans leur professionnalisation.
 
Avez-vous observé une inflation de certains cachets ?
 
Fred Lachaize : Le constat est simple : c’est la scène qui fait vivre les projets musicaux et finance bien souvent les productions, enregistrements et bien sur le disque. En conséquence, il faut être de plus en plus malin. Ne pas hésiter à s’organiser pour acheter des artistes auprès des agents internationaux donc à se structurer pour cela et de fait, impulser une vision internationale à nos évènements. Il faut aussi bien suivre l’actualité. C’est un travail de longue haleine à effectuer auprès des tourneurs pour arriver à faire venir les artistes et les bloquer bien souvent d’une année sur l’autre. Un événement comme le Reggae Sun Ska est « le » festival des artistes. En 15 éditions, nous avons apporté notre pierre au développement de nombreux groupes et artistes. Le Sun Ska est aussi leur évènement et pas simplement le nôtre ou celui du public. On doit jouer au Sun Ska quand on a une actualité dans le reggae. 180 journalistes sont présents sur chaque édition, nous notons la présence de plus en plus de professionnels internationaux, il faut donc être présent et ne pas rater cette opportunité.
 

Alborosie, l'une des stars de l'édition 2012
 
Dans quelle mesure est-il encore possible de proposer une programmation qui se distingue des autres ?
 
Fred Lachaize : Nous sommes dans une niche donc il est dur de se renouveler. Mais cela nous donne tout de même une force vis-à-vis de la scène reggae internationale, qui se doit de jouer sur le Reggae Sun Ska. C’est aujourd'hui devenu une étape incontournable en France. 
 
Y a-t-il encore des formules à inventer pour faire d’un festival une vraie fête ou tout a-t-il déjà été tenté ?
 
Fred Lachaize : Les modèles évoluent sans cesse. Tous les ans nous remodelons le projet, le réajustons, changeons de site régulièrement (pas par volonté mais par obligation). Donc, les festivaliers ont vécu avec nous notre évolution. Il y a toujours des formules à inventer afin d’améliorer la qualité d’accueil du public.
 
Moteur ou mouton ? Comment voyez-vous le public, comme un peuple d'aventuriers prêts à vous suivre dans vos expérimentations ou comme un groupe de consommateurs à la recherche d'une bonne affaire sans risque ?
 
Fred Lachaize : Il faut des moteurs pour pouvoir attirer le public et c’est de cette manière que l’on peut faire découvrir de nouveaux artistes. L’offre des festivals en France est tellement forte, les festivals européens attirent de plus en plus le public français, donc c’est à nous de rester vigilants et de surfer sur la vague. Ce qu’il faut bien se dire, c’est que nous ne nous adressons pas à un seul public mais à des publics. Nous nous devons donc de les prendre en compte.
De notre côté, nous avons toujours cherché à démarginaliser l’image du reggae. Nous ne voulons pas des clichés reggae et fumeurs de spliff. On parle d’une vraie culture, d’un mouvement fédérateur international. Je pense que, si nous sommes là depuis 15 ans, c’est grâce à tout ce travail visant à briser les clivages.  J’ai toujours fait la part belle au reggae international en invitant des pointures jamaïcaines, ainsi qu'à la scène française, mais aussi aux projets cross over qui vont jouer sur fond de reggae et être un peu plus grand public. C’est aussi cela qui permet de nous renouveler au fil des années. 
 

Général Levy, à découvrir au festival ...
 
Bénéficiez-vous du soutien de pouvoirs publics et est-ce, selon vous, un atout ou un danger ?
 
Fred Lachaize : On bénéficie d’un soutien d’estime, 5% de financements publics pour le plus gros festival du Sud Ouest, cela n’est pas simple à gérer. Toutefois, c’est aussi une force et une indépendance. 
 
Une question plus personnelle : parmi les artistes émergents que vous programmez, lequel souhaiteriez-vous le plus voir percer ? 
 
Fred Lachaize : Je suis un grand fan de Prince Fatty et de toutes ses productions. J’ai donc cru dès le départ en Hollie Cook, qui est un de ses nouveaux projets. Tarrus Riley reste pour moi « la » nouvelle voie de la Jamaïque, on parlera encore de lui pendant les quarante années à venir. Cette année, nous accueillons aussi Lee Thompson's Ska Orchestra, le side project de Lee Thompson, célèbre saxophoniste de Madness. C’est un projet que nous soutenons avec ferveur car le groupe s'attache à faire revivre la musique ska des années 70 et, par ce biais, toute la culture jamaïcaine de cette époque qui a été le début de beaucoup de belles histoires ! Côté scène française, on laisse la part belle à toute la scène dancehall et new roots hexagonale, avec des artistes tels que Dar-K, Naâman, Bazil ou encore Biga Ranx.
 
 
Propos recueillis par François Mauger
 

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