Las Hermanas Caronni, soeurs en harmonie

2170 visites | 0 réactions
Musique - Interview

Gianna et Laura, les deux sœurs Caronni, envoutent doucement l’auditeur en glissant leurs voix entre les accords feutrés d’un violoncelle et les caressantes envolées d’une clarinette. Rencontre avant leur concert au festival Au Fil Des Voix …

Las Hermanas Caronni

C’est le genre de conte de fée du quotidien qui donne envie de continuer à y croire : un jour, un chroniqueur de France Inter, Didier Varrod, extrait d’une branlante pile de CDs un disque à la pochette relativement ordinaire et prend le temps de l’écouter. Séduit, il le diffuse. Les auditeurs réagissent, téléphonent ou envoient des mails pour demander le nom des chanteuses. Un festival, Au Fil Des Voix, prend le relais et les programme à Paris. Les deux musiciennes font immédiatement craquer le public. S’ensuit pour ces artistes, qui sont loin d’être des débutantes (leur disque avait été enregistré plus de trois ans auparavant et elles avaient déjà conquis un label néerlandais, Snail Records, et un tourneur au nom trompeur, Crépuscule Productions), le début d’une nouvelle carrière …

 
Ces deux chanteuses, ce sont Gianna et Laura, les sœurs Caronni, désormais connues sous le nom de Las Hermanas Caronni. Ces jumelles nées en Suisse mais élevées à Rosario, sur les rives du Río Paraná, envoutent doucement l’auditeur en glissant leurs voix entre les accords feutrés d’un violoncelle et les caressantes envolées d’une clarinette. Rencontre …
 
 
Vos deux voies semblent fusionner, comme d'ailleurs vos deux instruments et même l'ensemble des genres musicaux qui vous inspirent. Ce sens peu commun de l'harmonie pourrait-il s'expliquer par votre histoire familiale ?
 
Gianna & Laura : C'est vrai que notre famille est une sorte de "Mondomix", mélange de grands-pères suisse et italien et de grand-mères russe et andalouse. A la maison, on chantait beaucoup, on écoutait toutes sortes de musiques : classique, tango, musiques traditionnelles latino-américaines mais aussi rock des années 70, flamenco et jazz. En Argentine, on s’est produites en concert dans des formations très différentes, on pouvait jouer un vendredi avec un ensemble de musique de la Renaissance dans une église et le lendemain dans un parc avec un groupe de rock. Il nous est arrivé de faire aussi de la musique électroacoustique et d’accompagner des performances de danse contemporaine dans des endroits improbables.
La fusion vient peut-être du fait qu’on est jumelles et qu’on a grandi ensemble. Nos voix se ressemblent au point qu'on ne se distingue pas nous même. En réécoutant une interview radio, il nous est arrivé de nous demander : c'est toi qui a dit ça ou c’est moi ?! Mais au-delà de la gémellité, on a passé un temps fou à travailler nos instruments.
Notre mère aime bien raconter qu’on a laissé des traces dans notre maison d’enfance. Quand on est parti pour l’Europe, il restait cinq trous dans le parquet, quatre de nos pieds et celui de la pique du violoncelle de Laura à l’endroit où on a joué pendant des années.
Ce qu’on cherche avant tout dans notre façon de jouer, c’est toucher les gens. Au delà des styles ou des techniques instrumentales qu’on essaie d’apprivoiser, notre intention, c’est de susciter de l’émotion et c’est en concert qu’on voit le mieux si ça fonctionne.
 

 
Votre premier album s'intitule "Baguala de la siesta". Insister ainsi sur la baguala, un genre musical traditionnel du nord de l'Argentine qui ne se danse pas, et sur la sieste, c'est une façon d'annoncer d'emblée que ce n'est pas un disque de tango, ce qu'on aurait pu attendre de deux musiciennes venues du pays de Gardel ?
 
Gianna & Laura : Peut-être en effet qu’inconsciemment, on a voulu se défaire de cette étiquette qu’on nous a collée aux débuts de notre duo, en 2005. Mais on ne veut pousser personne à la sieste et surtout pas endormir notre public ! De toutes façons, la formation clarinette et violoncelle n’existe pas dans le tango traditionnel. On reprend quelques classiques comme Yuyo verde ou Los ejes de mi carreta et on en compose nous même mais il nous a fallu du temps pour trouver notre espace.
Le duo, c’est du tango mais aussi des chacareras, des milongas qu’on réinvente à notre façon. On ne veut pas s’enfermer dans notre argentinité, on chante aussi du Brassens ! On a fait deux versions de Je me suis fait tout petit : une espagnole pour la suite de la compil Brassens, Echos du monde et une française pour notre deuxième album.
 
Votre père était écrivain. Vous arrive-t-il de chanter l'un de ses textes ? Ou de chanter d'autres auteurs ?
 
Gianna : El jarrito est une chanson de notre père. On l’a incluse dans notre premier CD, Baguala de la siesta. Il nous a appelé un matin et nous a chanté cette chanson dont il avait rêvé. Heureusement, il nous a cédé les droits d’auteur !
Nous chantons aussi Atahualpa Yupanqui sur notre premier album ou La frontera de Lhasa qui sera sur le deuxième album et nombres d'autres paroliers fameux comme Homero Exposito ou Alfredo Zitarrosa. Ce sont des textes qui nous touchent ou qui sont attachés à des souvenirs singuliers. Cela dit, la plupart de nos chansons sont de Laura ...
 
Laura : Je m’inspire d' expériences ou de rencontres. Par exemple, Pachamama raconte l’histoire de notre famille à travers celle de tous les migrants, des passages obligés en préfecture pour obtenir une carte de séjour. Paciencia, qui devrait être sur le nouvel album, est une chanson qui me trotte dans la tête depuis une rencontre émouvante avec une petite fille adoptée au Togo. De ces regards qu'on n'oublie jamais ...
 
Vous êtes arrivées en France en 1998. Qu'est-ce qui vous y a attirées ?
 
Laura : A cause de la dictature, nos parents sont venus en Europe et nous somme nées en Suisse. Puis, souffrant de l’exil, ils sont rentrés en Argentine quand nous avions deux ans. Plus tard, adolescente, je me suis vue refuser l'entrée à une répétition de théâtre pour jouer le Requiem de Mozart au sein de l’orchestre de Rosario. Il avait été décidé que les « étrangers » ne pouvaient plus jouer, c’était un choc pour moi ! J’ai donc entamée les démarches pour obtenir la nationalité argentine de manière officielle. Entre temps, le directeur du conservatoire de Buenos Aires m’a proposé de représenter l’Argentine dans un orchestre en France. J'ai saisi cette occasion de prendre le large ... et une revanche sur l'administration par la même occasion.
 
Gianna : Un an plus tard, j’ai rejoint ma sœur à Lyon, grâce à une bourse d’étude que j’ai réussi à décrocher pour nous deux en même temps, sans qu’elle n’en sache rien. J’ai obtenu une médaille d'or au Conservatoire de Lyon (CNR), où ma sœur étudiait déjà puis on est parti à la conquête de la capitale avec l’argent qui restait ...
 
Quelle est pour vous la prochaine étape ? Vous préparez un nouveau disque ?
 
Gianna & Laura : On continue à tourner en duo avec notre répertoire dans pas mal de festivals européens typés "musique du monde". On joue aussi avec Juan Carlos Caceres sur des concerts plus jazz et occasionnellement avec Denis Péan de Lo'Jo.
On devrait bientôt entamer une résidence au Rocher de Palmer, belle salle de la périphérie de Bordeaux, pour préparer le deuxième CD, qui sortira en 2013. Un album plus éclectique que le premier, avec des compositions inspirées des voyages, en passant de l’Argentine au Togo ou l’Andalousie, mais aussi des nouvelles sonorités, violon et clarinette basse. Toutes les dates de concerts sont sur Crépuscule Production, notre Myspace et on veut bien devenir vos amies sur Facebook si vous le demandez gentiment !
 
Propos recueillis par François Mauger

Continuez la lecture avec

2170 visites | 0 réactions

Commentaires

Poster un nouveau commentaire

  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage

CAPTCHA visuel
Entrez les caractères (sans espace) affichés dans l'image.
RadioMix - La radio Mondomix ! Retrouvez chaque semaine de nouveaux titres !

Toutes les langues