"Lang(u)age", tour de force de Daby Touré

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Musique - Actualité

Le Mauritanien Daby Touré met à l'honneur les langues dans son  nouvel album "Lang(u)age", tour de force musical réalisé en compagnie d'Ours, Oxmo Puccino et Maxime Le Forestier... 

Daby Touré l'assume, il est une tour de Babel à lui tout seul. Sur ses précédents albums, il jonglait avec l'anglais, le wolof, le pular ou l'arabe, quand il ne fredonnait pas une langue de son invention. Lang(u)age ajoute à sa panoplie celle de son pays d'accueil depuis l'âge de 18 ans : Daby Touré y fait vibrer la langue française au moyen de phrasés africains. Un tour de force, tellement fluide que l'exercice paraît tomber sous le sens. Particulièrement probants sont Pas si Eloigné que ça, sur un texte signé Ours, dont le refrain s'arrime à l'auditeur dès la première écoute, Un Dernier Rêve, Toutes Les Iles et Chez les Autres, fine chanson sur le déracinement ciselée par un Maxime Le Forestier inspiré (« Tu m'as dit fais comme chez toi/Moi, j'ai grandi chez les autres, apprends moi »). Ce parti pris fonctionne car Touré déploie un vrai sens de la mélodie, tonique et vive.

 

Chez les autres du nouvel album de Daby Touré

 

Ailleurs, on retrouve traces de ses expériences anglophones pour le label Real World, avec notamment This is The Time coécrit par Skip McDonald, chanteur de Little Axe avec lequel Touré avait enregistré son précédent album - Oxmo Puccino y débarque tout en contraste, sa voix lourde et mate en contrepoint de la ligne aérienne de Touré. Mariko, Yewendé et Bilady sont trois belles échappées africaines, particulièrement le second, un blues ondulant dans un désert nocturne. On sera plus réservé sur Du Haut de Nos Différences, duo avec la chanteuse canadienne Salomé Leclerc, pas loin de tomber dans l'ornière de la variété.

 

Enregistré à New York, Lang(u)age a été enfanté avec des moyens confortables. Le producteur, Russell Elevado, déploie un CV impressionnant (The Roots, Erykah Badu, le premier D'Angelo...), tandis que Pino Palladino balance quelques lignes de basse qui ont fait sa réputation. Autant dire que cet album représente un pari : celui d'une voie intelligente, sensible, entre musiques africaines et chanson française, exempte des exotismes des unes comme des clichés de l'autre. Professionnels et grand public sauront-ils l'entendre ?

 

Bertrand Bouard

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