Fin juillet, Martigues vit durant plus d'une semaine au rythme de son énorme rassemblement dédié aux cultures du monde. En proposant tout au long de la journée des activités, des ateliers, des animations de rue et des concerts en différents lieux de la cité, la ville pousse le festivalier à la découverte de l'autre. Du 22 au 30 juillet.
La série noire de Florent Mazzoleni
Orpailleur des musiques africaines oubliées, Florent Mazzoleni s'offre la casquette d'écrivain en publiant trois très beaux livres. Des tonalités maliennes aux musiques modernes du Mali, ses écrits sont alimentés par de longues recherches sur le terrain. A découvrir...
Inlassable explorateur d’un âge d’or des musiques africaines (1950-1980), Florent Mazzoleni vient de publier trois livres (Afro Pop, Burkina Faso, Musiques Modernes et Traditionnelles du Mali), alimentés par de longues recherches sur le terrain.
A quand remonte ton intérêt pour cette période des musiques africaines ?
Florent Mazzoleni : Après avoir écrit pendant des années sur les musiques populaires dites occidentales, le rock, la soul, le blues, le funk, j’ai constaté que si l’on savait tout de James Brown ou des Beatles, les musiques africaines restaient largement méconnues. Le fait d’aller au Mali, en 2004, et d’y rencontrer Ali Farka Touré, a été fondamental : quand je lui ai serré la main, j’ai eu l’impression qu’un continent entier s’ouvrait à moi, de manière tout à fait généreuse. J’ai dès lors essayé de rassembler les pièces d’un vaste puzzle éparpillé au gré des années, des pays, pour raconter comment cette histoire musicale s’était mise en place, comment des pays comme le Ghana, le Congo ou la Guinée avaient été décisifs dans la constitution d’une musique populaire africaine, qui racontent les malheurs et les bonheurs du quotidien, sans emphase, avec justesse.
Ali Farka Touré, "Gambari"
Quelles sont les caractéristiques de ces musiques ?
Florent Mazzoleni : Elles sont menées par de grands orchestres, qui adoptent les instruments électriques occidentaux et modernisent tout un pan du répertoire traditionnel, en chantant notamment dans les langues vernaculaires. Les indépendances (17 pays africains accèdent à l’indépendance
en 1960 ) vont favoriser ce mouvement, qu’on retrouve peu ou prou dans le discours d’authenticité culturelle du président guinéen Sékou Touré. A mesure que les années 60 se mettent en place, on assiste à des musiques hybrides fascinantes.
Quelle est ta méthode pour faire la lumière sur ces groupes ?
Florent Mazzoleni : La base de mon travail, c’est la collection de disques vinyles. J’essaie d’exploiter les indices qui figurent dessus, musiciens, producteurs, labels, années, et ensuite, dans la mesure du possible, je me rends dans les différentes villes pour rencontrer les témoins qui sont encore là, les disquaires, propriétaires de clubs, photographes, mélomanes ou les musiciens encore en vie. Mais la situation de tous ces gens qui partagent leur souvenirs, leurs archives, et participent à un travail de mémoire collective, est très fragile. Il y a deux semaines, pour la sortie du livre, un concert était organisé au Burkina à l’Institut français de Ouagadougou. Le grand batteur burkinabé George Ouedraogo s’y est produit et une semaine plus tard, il est décédé.
Georges Ouedraogo, "Gandaogo"
Quel regard ces pays portentils aujourd’hui sur leurs propres musiques ?
Florent Mazzoleni : Lors de ce même concert, des jeunes cohabitaient dans le public avec des anciens qui avaient connu ces groupes du temps de leur gloire, cela a permis ponctuellement de rassembler les générations. Je commence aussi à voir des gens, au Mali et au Burkina notamment, qui s’équipent de platines, rencontrent des musiciens, ont des projets de films, de documentaires. Un travail doit être fait, dont les autorités prennent conscience un peu tardivement ; au Burkina, le ministère de la culture était très content du livre, mais après coup. Les recherches relèvent aujourd’hui d’initiatives privées, alors qu’il me semble que toutes ces musiques devraient être inscrites au patrimoine immatériel de l’Unesco. Elles font partie d’une grande histoire commune de tout le continent.
- Afro Pop, L’âge d’or des grands orchestres africains (Le Castor Astral)
- Burkina Faso, Musiques Modernes Voltaïques (Le Castor Astral)
- Musiques Modernes et Traditionnelles du Mali (Le Castor Astral)
Bertrand Bouard
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