La Nuit Gwo Ka réveille les sens

2523 visites | 0 réactions
Danse - Reportage

A l’occasion de la Nuit Blanche du 6 octobre, la salle parisienne Petit Bain invite la compagnie Boukousou pour une nuit Gwo Ka qui allie création et traditions. Visite et interview du chorégraphe Max Diakok pendant les préparatifs du spectacle "Waka Douvan Jou", qui va démarrer cette plongée dans la culture guadeloupéenne.

 

Compagnie Boukousou

A 18h30, en ce vendredi de la fin septembre, il faut appeler Max Diakok sur son téléphone portable pour se faire ouvrir les portes de la grille de l'école de Saint Denis qui prête une petite salle en sous-sol à la compagnie Boukousou. Pour l'instant, le chorégraphe révise avec Lydie Fesin certains mouvements délicats du spectacle Waka Douvan Jou, pendant que le fils de la danseuse joue avec un tube en plastique, utilisé plus tard par les percussionnistes, et que le conteur Philippe Cantinol se met en bouche certains passages de son texte. Les autres artistes arrivent au compte gouttes, empêchés dans leur ponctualité par les embouteillages accentués de la fin de semaine. Dans leur grande majorité les danseurs et tanbouyés (tambourinaires) du gwo ka sont contraints à vivre une double vie. Max est danseur professionnel et sa passion du gwo ka, qui remonte à l’enfance, se double d’une carrière dans le monde de la danse contemporaine. 

 
Max Diakok (Olga Schanen)
Max Diakok (Olga Schanen)
 
 
Initiation
Né en Guadeloupe en 1959, le jeune Max Diakok découvre l’univers du gwo ka grâce à la collection de vinyles de son père, où figurent en bonne place les enregistrements des maîtres du genre Robert Loyson, Germain Calixte ou Turgot Taret. Il suit aussi avec passion les émissions du parolier Casimir Letang sur Radio Guadeloupe. Plus tard, dans les rues de Pointe à Pitre, il tombe sur Marcel Lollia, dit Vélo, poète du tambour rejeté de son vivant à cause de sa marginalité et adulé depuis pour son génie musical à tel point qu’aujourd’hui sa statue se dresse au centre de la ville. Cette rencontre a marqué Max Diakok : « On aurait dit qu’il faisait l’amour avec son tambour. Dans son jeu, il y avait de la force et des silences, beaucoup de subtilité et de virtuosité et ça me fascinait. » L’initiation de cet enfant des villes se poursuit en 1978 dans une soirée paysanne traditionnelle léwòz, durant laquelle danseurs et musiciens font cercle autour des tambours pour improviser. «Auparavant je connaissais surtout les danses folkloriques pour touristes,  là je découvrais un autre style. Des danses en solo empreintes de théâtralité, faites de gestes fluides ou saccadés qui expriment toute une gamme de sentiments, de la joie extrême à la tristesse ou encore l’humeur guerrière. Ce fut vraiment un choc bénéfique. A partir de là, c’est devenu une obsession. » Il cherche à en savoir plus, apprend les rythmes auprès de camarades aguerris, les reproduits d’abord sur une table, puis sur un tambour. Le plus souvent possible, il fréquente les soirées léwóz, les soirées coups de tambours, moins ritualisées, et le milieu des coupeurs de canne à sucre, où s’exprime le gwo ka le plus authentique. Max s’exerce au tambour et au chant avec ses camarades et peaufine dans sa chambre ses pas de danse.
 
 
 
Somnabil au makè, Lydie Fesin et Biloute au boula (B.M.)
 
Danser en profondeur  
A la fin des années 8O, il intègre comme tanbouyé le groupe de Gwo Ka moderne Galta. Lorsque le chef d’orchestre Yvan Juraver découvre sa danse, il le pousse non seulement dans cette direction mais l’incite aussi à y intégrer sa propre expression. S’ouvre alors pour Max un champ de possibles que semble limiter sa formation autodidacte. Il prend alors des cours de danse jazz et classique en Guadeloupe puis en France. Il s’intéresse à la danse contemporaine, collabore avec plusieurs compagnies, mais ne perd pas de vue sa passion initiale. Le gwo ka découle vraisemblablement d’un syncrétisme des différents styles de danses africaines apportés sur l’ile par des esclaves guinéens, congolais et d’autres régions d’Afrique Centrale. Max part séjourner en Guinée pour renouer avec les racines et approfondir ses connaissances. A force d’expériences et de réflexions sur son travail, il finit par développer un style très personnel mais fidèle à l’esprit du gwo ka. En 1995, poussé par des amis, il crée sa première chorégraphie et fonde la compagnie Boukousou. 
 
   Philippe Cantinol (B.M.)
   Philippe Cantinol (B.M.)
 
Avant l’Aube
A vingt heures à l’école Renoir, après que Biloute a accordé le tambour rythmique boula et Somnabil la percussion soliste makè et après l’échauffement de tout le monde, les artistes prennent place au centre de la salle. Philippe Cantinol déclame son introduction et le filage de Waka Douvan Jou (Chant pour hâter la venue de l’aube) commence. Cette pièce est née en 2004 d’une commande  de la médiathèque de Fontenay Sous-Bois pour créer un spectacle pour l’évènement « Lire en Val de Marne ». Max a alors l’idée d’utiliser comme trame un conte qu’il avait inventé lors d’ateliers pour enfants et d’y mêler des textes des auteurs guadeloupéens Ernest Pépin et Guy Tirolien, auxquels s’ajoutent les mots du conteur. ll est question d’un arbre à sons qui inspire aux villageois un élan de liberté réprimé par les pouvoirs publics. Cette métaphore de l’histoire de la Guadeloupe de l’esclavagisme à l’affirmation de l’identité créole est une belle entrée en matière à cette Nuit Blanche dédiée au gwo ka qui se poursuit par un léwóz. Max précise « Beaucoup de musiciens se contentent des rythmes les plus festifs. Mais nous, lors d’une soirée, nous jouons chacun des sept rythmes du Gwo Ka pour exprimer toute la diversité des émotions. » Des émotions qui devraient lors de la nuit du 6 au 7 réveiller tous les sens et hâter la venue du jour.
 
Benjamin MiNiMuM
 
Et aussi sur le web : 
- le site de la Compagnie Boukousou
- le site de Petit Bain 

Continuez la lecture avec

2523 visites | 0 réactions

Commentaires

Poster un nouveau commentaire

  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage

CAPTCHA visuel
Entrez les caractères (sans espace) affichés dans l'image.
RadioMix - La radio Mondomix ! Retrouvez chaque semaine de nouveaux titres !

Toutes les langues