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Koji Wakamatsu : Chroniques des années de baise
Chronique des années de baise...
Ex-yakusa et ex-taulard. Le C.V. de Koji Wakamatsu précède une carrière de cinéaste ponctuée de scandales… Pas plus tard qu’en 2007 d’ailleurs. Quand "L’embryon part braconner" sort pour la première fois en France (voir la vidéo ci-dessous). Ce chef-d’œuvre sadien a beau dater de 1966, le comité de classification des oeuvres s’insurge. Le verdict est sans appel : "Interdit aux moins de 18 ans". Un désastre pour une distribution en salles. Une décision d’autant plus injuste qu’elle pointe un élément accessoire du film. Parce que Wakamatsu ne fait pas du porno.
Parce qu’il est l’un des plus grands cinéastes de la contestation. Parce que le sexe, plus qu’un outil masturbatoire, est un medium pour parler de la guerre, du pouvoir établi, des guérillas, de la société de consommation… Retour sur le mauvais élève du cinéma japonais récidivant avec "Le Soldat Dieu", le 1er décembre sur nos écrans.
70's : sexe, sang et révolution
Tout commence dans les années 60. Après six mois de prison pour avoir joué les yakuzas, Koji Wakamatsu veut devenir réalisateur parce que "c'est un métier qui permet de tuer des flics sans aller en taule". Si c'est d'abord par contrainte économique qu'il se lance dans la réalisation de "pink eiga" (films érotiques japonais), le réalisateur porté par la volonté de communiquer ses idées révolutionnaires, prend conscience que le cul peut aussi faire réfléchir les gens...
Il fonde sa maison de production, Wakamatsu Production, et enchaîne les films coquins, vite faits pas chers. Les budgets sont serrés, la mise en scène dépouillée, la photographie brute, les décors limités... Qu'importe. De cette absence de moyens, derrière les excès de sexe et de sang s'imbriquent la virulence du discours et l'urgence d'une propagande. Nu, sensuel, flagellé, violé, mutilé ou monstrueux, le corps trône dans le cinéma de Wakamatsu : il devient une arme politique, la banderole d'une manifestation anarchiste.
Les frustrations sexuelles qui hantent les résidents dans "Les Secrets derrière les murs" (1965) évoquent un Japon vaincu par la guerre et dénué d'idéaux révolutionnaires ; les viols répétés du magnifique "Va, va vierge pour la deuxième fois" (1969) soulignent les dérives d'une jeunesse en perdition, l'érotomanie des personnages de "Sex Jack" (1970) s'impose comme une catharsis révolutionnaire qui sommeille en chacun d'eux...
Années 2000, "le poing levé"
Aujourd'hui septuagénaire, Wakamatsu a ralenti son rythme de production mais garde le poing levé. Le jury 2008 du Festival de Venise se remet difficilement de son "United Red Army", docu-fiction musclé sur l'Armée Rouge japonaise.
Moins offensif que ses précédents films, "Le Soldat Dieu" (voir la vidéo ci dessous) emprunte une veine plus intimiste. Wakamatsu évoque le quotidien d'une femme (merveilleuse Shinobu Terajima), vivant pendant la guerre sino-japonaise en 1940, qui retrouve son mari soldat muet, sans bras, ni jambes. Érigé en héros dans le village, sa femme ne voit en lui qu'un homme tronc, dénué de sens et réduit à ses instincts primaires. L'absurdité du nom qu'on lui porte (Le Soldat Dieu) lui saute alors au visage. Wakamatsu joue la carte du mélodrame pour porter son discours antiguerre et prend le spectateur non plus par le cul, ni par la violence, mais par les sentiments. Scruter avec autant de détails – parfois sordides - la détresse d'un couple anéanti par la guerre, relève d'un témoignage "passif agressif" contre le patriotisme et les conflits armés. Le Soldat Dieu est peut-être l'un de ses films les plus accessibles.
S'il a toujours cultivé la marginalité, Wakamatsu est rattrapé par son succès. En France, on lui consacre une rétrospective à la Cinémathèque Française (24 novembre au 9 janvier 2011), des coffrets DVD (chez Blaq Out, très belles éditions) ainsi qu'un livre « Koji Wakamatsu, cinéaste de la révolte » (Editions Imho) qui retrace sa carrière de Yakuza et de réalisateur. Si avec tout ça, il ne devient pas "mainstream"...
Ravith Trinh
- "Le soldat de dieu", en salles le 1er décembre
- Rétrospective Koji Wakamatsu à la Cinémathèque française du 24 novembre au 9 janvier 2011
- Coffret Koji Wakamatsu vol.3 (4 DVD)
- Livre : « Koji Wakamatsu, cinéaste de la révolte », Editions Imh
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