Kalashnik love

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Musique - Chronique

Les amoureux du oud vénérant l'instrument dans sa dimension d'icône délicate risquent d'être horrifiés par ce qui lui arrive ici. Electrifié et amplifié par de solides amplis Marshall, accompagné d'une base rythmique dévergondée et vêtu d'une fourrure électronique, le luth arabe traverse les siècles qui le séparaient de toutes perspectives futuristes. Aux commandes de sa caravane supersonique, Mehdi Haddab élabore une relecture virtuose de l'air du temps. Construit artisanalement pendant ces trois dernières années, Kalashnik Love fait pourtant preuve d'une grande cohérence, d'une inventivité jamais prise à défaut et d'une architecture sonore impressionnante. Durant toute l'épopée, Pascal Teillet, bassiste voltigeur, et David Husser, sculpteur de sons extrêmes, se sont tenus sans défaillances aux côtés du capitaine Haddab apportant souplesse et profondeur de champ aux fulgurances de l’oudiste. Pour comprendre le propos de l'album, il suffit de se pencher sur le cas du morceau "Galvanize". Composé par le duo anglais électro rock Chemical Brothers, ce titre s'appuyait sur un sample pêché chez la chanteuse berbère Naajat Atabou, accueillait le rappeur Q-Tip et agitait le spectre des tensions internationales. Saisissant le boomerang au vol, Mehdi orientalise le discours, se réapproprie la furie et invite les rappeurs algériens de MBS, le tchatcheur d'Asian Dub Foundation Spex MC et l'activiste Paul Kendall à poser leur flow agité sur cette version pimentée qui fera date dans l'histoire des relations Nord-Sud. Même retour à l'envoyeur avec la reprise du classique de Cure "Killing an arab" chanté par Wattie Delay et un tonique Rachid Taha autoproclamé arabe de service, étranger naguère décrit par Camus et argument de la chanson, ici habilement rajeuni. Mehdi rend aussi hommage aux traditionnels, arabes ou bulgares et aux maîtres oudistes arméniens Udi Hrant Kenkulian et Charles Ganimian qui ont renforcé sa vocation. Il a entraîné le compagnon yéménite du dernier DuOud, Abdulatif Yacoub, à chanter son amour du qat psychotrope et convié Rodolphe Burger pour des duels sans merci. Brûlant comme un météorite au moment de toucher l'atmosphère, ce disque sexy et flamboyant ravira les amateurs de fusions implacables.

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