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Jeux d'enfants : des activités ludiques en mutation
Pratiqué aux quatre coins du monde, le jeu est le symbole de l’éveil et de l’apprentissage ludique des enfants. Mais cette pratique ancestrale connaît elle aussi des mutations.
Pratiqué aux quatre coins du monde, le jeu est le symbole de l’éveil et de l’apprentissage ludique des enfants. Mais cette pratique ancestrale connaît elle aussi des mutations.
Un bambin français saura-t-il jouer aux dominos avec un enfant du Laos ou du Sénégal ? Vincent Houis, l’un des fondateurs de l’association française Kaloumba, qui s’occupe de promouvoir les jeux du monde entier auprès de tous les publics, ne voit pas de différences majeures dans le rapport aux jeux :
« Les réactions sont similaires : l’énervement, la patience, l’attention sont des constantes internationales. Evidemment, dans certains pays, on est moins expressif que dans d’autres, c’est culturel. Nous sommes allés faire des ateliers au Chili, au Sénégal, en Grèce, et on a ressenti la même attraction face au jeu. »
Rémi Grison, coordinateur de l’association Strata’j’m qui utilise le jeu comme outil pédagogique et social, regrette pourtant la propagation d’un modèle occidental : « Le jeu peut faire appel à l’espace, à la projection, à l’anticipation. Malheureusement, la société actuelle favorise les jeux individualistes tels que les jeux vidéo, ou encore l’instinct de propriété avec les collections de cartes à acheter en kiosque. »
Pourtant, en Chine ou dans les dédales de Casablanca, les premières inclinaisons sont les mêmes : les jeux d’adresse, souvent faciles d’accès, sont les préférés des enfants, tels que les billes, la toupie, les quilles, le cerf-volant, la marelle. Lors des fêtes de quartier, les jeux de morpions, les dames et l’awélé (joué dans toute l’Afrique) font également un tabac auprès des plus grands. Et les règles peuvent changer par commodité, en fonction du lieu : « En Haïti, où le pays est très pauvre, ils jouent à l’awélé sans matériel, précise Rémi. Ils dessinent des trous dans le sable, utilisent des petits cailloux, le tout avec 10 cases au lieu de 12, si bien qu’il n’y a jamais de victoire. C’est tout à fait adapté à une situation où les journées sont longues et l’argent manque. »
Les adultes aussi
Présent depuis la nuit des temps, le jeu traditionnel n’a eu de cesse de s’émanciper. Avec la mondialisation progressive du commerce, ou des phénomènes comme l’esclavage ou la colonisation, certains jeux ont quitté leur zone d'origine pour se répandre dans le monde. Mais bien d'autres ont conservé leur exotisme et certains, comme Jean-Manuel Mascort, à l’origine du Comptoir des jeux (magasin spécialisé dans les jeux du monde), se font une spécialité de dénicher des jeux exotiques. « J’essaie de les trouver dans le pays d'origine, en contactant de petits artisans ou lorsque mes amis voyagent. Parfois, c’est un vrai casse-tête car le jeu est en voie de disparition ou est joué dans le sable sans matériau véritable, donc je n’arrive pas à le trouver. D’autres fois, j’en commande un et je prie pour qu’il arrive un jour, misant sur la confiance. » Pour pallier à cette difficulté, Rémi et Vincent ont trouvé une méthode : construire ses propres jeux ! L’idée est de créer l’objet en récupérant du matériel recyclable. Ecologique et astucieux, le jeu devient unique dans les mains des joueurs.
La transmission des jeux traditionnels, moins systématique en Occident, semble aujourd'hui faire planer une ombre sur la pérennité de certains. « Moins joués dans les familles, certains jeux se perdent et sont supplantés par ceux plus modernes qui sont bien distribués », estime Jean-Manuel. Tout comme le sport, le jeu demeure pourtant une activité pleine de vertus.
« Dans nos animations et nos ateliers, on prouve tous les jours qu’il favorise la convivialité mais aussi la concentration, la prise de risques, l’auto-évaluation, la compréhension de l’autre, insiste Rémi. J’essaie d’expliquer à ceux qui y participent que grâce à l’analyse et à la réflexion, on augmente son espace de liberté. On joue comme on est, le jeu est un bon moyen de se révéler. »
Loin d’être une pratique réservée aux enfants, il semble être l’instrument idéal pour casser les barrières sociales. « On a travaillé en Uruguay dans une prison pour femmes, confirme Vincent. Les prisonnières jouaient avec les gardiennes ! Quand tu joues, tu es désinhibé. On a travaillé dans des IME (Instituts médico-éducatifs), face au jeu les enfants “handicapés” et “valides” étaient les mêmes.
Nadia Aci
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