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King Jammy : « Mon futur est dans le dub-mix »
La veille de son concert au Telerama Dub Festival, le 25 novembre dernier, le roi de la musique dub, King Jammy, nous a reçu dans sa chambre d'hôtel, non loin de la Basilique du Sacré Coeur. Une bonne occasion pour lui poser demander son point de vue sur le dub "made in" 21e siècle...
Disciple de King Tubby, le créateur de la musique dub, Jammy est devenu au fil des années un producteur / musicien accompli et émérite. Devenu roi des rois après la mort de son maître, en endossant sa couronne, King Jammy est aujourd’hui l’emblème de l’univers dub dans le monde et, en quelque sorte, l'inventeur du « dancehall ». Nous l’avons rencontré, dans sa chambre d’hôtel, à Montmartre, la veille de son concert au Télérama Dub Festival, ...
"Jailhouse Rock" de King Jammy
J'aimerais tout d'abord que vous me parliez un peu de King Tubby. On dit que vous avez tout appris à ses côtés...
King Jammy : Pas tout ! Mais c’est vrai que j’ai démarré ma carrière avec lui. Il m’a initié à l’électronique et puis, comme vous le savez, aux différentes techniques de production. C’est un homme que je ne pourrai jamais oublier ...
Auriez-vous été le même artiste si vous aviez eu un autre professeur ?
King Jammy : Bien sûr que non puisque je me suis approprié son style, en quelque sorte. Je veux dire : il était génial, alors j'ai fait en sorte d’apprendre son génie.
Et vous avez sorti le légendaire «Sleng Teng Riddim», en 1985. A cette époque c'était le premier riddim digital...
King Jammy : C'est surtout le premier riddim digital qui est devenu un hit ! Je pense qu'il en existe des plus anciens mais aucun qui n’est sorti et n’a été distribué avec d'aussi gros moyens. Le « Sleng Teng » fut le tout premier à mériter tout ça. On peut dire qu’il a ouvert la voie aux autres
Ce genre de sonorités ne vous manque-t-il pas aujourd'hui ?
King Jammy : Pour être franc, pas vraiment ! Parce qu’il doit y avoir du changement. Le « Sleng Teng » a clairement changé la donne sur notre scène jamaïcaine, mais pas de manière dramatique ou négative. En ce moment, mon fils et moi nous bossons sur une formule pour apporter quelque chose de nouveau. Pour que la donne change, une fois de plus.
"Under Me Sleng Teng" de Wayne Smith produit par King Jammy
J'ai entendu dire que vous aviez passé pour la première fois le « Sleng Teng » un soir de compétition enflammée...
King Jammy : C'était dans une classdance, où nous passions du son avec mon ami Scorpio. Le premier « Sleng Teng » a tourné en boucle toute la nuit dans le dancehall. Je le gardais bien précieusement et il a ébloui tout les gens présents ce soir-là. Chez nous on appelle cela un « wicked riddim »...
Existe-t-il encore des amateurs et des producteurs de dub en Jamaïque ?
King Jammy : Oui, parce que c'est une branche importante de notre culture musicale. Certain gars sont monté dans le train en cours de route, donc cela existe toujours ! Et dans cette catégorie, mon fils John-John (le mari de Lady Saw) ne se débrouille pas mal non plus...
Pensez-vous que le DubStep est une évolution logique du dub ?
King Jammy : C'est ... similaire, je dirais. Enfin, pas exactement pareil. C'est un peu plus « hardcore » que mon dub originel mais c'est quand même très bon ! Aujourd’hui, les vibes sont différentes, plus jeunes. Il faut juste comprendre que la nouvelle génération désire des choses bien différentes par rapport aux gens de mon âge.
Avez-vous écouté quelques artistes des scènes dub européennes ?
King Jammy : Non, enfin, surtout des mix, pas vraiment des artistes en particulier. J'imagine que ça doit être bon, mais, vous savez, ce qui est original restera toujours étonnant et méritant à mes yeux. (rires) Bien sûr, l'Angleterre reste un endroit privilégié, où les artistes respectent l'héritage de Tubby et le mien. Mais c'est plus une démarche de contribution qu’une réelle création.
"Youth Man Dub" de King Jammy
La culture du sound system disparaît peu à peu en Europe. Qu'en est-il en Jamaïque ?
King Jammy : Chez moi, les sound-system sont encore bien présents et vibrants ! Je peux vous le dire parce qu'en ce moment, je fais une refonte d’une grande partie de mes titres. Je prépare un retour au pays en janvier avec un gros son. Et je suis attendu, paraît-il...
Que pensez-vous des paroles violentes, voire obscènes, inhérentes au dancehall d'aujourd'hui ?
King Jammy : Je ne suis pas vraiment amateur de la violence verbale. On peut faire passer le message d'une autre manière. De toute façon, les paroles virulentes sont censurées par les radios jamaïcaines. Dans les clubs pour adultes, ça passe, mais si vous faites écouter ça à vos enfants, ce n’est pas bon du tout. Cela n'a aucun rapport avec, par exemple, la violence qui règne en Jamaïque. En fait, tout cela vient du calypso. Cette musique importée de Trinidad et de la Dominique, c'est de là que vient cette obscénité. A l'origine, elle était camouflée de sorte à ne pas être trop explicite. C'était bon pour les dancehall mais pas pour le marché international.
Vous avez joué à Paris pour le Télérama Dub Festival. Comment vous-êtes vous présenté sur scène ?
King Jammy : J’étais seul avec ma table de mixage, mon ordinateur, mon disque-dur et un peu de matériel de mon label Jammy's records. Comme à chaque fois, j’ai fait en sorte de tout exploser !
Quels sont vos plans pour l'avenir ?
King Jammy : Mon futur est dans le dub-mix. C'est quelque chose que je ne connaissais pas, il y a là un tout nouveau marché donc je dois vraiment m’appliquer. C'est une période très importante de ma carrière. J'ai déjà tout fait, donc cette étape c'est le « Boom ». Je tourne actuellement, sur scène, en combinaison père-fils. C'est un gros truc, donc ça se doit d'être bon.
Pensez-vous que c'est lui, justement, votre fils, qui portera la couronne après vous ?
King Jammy : Et bien, oui, je pense. De toute façon, je ne la passerais à personne d'autre ! (rires)
Propos recueillis par Rémi Capdevielle et Julien Bouisset
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