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HK & les Saltimbanks : "C'est à nous d'écrire notre histoire à notre façon"
Submitted by françois mauger on jeu, 08/16/2012 - 11:04
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Musique - Interview
Ancien du Ministère des Affaires Populaires, Kaddour Haddadi (dit "HK") est l’un des porte-voix de la génération indignée. Il nous a parlé de ses nouvelles chansons, issues de l'album "Les Temps Modernes", sur lequel il a invité Flavia Coelho et Souad Massi.
Sur les sonos mobiles des manifestations, son On lâche rien a définitivement détrôné Motivés. Ancien du Ministère des Affaires Populaires, le combo rap-musette de roubais, Kaddour Haddadi (dit "HK") est l’un des porte-voix de la génération indignée. Explication de texte au moment où il tourne avec un nouvel album, Les Temps Modernes, sur lequel il a invité Flavia Coelho et Souad Massi.
Sur cet album, vous adaptez Indignez-vous de Stéphane Hessel en chanson. L'avez-vous rencontré ?
HK : Oui, une paire de fois. Mais cette chanson est née d’une soirée de soutien au journal L’humanité au Cabaret Sauvage. La journaliste qui organisait l’événement m’avait sollicité pour un hommage à Stéphane Hessel, en sa présence. Lui devait lire un bout de son texte et, moi, je devais slammer. On a creusé cette idée-là mais le texte de Stéphane Hessel se prête mal à du slam. Les mots ne claquent pas. Je me suis dit qu’il serait préférable d’écrire une chanson hommage. Elle est donc née d’une rencontre artistico-citoyenne lors d’un concert militant. Sur le moment, j’avais envie de le faire et, en même temps, j’avais les jetons, je me disais « Est-ce que tu sais dans quoi tu te lances » ? S’attaquer à ce texte, c’est un peu s’attaquer à une montagne. Son titre a trouvé un écho sur toute la planète, il est entré en résonnance avec une époque, comme une nécessité soudaine de se dire « Il faut se réveiller ». Moi, ce qui m’a le plus parlé dans ce livre, c’est la comparaison avec la Résistance. Il écrit que, lors de la seconde guerre mondiale, les choses étaient claires, alors qu’aujourd’hui, à l’ère des médias de masse, les choses sont bien plus floues. Il y a une sorte de manipulation mentale. Ces mots-là résonnent en moi. C’est un texte formidable …
Votre album s'intitule "Les temps modernes", qui semblent parfois des temps bien ternes. Pourtant, vous les chantez avec une énergie contagieuse. Qu'est-ce qui vous rend optimiste ?
HK : Ce qui nous rend optimistes, c’est d’être vivants. On parlait d’ Indignez-vous, de la façon dont ce texte a réveillé les gens. Prendre conscience collectivement de ce que nous vivons, ça nous donne cette formidable possibilité d’écrire l’histoire à notre façon. Ce qu’il y a devant nous, c’est une page blanche et c’est à nous d’écrire notre histoire, individuellement et collectivement. Ce qui nous rend optimistes, c’est cette conscience, cette envie-là. On est vivant, bien vivant, on a envie d’avancer, d’essayer des choses, de ne pas avoir peur, de se permettre de petites folies, …
Pensez-vous qu'au Printemps Arabe pourrait succéder un "Printemps Gaulois" ?
HK : Les contextes sont bien différents … Ceci dit, il y a des gens qui disent que la Révolution française ne s’est jamais arrêtée, que, deux cent ans après, elle continue, qu’elle n’a pas encore abouti … Au début de la révolution française, il y a deux cent ans, le Tiers Etat s’est soulevé. Aujourd’hui, dans nos assemblées, où sont les représentants du Tiers Etat ? Ils ont totalement disparu. Ce qu’on chante dans une chanson comme Holp up, c’est qu’il ne reste qu’une classe politique, consanguine, avec une lourde tendance à ne pas vouloir se renouveler, à ne pas vouloir laisser la place, à ne pas vouloir laisser les générations suivantes écrire leur propre histoire. Ca, ça fait partie des combats à mener en France. Moi, je suis internationaliste. Je suis heureux quand il y a le printemps arabe, je suis heureux quand il y a le printemps érable, je serai heureux quand il y aura le printemps gaulois. Je ne suis pas un Gaulois, je suis un citoyen du monde. Je le dis naïvement mais en y croyant dur comme fer.
Vous reprenez We shall overcome, un hymne du mouvement des droits civique, la grande bataille des Afro-Américains pour mettre fin à la ségrégation dans les années 60. Qu’est-ce que cette chanson représente pour vous ? Et que représente-t-elle pour les Afro-Américains d’aujourd’hui ?
HK : Il ne faut pas tout mélanger. Ce ne sont pas ceux qui chantaient We shall overcome qui, du jour au lendemain, ont mis des chaînes en or. Je pense que ce qu’a gagné la communauté afro-américaine, c’est le droit d’avoir raison et le droit d’avoir tort. Je n’ai jamais pensé que les Afro-Américains ou les Arabes ici en France valaient mieux que les Français de souche. Ils ne valent ni moins ni plus. On a tous nos travers. Il faut passer au stade d’après – et les Etats-Unis semblent y être parvenus, avec l’élection du premier président afro-américain (enfin, métis) - , celui où on ne réfléchit plus en termes de communauté ethnique. Moi, c’est mon combat en France : m’assurer que ces façons de voir sont dépassées. Elles appartiennent à un temps passé. Aujourd’hui, en France, voilà, il y a des Rebeus, il y a des Feujs, il y a des Blancs, il y a des Asiatiques, … Est-ce qu’on peut dépasser ça et se poser de vraies questions en termes de communauté de valeur, de communautés d’idéaux ? Moi, c’est ça qui m’intéresse.
Je connais mes racines, je connais mon histoire. Je sais que je suis un enfant de l’immigration algérienne. Cette histoire-là, elle m’a nourri. Mais pas plus que mon enfance de chti roubaisien, qui a grandi dans le nord, dans un quartier prolo. Tout ça m’a nourri. Aujourd’hui, je n’ai pas envie de me situer en termes ethniques ou géographiques. Je trouverais ça absurde. En quoi je crois ? Qu’est-ce qui me fait triper ? Ce qui m’intéresse, ce sont les communautés de valeur, les communautés de combats. C’est en ces termes là que ça me plait de réfléchir. We shall overcome, cette chanson là, je la connaissais bien sûr. Là, où elle m’a vraiment marqué, c’était sur les trottoirs du Caire. C’était avant la révolution égyptienne. Je participais à la « Freedom march », une marche d’internationaux qui voulaient briser le blocus de Gaza. On s’est retrouvé au Caire. Il y avait des Français, des Italiens, des Sud-Africains, des Américains, des Indiens, … Notre rassemblement a été réprimé par les forces de l’ordre. On s’est retrouvé derrière des barricades. La communauté américaine a commencé à fredonner We shall overcome. Tout le monde l’a repris. J’ai eu la chair de poule. Concrètement, il y avait là une communauté de valeurs. On avait chacun nos histoires, chacun nos origines géographiques mais on était là parce qu’on acceptait pas ce blocus, parce qu’on avait des combats et des valeurs communes. Moi, c’est ça qui me fait avancer …
On a l’impression que vous vivez une belle histoire avec votre public. Vous y retrouvez une communauté de cœur ?
HK : En ce moment, c’est sûr que ça roule pour nous : on est pas mal sur la route, on a l’occasion de faire pas mal de concerts, de festoches, … C’est là qu’on prend vie. C’est réellement du spectacle vivant. Des deux côtés de la scène, il se passe un truc. C’est que du bonheur. Pourvu que ça dure … On a cette chance : on a essayé de rentrer dans le circuit classique de production mais aucun label n’a voulu nous signer. On a monté notre structure et on est en co-production avec notre tourneur. On ne passe pas à la radio. On n’est pas le groupe à la mode. Du coup, on s’est retroussé les manches. On dit parfois « Il ne faut jamais oublier d’où tu viens » mais, pour nous, ce ne serait pas possible : on y est encore. C’est une chance. Y a pas d’artifice, pas de baratin. C’est une belle histoire parce qu’on a trouvé notre public mais, en même temps, c’est dur. Si on regarde l’envers du décor, tout n’est pas rose. On a les mains dans le cambouis et les pieds dans la gadoue. Mais c’est ce qui fait notre force. Ca se passe bien avec le public parce qu’on fait partie du public aussi …
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