Gary Victor : "Il y a un grand intérêt pour la littérature en Haïti"

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Litterature - Actualité

Gary Victor, un journaliste, romancier et scénariste qui a été honoré cette année par le prix "Casa de las Americas", vient à la rencontre de ses lecteurs français, dans le cadre du festival Etonnants Voyageurs. Avant qu'il ne prenne l'avion, nous l'avons interrogé sur le bonheur et la littérature en Haïti ... 

Malraux les définissait comme un "peuple de peintres" mais les Haïtiens s'avèrent également souvent être d'excellents écrivains. Ainsi, c'est Gary Victor, un journaliste, romancier et scénariste de Port au prince, qui a été honoré cette année par le prix littéraire "Casa de las Americas". La mer et le sang, son plus récent roman disponible, a en effet été distingué dans la catégorie "littérature caribéenne". La nouvelle a dû réjouir ses admirateurs, autant chez lui qu'en France. Ces derniers auront l'occasion de le rencontrer très prochainement puisqu'il participe à nouveau au festival Etonnants Voyageurs, à Saint-Malo. Avant qu'il ne prenne l'avion, nous l'avons interrogé sur le bonheur et la littérature en Haïti ...   

 

Votre dernier roman paru en France, Le sang et la mer,  s'achève – de façon paradoxalement heureuse – au moment du tremblement de terre qui a dévasté l'île. Il y a donc un bonheur possible après un tel séisme ?
 


Gary Victor : Je ne suis pas trop certain que Le sang et la Mer termine de manière heureuse. L'héroine, certes, échappe de manière presque miraculeuse à l'écroulement de la banque. Il y a des gens qui ont échappé ainsi in extremis au tremblement de terre. Mais elle est alors en plein dans la matérialisation d'un cauchemar, car plusieurs fois, elle a pensé à ce moment, en constatant la fragilité et le chaos de Port-au-Prince. Et puis comment penser à un bonheur possible après le séisme quand le bonheur, déjà avant la catastrophe, n'était pas possible ?
 

 

 

 

Gary Victor au festival Etonnants Voyageurs

 


Le goût de la lecture porte puis finalement sauve l'héroïne du roman. La littérature a-t-elle également un rôle à jouer dans la reconstruction du pays ?
 



Gary Victor : Il me semble que, de toute manière, ce n'est pas le rôle de la littérature. Elle peut témoigner. Dévoiler des états d'âmes. Déchirer des voiles. Traquer des non dits. Déployer le regard plus en profondeur. Est-ce que cela peut aider ? Je ne sais pas.
Effectivement, l'amour de la lecture sauve Hérodiane. Le fait d'aller vers le libraire de rue, Bobby, à la fin du roman, alors qu'elle le méprisait un peu au début, peut être lié quelque part à l'intérêt qu'elle porte à lecture. Son frère l'avait présentée au jeune homme parce qu'il connaissait son amour pour les livres. Et puis, dans le chaos de la ville, en plein dans la folie des gens et des choses, c'est la lecture qui maintient la jeune fille en vie, c'est la lecture qui lui garde une part de pureté.
 


Qu'a apporté le festival Etonnants Voyageurs à Haïti ? Ses écrivains attendent-ils quelque chose de plus de lui ?
 


Gary Victor : Etonnants Voyageurs a été un moment exeptionnel pour beaucoup de gens - et surtout de jeunes - en Haiti. Pendant quelques jours, l'intérêt s'est focalisé sur les livres, sur la création littéraire, sur l'excellence. Il y a très peu de moments de bonheur pareil en Haiti. Certes, il y a un grand intéret pour la littérature chez nous. Mais, de plus en plus, les lieux de rencontre se font rares. Les lecteurs ont très peu l'occasion de rencontrer les auteurs. La vie litttéraire est presque réduite au minimum. On peut comprendre donc ce qu'a représenté Etonnants Voyageurs à Haiti. Ce festival a donc apporté beaucoup de choses. Il a permis cette proximité même temporaire entre les lecteurs, les auteurs et les professionels du livre. C'est déjà beaucoup. Il suffit  d'une étincelle pour provoquer beaucoup de choses.
 


Venez-vous présenter une nouvelle œuvre à Saint-Malo ?
 


Gary Victor : A Etonnants Voyageurs, je présente Quand le jour cède à la nuit. C'est un recueil de récits, récits qui sont particuliers parce qu'ils ont été tous publiés en Haitit à une époque où la parole était pratiquement interdite. Il fallait parler  par signes. Il fallait garder le silence ...

 

Propos recueillis par François Mauger





A lire :

Le sang et la mer de Gary Victor, éditions Vents d'ailleurs
 

 

Et aussi sur le web :

- le site du festival Etonnants Voyageurs

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