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Festivals d'été : état des lieux
Submitted by françois mauger on ven, 07/13/2012 - 00:00
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Musique - Reportage
Il y a 10 ans, en 2002, la courbe des ventes de disques s’est infléchie en France, les producteurs ont vu leur chiffre d’affaire fondre. Dix ans plus tard, les musiciens se rattrapent-ils lors de leurs tournées ? Enquête sur l'économie des festivals estivaux...
(photo : Benjamin Minimum)
C’est un étrange anniversaire, qu’on hésite à fêter : il y a 10 ans, en 2002, la courbe des ventes de disques s’est infléchie en France. Après une décennie un peu folle où les CD se vendaient chers et vite, les producteurs ont vu leur chiffre d’affaire fondre comme neige au soleil. A ceux que cette crise naissante inquiétait, il était d’usage de répondre que les artistes allaient se rattraper lors des festivals. Dix ans plus tard, où en sommes-nous ? Nous avons posé la question à une dizaine d’événements estivaux que nous soutenons, un échantillon non représentatif (car plus passionné et audacieux que la moyenne), mais loquace.
Comme tout le monde, au chaud dans la foule, on aime sautiller en braillant les refrains de Le bruit et l’odeur ou Je crois que ça va pas être possible. Mais, lorsqu’on voit Zebda à l’affiche de plus de 30 festivals cet été (ou, dans un autre registre Shaka Ponk, Orelsan ou 1995, tous épinglés par une étude récente de la Sacem pour leur cumul de dates), on ne peut s’empêcher de s’inquiéter : les festivals se disputent-ils donc tous les mêmes artistes ? Le système de surenchère, révélé par l’affaire des cachets de plusieurs centaines de milliers d’euros demandés par Radiohead, est-il une généralité ?
Roberto Fonseca et Baba Sissoko au Duc des Lombards (programmé à Fiesta'Sète 2012)
« Oui, il y a une inflation des cachets », répond José Bel, le directeur artistique de Fiesta’Sète. Les lois du marché imprègnent de plus en plus l'univers de la musique : plus il y a de demande sur un artiste connu, plus la concurrence entre organisateurs fait augmenter le tarif ». Max Leduc, du festival Au foin de la rue, précise : « Les cachets des têtes d'affiches ont augmenté de 20 à 30% ces dernières années, alors que ceux des découvertes ont peu bougé ». Or, ajoutent Cécile Héraudeau et Anne-Marie Casadeï, les âmes de Convivencia, les « groupes phares sont souvent la condition de la haute fréquentation des manifestations. Cela crée une grande disparité entre eux et les autres. En conséquence, les négociations portent plus souvent sur les cachets des artistes moins connus ». Marie-José Justamond, la directrice des Suds à Arles, enfonce le clou : « Dans la société, les écarts se creusent entre ceux qui ont les moyens financiers et ceux qui ne les ont pas ou plus. C’est la même situation entre les têtes d’affiches et les talents émergents ». Mais, pour éviter de ne pointer du doigt que dans une direction, Hugues Barbotin, le programmateur de Terres du Son, signale que certains « jeunes artistes » augmentent eux aussi leurs tarifs, du fait « d’une importante professionnalisation du secteur, des artistes à la technique, en passant par l’équipe qui les accompagne dans leur projet (tourneur, attaché de presse, manager)... ».
Portrait d'Emel Mathlouthi par Mondomix (programmée au festival Convivencia 2012)
Un cycle mortifère
Conséquence ? « Face à une augmentation de l'ensemble des coups de programmation, de production et d'aménagements, le point d'équilibre budgétaire des festivals est de plus en plus élevé, constate Max Leduc. La marge de manœuvre de l'évènement, qui permettait de se démarquer et de proposer des découvertes, s'amenuise d'année en année, obligeant à attirer de plus en plus de public avec le même nombre d’artistes à l'affiche. Il faut donc des noms de plus en plus gros ». Ce qui menace le secteur, explique le programmateur, ressemble à un cycle mortifère : « Uniformisation des programmations, hausse du prix des billets, afin d'éviter de devoir faire complet pour atteindre l’équilibre, disparition des festivals qui n'arrivent plus à suivre la course… ».
Chico Trujillo live au Babel Med (programmés au festival Au Foin de la Rue en 2012)
Si l’avenir peut paraître sombre, il n’y a pas lieu, selon Claire Giraudin, de désespérer. « La diversité reste présente dans les festivals, relativise cette déléguée aux relations extérieures et à l’analyse stratégique de la Sacem. En France, on a une diversité de festivals, de genres et d’implantations territoriales extraordinaire. Et donc la possibilité pour tout un tas d’artistes d’émerger. Un pays comme la Hongrie, dont le Sziget attire les foules, développe quatre ou cinq gros festivals, à tout casser. » Ce que Fred Lachaize, directeur de l’association Reggae Sun Ska, traduit en termes plus concrets : « Nos évènements sont clairement un tremplin pour les artistes et une bonne exposition face au public et aux professionnels. Cela leur permet souvent de gagner des mois de travail et de les conforter dans leur professionnalisation ».
Renouer avec l'esprit de la fête populaire
Biga*Ranx interpète Brigante Life Freestyle (programmé au Reggae Sun Ska 2012)
Pour préserver cette vitrine et cette variété, les festivals ont besoin à la fois du soutien du public et des pouvoirs publics. Le premier est parfois perçu comme grégaire. Les organisateurs de festival nuancent cette impression. D’abord, rappelle Max Leduc, « On ne peut pas reprocher à une partie des festivaliers de n'aller que vers des choses qu'ils connaissent. Tout le monde n'a pas le même temps, le même rythme, le même budget, tout simplement pas les mêmes envies, et, de manière générale, le même accès à la culture. Par nature, l'être humain a un besoin permanent de sécurité et de familiarité ». Mais, pour lui, la difficulté, et la beauté, de son métier sont de faire en sorte qu’un « festivalier vienne voir une tête d'affiche et découvre une nouveauté, qui se transforme en coup de cœur et pour laquelle il devient prescripteur auprès de son entourage ». Parfois, comme pour le festival Convivencia, c’est le cadre qui ouvre les yeux, les oreilles et les cœurs des spectateurs : « La gratuité, l'aménagement des sites, permettent à tous de participer aux soirées conviviales dans une relation de proximité avec artistes et organisateurs. Cela permet de renouer avec l'esprit de la fête populaire ». Cependant, bien rares les organisateurs de festival qui peuvent déclarer, comme Gérard Guillaume, des Rencontres de Luthiers et Maîtres-Sonneurs : « La caractéristique de notre public est qu'il se considère comme un associé - on pourrait presque dire un “actionnaire” ! - et non un client. Cela le rend très exigeant mais aussi très compréhensif ».
Anoushka Shankar à la Cité de la musique en 2008 (programmée au festival Les Suds à Arles en 2012)
Pour tous ou presque, l’appui des collectivités territoriales est nécessaire. Marie-José Justamond, des Suds à Arles, ne s’en cache pas : « C’est grâce à cela que nous pouvons programmer des talents émergents, des expérimentations. Ce soutien nous permet une prise de risque que d’autres fuient ». Florian Olivères, le directeur artistique des Détours du Monde, en fait même le cœur de sa philosophie : « Toujours avec transparence et loin du populisme culturel actuel, nous espérons encore et toujours favoriser la culture pour tous. L’implication des pouvoirs publics nous permet de proposer des spectacles de qualité à des tarifs accessibles au plus grand nombre. Nous sommes fiers de jouer le rôle d’un “service public” ». Max Leduc n’hésite cependant pas à jouer les Cassandre, prédisant « le retrait progressif des collectivités territoriales, qui semble inévitable. L'avenir du secteur est sans aucun doute le privé ».
Quick Sand interprété par Osaka Monorail (programmé à l'édition 2012 des Détours du Monde)
« Il n’y a qu’une chose à faire : se refaire », écrivait dans ses cahiers le lumineux Paul Valéry. Si son aphorisme peut avoir plus d’usages encore qu’un couteau suisse, il est particulièrement approprié aux festivals. Les organisateurs le savent. Inquiets de l’évolution des politiques publiques, confrontés à un public difficile à saisir, plongés bien malgré eux dans le libéralisme ambiant, ils préparent de nouvelles formules. Marie-José Justamond le reconnaît : « C’est ce qui m’intéresse dans ce métier : la créativité, l’inventivité, l’innovation. On changerait de métier si on ne pouvait plus rien créer... ». L’avenir appartient à ceux qui, comme le programmateur de Terres du Son, nous ont confié : « Les formules à inventer et développer sont sûrement encore nombreuses et déclinables à l’infini. J’ai d’ailleurs quelques nouvelles idées, mais je les garde pour moi pour l’instant… ».
Les traditions spectaculaires de sorties de masques et de tambours sont toujours très vivaces en Afrique. Dans le cadre du Festival de l’Imaginaire, la Maison des Cultures du Monde présente une sortie de masques des célèbres Dogon, au Mali. Le musée du quai Branly invite quant à lui les Maîtres tambours du Burundi.
Derrière les portes sculptées des riads de Fès, se dessine l'Andalousie, célébrée par les poètes arabes et source infinie d'inspiration des musiciens. Les créations prennent racines dans les musiques sacrées et s'inscrivent dans la modernité, du 7 au 15 juin.
Ont-ils un espion au sein de la rédaction ? Les programmateurs de ce festival parisien ont agrégé le meilleur de ce qui fait notre actualité : la nouvelle vague congolaise, l'éclatante électro sud-africaine, le cinéma des grands témoins, la solidarité avec tous les Maliens, l'observation réjouie dela créolisation galopante, la réflexion sur les conséquences d'une mondialisation sans fin... Du 17 mai au 2 juin, sur cinq salles, un état des lieux de nos obsessions africaines.
Dix ans, ça se fête ! Ils sont nombreux à revenir au Sakifo pour souffler les bougies du 7 au 9 juin à Saint Pierre sur l'île de lma Réunion: des artistes emblématiques comme Winston McAnuff, Cali et Féfé, ou la grande voix féminine du maloya, Christine Salem.
Alors qu’il vient de publier un nouvel album, Who's gonna get the ball from behind the wall of the garden, le pianiste et percussionniste libanais Bachar Mar-Khalifé revient sur scène avec son père Marcel et son frère Rami.
Pionnier des festivals explorateurs du monde, Musiques Métisses propose encore cette année un florilège de concerts exceptionnels, dont plus de la moitié sont accessibles sans bourse délier. Des premiers pas français des hérauts de la nouvelle scène malgache, Teta et Hazolahy aux inoxydables Goran Bregovic ou Alpha Blondy, le site de l’ile de Bourgines résonne de bonnes vibrations.
Depuis le départ de Bashung, Rachid Taha est certainement le plus grand rockeur français. Robert Plant, Mick Jones ou Justin Adams, son récent producteur, n’ont aucun doute à ce sujet. En France, Rachid Taha reste pourtant catalogué chanteur de world music. Conversation déliée et sans tabous autour de la sortie de Zoom, l’un de ses plus grands albums, et l’un des plus rock’n’roll.
Commentaires
Super article !
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