Festival Terres du Son : "Nous pouvons redonner goût à la découverte"

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Economie - Interview

Musicalement parlant, la terre de Tours est des plus nourricières. Un festival ne cesse d'y grandir, grâce à une programmation habile, à la fois attirante et audacieuse, magnifiée par un cadre féérique. Au cours d’un entretien sur l’économie des festivals, le directeur de Terres du Son nous a dévoilé quelques-unes de ses recettes … 

Festival Terres du Son : "Nous pouvons redonner goût à la découverte"

Que ce soit pour le dub (EZ3kiel), le reggae (Biga Ranx), la chanson (Blankass) ou l'electro (Rubin Steiner), la terre de Tours est des plus nourricières. Il n'est donc pas étonnant d'y voir éclore depuis quelques années un festival dont le nom ne cesse de grandir. Terres du Son propose en effet une programmation habile, à la fois attirante et audacieuse, magnifiée par un cadre féérique et une équipe soudée. Au cours d’un entretien sur l’économie des festivals, son directeur, Hugues Barbotin, nous a dévoilé quelques-unes de ses recettes … 

 
 
Trouvez-vous qu'il est aujourd'hui … plus facile ou moins facile … à un festival de programmer des talents émergents ?
 
Hugues Barbotin : Ce n’est ni plus facile ni moins facile, c’est une question de choix, de volonté et de l’utilité que l’on souhaite donner à son festival. Néanmoins, sans vouloir généraliser, il semble qu’aujourd’hui les festivaliers sont d’avantage en attente de têtes d’affiche que d’artistes à découvrir. Les mentalités sont plutôt tournées sur du « vu à la télé » ou « entendu à la radio »… On achète un billet pour quelque chose que l’on connaît. C’est dans ce contexte qu’il est peut-être plus difficile de programmer « exclusivement » des talents émergents, hormis pour certains festivals cultes, identifiés à l’échelle nationale voire internationale pour leur qualité de précurseurs en la matière, ou alors des festivals dont l’équilibre budgétaire sera peu dépendant des recettes de billetterie (festivals organisés par des collectivités ou très subventionnés). En effet, dans le cas d’un festival peu subventionné, tel que le nôtre, l’équilibre économique réside en grande partie dans le juste rapport coût artistique / fréquentation. Ainsi, pour programmer des talents émergents, il s’agira alors de prendre en compte ce rapport et de trouver une place à chacun.
 


 

Avez-vous observé une inflation de certains cachets ? Comment l'expliquez-vous ? Quelles sont ses conséquences ?
 
Hugues Barbotin : Depuis plusieurs années, on observe en effet une inflation de certains cachets, de tous les cachets d’ailleurs, pour les artistes de notoriété comme pour les jeunes artistes. Les raisons sont multiples. Pour les jeunes artistes, cette inflation est due majoritairement à une importante professionnalisation du secteur, des artistes à la technique, en passant par l’équipe qui les accompagne dans leur projet (tourneur, attaché de presse, manager,...), ce qui nécessite la rémunération d’un nombre important de personnes.
Pour les artistes de notoriété, la crise du disque y est pour beaucoup. Elle fait du « live » la première ressource de revenus : ne vendant plus de disques, les artistes se rattrapent sur leurs cachets ! Mais cette crise n’est pas la seule responsable, la demande importante des nombreux festivals en matière d’artistes de notoriété à l’échelle nationale, européenne mais aussi internationale, provoque une concurrence forte, et une montée en puissance des offres proposées aux artistes.
Les conséquences de cette inflation peuvent alors être multiples : le tarif des billets d’entrée augmente sensiblement (ce que nous tentons de limiter très fortement de notre côté), le rapport coût artistique/fréquentation (évoqué plus haut) est mis à mal et entraîne des pertes financières importantes, ou encore la concentration des coûts artistiques sur très peu d’artistes, créant ainsi des festivals avec moins d’artistes, et moins de découvertes…
 
Dans quelle mesure est-il encore possible de proposer une programmation qui se distingue des autres ?
 
Hugues Barbotin : Si l’on regarde bien, chaque programmation de festival est spécifique, elles se distinguent malgré tout toutes les unes des autres. Certes, on retrouve certaines « têtes d’affiche » de manière récurrente sur de nombreux festivals, mais chacun essaie – il me semble – d’apporter une touche personnelle à sa programmation, notamment grâce à des artistes émergents ou des projets de niche, voire des esthétiques particulières. Ainsi, pour Terres du son, nous avons en effet des artistes que l’on retrouve un peu partout cet été, mais aussi des artistes que l’on verra peu ou des artistes de niches qu’il nous plaît de programmer : Tinariwen, Idir, Ziskakan, Finley Quaye, Scratch Bandit Crew, Japanese Pop Star et de nombreux artistes régionaux. 
En complément, je pense que l’identité d’un festival réside également dans ce qu’il propose en dehors des scènes, dans la qualité de son accueil, du cadre dans lequel il est proposé et de l’ambiance qui s’en dégage, des animations proposées en dehors, ou encore des valeurs qu’il porte. Tous ces éléments font partie intégrante du festival et sont aussi les raisons pour lesquels un festivalier se déplacera ou non.
 
Y a-t-il encore des formules à inventer pour faire d’un festival une vraie fête ou tout a-t-il déjà été tenté ?
 
Hugues Barbotin : Beaucoup de formules existent aujourd’hui mais chaque festival est unique et propose des choses différentes de son voisin. Les formules à inventer et développer sont sûrement encore nombreuses et déclinables à l’infini… J’ai d’ailleurs quelques nouvelles idées là-dessus, mais je les garde pour moi pour l’instant…
 

Big Wolf de John Wuplin and the Band, l'un des coups de coeur du festival
 
Moteur ou mouton ? Comment voyez-vous le public, comme un peuple d'aventuriers prêts à vous suivre dans vos expérimentations ou comme un groupe de consommateurs à la recherche d'une bonne affaire sans risque ?
 
Hugues Barbotin : Le public n’est pas qu’un, il serait donc impossible de généraliser sur cette question. Chacun participe aux festivals avec des objectifs et des intérêts différents. Il est vrai que la majorité du public semble réagir comme de simples consommateurs, à la recherche de têtes d’affiche avant tout. Mais nombreux sont aussi ceux qui sont en attente de (re)découvertes, de coups de cœur, de nouvelles sensations sonores, d’expérimentations,…  Nous estimons d’ailleurs que nous avons un rôle déterminant à jouer dans ce processus. Nous pouvons aider à redonner goût aux uns et aux autres à la découverte, en faisant en sorte que chacun repense son approche de la création musicale, de l’ouverture des champs… et surtout sortir de cette consommation de base (« vu à la télé » et « entendu à la radio »). Encore une fois, cette confiance en une programmation se créé sur du long terme, et d’avantage sur des événements qui ont construit leur réputation sur cette démarche, mais nous pouvons également, à notre échelle,  contribuer à cette (re)construction d’un public ouvert à la découverte.
 
Bénéficiez-vous du soutien de pouvoirs publics et est-ce, selon vous, un atout ou un danger ?
 
Hugues Barbotin : Nous bénéficions aujourd’hui d’un soutien des pouvoirs publics, qui reste toutefois limité car ne représentant que 12% du budget du festival (aides à l’emploi et aides au projet confondues). Il nous permet alors d’équilibrer notre budget et de structurer professionnellement notre équipe. A très court terme, on pourrait donc considérer ce soutien comme un atout, puisqu’il garantit la pérennité du projet chaque année. A moyen terme, ce soutien semble limité puisqu’il n’évolue pas avec le budget du festival… Il devient proportionnellement peu important par rapport aux autres recettes. Quoi qu’il en soit, la présence des collectivités dans une mesure convenable dans un festival, permet à celui-ci de proposer un projet de qualité, vecteur pour le territoire, et de le rendre accessible au plus grand nombre. A l’inverse, une présence trop marquée, peut induire différents types de pression, sur l’ artistique ou le projet en lui-même, et laisse l’organisateur et l’existence même du festival dépendant du bon vouloir des élus.
 
 
Une question plus personnelle : parmi les artistes émergents que vous programmez, lequel souhaiteriez-vous le plus voir percer ? 
 
Hugues Barbotin : A question difficile, réponse floue… Je souhaite qu’un maximum d’artistes émergents programmés chez nous puissent percer, bien entendu, mais il faut qu’ils prennent le temps de murir leur projet... Je ferai un clin d’œil tout particulier aux groupes « coups de cœur » que nous accompagnons toute l’année, qui sont des groupes régionaux, et qui portent des projets à la fois originaux, audacieux et de qualité : Funktrauma, hOz, John Wuplin & the Band et Sam Tach. Après, une petite dédicace également à Success, qui mérite grandement une belle percée car c’est un réel groupe de scène, comme on en voit peu et qui tourne maintenant depuis quelques années…
 
 
Propos recueillis par François Mauger
 
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