Festival Fiest' A Sète : "Nous sommes des militants culturels"

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Musique - Interview

José Bel, le responsable de Fiest' A Sète, propose chaque été une programmation généreuse et enlevée, digne d'un jeune homme. Mais, lorsqu’on l’interroge sur l’économie des festivals, c’est un vétéran qui répond. Conversation avec ce mélomane qui se décrit comme un « militant » …

Festival Fiest' A Sète : "Nous sommes des militants culturels"

C'est humain : il y a toujours un écart entre les paroles et les actes. Chez José Bel, le responsable de Fiest' A Sète, c'est dans le ton qu’on le perçoit. Généreuse et enlevée, sa  programmation est celle d’un jeune homme. Lorsqu’on l’interroge sur l’économie des festivals, c’est un vétéran, blessé mais toujours d’attaque, qui répond. Conversation avec cet attachant jeune homme à cheveux blancs, qui se décrit comme un « militant » mais qu’on qualifierait sans hésiter de « résistant » …

 
 
Trouvez-vous qu'il est aujourd'hui … plus facile ou moins facile … à un festival de programmer des talents émergents ?
 
José Bel : Probablement qu'il est plus difficile de programmer des talents émergents ou encore des artistes venant de cultures et esthétiques peu connues chez nous, surtout quand on travaille sur les musiques du monde.  Une des causes pourrait être la multiplication des offres de concerts, allant souvent  vers les formes les plus faciles, les plus consensuelles, et donc des programmations standardisées. Une autre : les raisons économiques et le contexte de crise. 
 
Avez-vous observé une inflation de certains cachets ?
 
José Bel : Oui il y une inflation des cachets, car les lois du marché imprègnent de plus en plus l'univers de la musique : plus il y a une demande sur un artiste connu, plus l'effet  de concurrence des organisateurs fait augmenter le tarif. La mutation du marché du disque y est certainement aussi pour quelque chose. Tout comme le rôle croissant des institutions publiques, qui, de plus en plus, deviennent des diffuseurs.
 
Dans quelle mesure est-il encore possible de proposer une programmation qui se distingue des autres ?
 
José Bel : C'est là notre problématique majeure : comment arriver à faire survivre un réel projet culturel dans un tel contexte ? Nous allons cette année encore nous bagarrer en militant culturel pour que notre festival puisse perdurer grâce à la pertinence d'une programmation thématique par soirée, que nous proposons depuis 15 ans,  mêlant de la découverte, des exclusivités et des artistes reconnus. Tout en essayant de créer une dynamique entre les deux formations de la soirée …
 

Kill The Radio de Blitz The Ambassador, l'un des coups de coeur du festival
 
 
Y a-t-il encore des formules à inventer pour faire d’un festival une vraie fête ou tout a-t-il déjà été tenté ?
 
José Bel : Il est certain que sous l'appellation de  "festival" se cache une grande diversité de formes de présentation de la musique. Pour nous, la préoccupation majeure est de savoir si ce ne sont pas « les formules de pure consommation » qui vont l'emporter, au détriment de festivals ayant une éthique d'action culturelle et un réel projet.
 
Moteur ou mouton ? Comment voyez-vous le public, comme un peuple d'aventuriers prêts à vous suivre dans vos expérimentations ou comme un groupe de consommateurs à la recherche d'une bonne affaire sans risque ?
 
José Bel : A travers la diversité de l'offre de Fiest'A Sète (certains concerts sont gratuits, d'autres payants, diversité des styles…), nous nous adressons à un large public, qu'il est difficile de différencier. Ce que nous avons pu constater, à notre niveau, c'est que nous avons fidélisé un public de véritables amateurs de musique, qui nous font confiance pour découvrir de nouvelles esthétiques musicales.
 
Bénéficiez-vous du soutien de pouvoirs publics et est-ce, selon vous, un atout ou un danger ?
 
José Bel : Bénéficier d'un soutien des pouvoirs est un atout, même si dans notre cas l'auto-financement représente plus de 70% de notre budget.
 
Une question plus personnelle : parmi les artistes émergents que vous programmez, lequel souhaiteriez-vous le plus voir percer ? 
 
José Bel : Blitz The Ambassador, merveilleux ambassadeur de rencontres musicales multiples, que j'ai programmé en première partie de Slim Moore & The Mar–Kays, pour une date une date unique en Europe. 
 
 
Propos recueillis par François Mauger
 
 
Et aussi sur le web :
- le site de Fiest' A Sète

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