Festival de l’Imaginaire : Fiesta mexicaine amputée

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Musique - Actualité

Les 12 et 13 mars, le Festival de l’Imaginaire devait ouvrir sur une belle fiesta mexicaine. L'annulation de l'année du Mexique en France a réduit la fête au seul groupe de Guillermo Velasquez. Mondomix vous propose de découvrir les artistes initialement prévus tels qu’ils évoluent dans leur pays.  

Les 12 et 13 mars le festival de l’Imaginaire devait ouvrir sur une belle fiesta mexicaine. L'annulation de l'année du Mexique en France a réduit la fête au seul groupe de Guillermo Velasquez. Mondomix vous propose de découvrir les artistes initialement prévus tels qu’ils évoluent dans leur pays. 

De l’arrière-pays à la côte pacifique en passant par les montagnes de Veracruz, voyage au Mexique sur les traces du son. Indissociable des fêtes rurales, le terme désigne les musiques nées du métissage d’influences espagnole, amérindienne et africaine et recouvre une myriade de styles selon les régions. 

 

Nous atteignons la limite nord de Mexico en franchissant le cirque de montagnes qui surplombe sa mer d’asphalte. Niché entre les chaînes de la Sierra Madre Occidentale et Orientale, le haut plateau central du Mexique offre un paysage d’altitude fantastique et désolé. A plus de 2000 mètres, son ambiance lunaire s’accentue à mesure que l'on approche de la partie septentrionale, la plus aride du pays. Brûlés par le soleil en cette saison sèche, les champs de maïs laissent peu à peu place à une vaste étendue semi-désertique, accidentée, couverte de cactus et balayée de bourrasques soulevant des nuages de poussière. Terre de coyotes et de peyotl, ce petit cactus dont les vertus hallucinogènes occupent un rôle central dans les pratiques cérémonielles de différents peuples indigènes.

 


Ambiance festive à San Ciro de Acosta

Western et joutes poétiques

Sept heures de route sont nécessaires pour rejoindre San Ciro de Acosta, bourgade rurale à la lisière de la Sierra Gorda, entre les Etats de San Luis Potosí, Guanajuato et Querétaro. Le village célèbre ce soir-là la clôture de sa foire annuelle. A l’issue d’un dernier rodéo, la population réunie sur la place de l’église déambule au milieu des stands forains, entre manèges, vendeurs de tacos et d’accessoires pour vachers. Arborant santiags, stetson, jeans et chemises, pour certaines brodées du motif de la Vierge de Guadalupe, la sainte patronne du Mexique, les hommes ont fière allure. Une scène digne d’un western dont les acteurs se toisent du regard, dans une attitude de méfiance qui évoque immanquablement ce trait hermétique du caractère mexicain que décrit Octavio Paz dans Le Labyrinthe de la solitude.

 

 Etroitement codifiée, l’atmosphère se détend avec le début des hostilités musicales lancées par Guillermo Velásquez y Los Leones de la Sierra de Xichú. Dès les premières mesures de violons, le public gagne des planches de bois disposées sur le devant de la scène, marquant le rythme des talons dans une danse vigoureuse et cadencée, le zapateo. Sitôt le concert fini, musiciens et public rejoignent une rue adjacente pour communier jusqu’au petit matin à l’occasion d’une topada, rituel de joute poétique qui constitue l’essence du son arribeño. Face à face sur des estrades surélevées, deux groupes de troubadours s’affrontent en improvisant des décimas (dizains octosyllabiques). Sur le parterre qui les sépare, l’assistance écoute avec attention le match pour élire un vainqueur et profite des intermèdes instrumentaux pour danser.

Premier ambassadeur du son arribeño, le charismatique Guillermo Velásquez a maintes fois remporté ce genre d’exercice. « Notre tradition préserve l’héritage des ménestrels et des troubadours de l’Europe médiévale, explique-t-il. Si beaucoup se contentent de sujets triviaux et de divertir les puissants, je considère pour ma part qu’il est nécessaire d’accompagner les gens dans leurs fêtes mais aussi dans leurs douleurs, en abordant par exemple le thème de la migration, si présente dans le quotidien de cette région. »

 


Guillermo Velásquez y Los Leones de la Sierra de Xichú

 


Des sons pour invoquer la pluie
 

A seulement une centaine de kilomètres de là, dans les montagnes de Veracruz, le village de Colatlán baigne dans un climat humide à la végétation luxuriante. Fortement influencée par la culture des indiens Nahuas qui composent une part importante de sa population, la région est connue pour être le berceau du son huasteco. Cousine du son arribeño, cette tradition s’en distingue par une technique vocale ornée de notes suraiguës, le falsetto. Si le premier est avant tout un art du verbe, les trios de son huasteco valorisent la virtuosité d’un violoniste soliste et la complexité harmonique de la petite guitare jarana et de l’imposante quinta huapanguera. Sa fonction identitaire repose en outre sur un rapport étroit à l’univers spirituel de la région, où s’exprime la nature sacrée de la musique et de la danse en Mésoamérique.


le Trio Colatlán

 

Véritable institution du village, le Trio Colatlán a été fondé par Heraclio Alvarado, alias Don Laco. Aujourd’hui âgé de 81 ans, ce wewehtlákatl (« homme vieux et sage » en náhuatl) a transmis son savoir aux jeunes musiciens qui représentent désormais le trio à l’extérieur. Outre son répertoire païen destiné aux mariages et aux cantinas, le Trio Colátlan se spécialise dans l’interprétation, exclusivement instrumentale, de sones de carnaval, sones de difuntos (pour le jour des morts ou lors de funérailles) et sones de costumbre, lesquels sont associés à des rites agricoles, pour invoquer la pluie ou glorifier la divinité du maïs Chicomexochitl. Ce qui ne les empêche nullement de chanter également des louanges à la Vierge de Guadalupe, en náhuatl dans le texte.

 

 
le Trio Colatlán

 Danser sur l’Espagnol»

De l’autre côté du Mexique, la Costa Chica est une frange du littoral pacifique comprise entre les villes d’Acapulco et de Puerto Escondido. Recouverte de jungle jusqu’au milieu du siècle dernier, coupée du reste du pays par la chaine du Oaxaca, la zone a servi de refuge à des communautés d’esclaves marrons dont les descendants, les afro-mestizos, se sont progressivement mélangés aux populations indigènes et créoles.

 

El Ciruelo est l’une de ces communautés. Située à 200 km de Puerto Escondido, on y accède après quatre heures de route serpentine, entre lagunes bordées de mangroves et champs de cocotiers, vallées encastrées et checkpoints militaires - la région est réputée pour servir au transport de stupéfiants. A défaut d’une architecture pittoresque, El Ciruelo est l’un des deux derniers villages du Mexique à conserver la tradition du son de artesa, du nom d’une caisse élaborée à partir d’un tronc d’arbre, qui sert de plate-forme pour danser et dont les extrémités sont sculptées d’une tête et d’une queue d’animal, vache ou cheval.

 

« Danser sur la artesa est une métaphore de la résistance à la domination espagnole à laquelle ces animaux étaient associés à l’époque coloniale. Il s’agissait en quelque sorte de danser sur l’Espagnol, et aussi de lui prouver que l’on était apte au travail de l’élevage », éclaire l’ethnomusicologue Carlos Ruiz. Les habitants d’El Ciruelo ne dansaient plus sur la artesa depuis les années 1950 avant qu’Efrén Mayrén, qui en avait fait l’expérience enfant, ne parvienne à fonder son ensemble il y a quinze ans. Malgré sa ténacité, lui même ne se fait guère d’illusion quant à la survie de cette expression, marginalisée à l’échelle locale et nationale. A moins que le sort n’en décide autrement.

Après tout, La Bamba était un thème traditionnel de son jarocho avant d’être repris par Ritchie Valens.
 

Jeunes danseurs et musiciens d'El Ciruelo

 

 

Texte, photos et vidéos  Yannis Ruel 

 

 

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Commentaires

NON à l'annulation de l'année du Mexique en France ! Malgré l'annulation de la majorité des expositions et des événements culturels programmés dans le cadre de l'Année du Mexique en France, certains restent toujours en suspens. A la base, environ 350 événements étaient programmés. Tant la population française que la population mexicaine demeurent perplexes quant à l'abrupte annulation des festivités. Peut être, tout n'est pas encore perdu ! Nous pouvons encore avec notre voix faire changer les choses : Signez la pétition : " NON à l'annulation de l'année du Mexique en France !" http://www.petitions24.net/ non_a_lannulation_de_lannee_ du_mexique_en_france

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