Entretien avec Déwé Gorodey, ministre de la culture en Nouvelle Calédonie

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Politique - Actualité

Une ministre de la culture de la Nouvelle-Calédonie ? Eh oui, l’archipel mélanésien a son propre gouvernement. Il a aussi ses cultures, très fortes, très vivantes. Comment les administrer ? Entretien ... 

Entretien avec Dewe Gorodey, ministre de la culture en Nouvelle Caledonie

Une ministre de la culture de la Nouvelle-Calédonie ? Eh oui, les successeurs de Malraux et de Jack Lang n’ont pas leur mot à dire sur la politique culturelle de l’archipel mélanésien : depuis l’accord de Nouméa et en attendant le référendum de 2014, la Nouvelle-Calédonie dispose de son propre gouvernement. Comment définir la culture lorsqu’elle semble tout englober ? Comment s’appuyer sur elle pour susciter le dialogue entre les communautés ? Autant de questions que nous avons posées à Déwé Gorodey, à la fois militante politique et poétesse, rencontrée lors du festival Etonnants Voyageurs … 

 
 
En France, nous avons une vision de la culture qui est restrictive. Notre ministre de la culture s’occupe principalement de beaux-arts, de littérature, de musique, de théâtre. Vous êtes ministre de la culture de Nouvelle Calédonie. Est-ce qu’en Nouvelle Calédonie, la vision de la culture est plus globale ? 
 
Déwé Gorodey : Mon intitulé exact est "ministre de la culture, de la citoyenneté et de la condition féminine", un secteur où l’on peut faire des choses transversales. Au-delà de la culture, il y a la citoyenneté et la condition féminine et je lie très bien tout ça. Nous organisons des manifestations qui, de toutes façons, intéressent la culture, que ce soit la journée internationale de la femme ou le mois de la citoyenneté. En Nouvelle Calédonie, nous avons une vision plus globale et nous faisons effectivement des manifestations transversales. Je ressens la culture comme ça : une culture ouverte sur les autres secteurs sans cloisonnement.
 
 
La culture peut-elle, par exemple, inclure la gastronomie ?
 
Déwé Gorodey : Bien sûr. On organise des évènements pour permettre l’échange des uns et des autres. Mettre en relation des pratiques culinaires traditionnelles avec des pratiques culinaires vietnamiennes, ou avec d’autres cuisines. 
 
 
L’artisanat et les pratiques traditionnelles rentrent également dans vos attributions? 
 
Déwé Gorodey : Absolument. On fait tout cela ensemble.
 
 
 
 
 
Déwé Gorodey, au festival Etonnants Voyageurs, aux côtés de Michel Le Bris et du maire de Saint-Malo
 
 
 
 
Comment, sur un périmètre aussi complexe, aussi riche, définiriez-nous votre travail et votre fonction ?
 
Déwé Gorodey : Pour nous, ce qui compte, c’est plus d’honorer une culture vivante que de financer la restauration d’un monument, pour la simple raison que nous n’avons pas de monuments. Nous sommes un peuple en lien direct avec la terre ou avec la mer. Les seuls monuments que nous avons chez nous sont les monuments coloniaux, datant de la colonisation. Cela n’empêche pas de prendre en compte l’histoire de notre pays. Chez nous, il y a des ressortissants de la colonisation et nous, le peuple autochtone. Pour nous, la culture nous la portons en nous et elle nous lie aux autres. C’est notre part d’humanité. 
 
 
La Nouvelle-Calédonie est très diverse. Il s’y parle plus d’une dizaine de langues. Peut-on parler de "la" culture ou devrions nous dire ministre "des" cultures ? 
 
Déwé Gorodey : On pourrait dire ministre des cultures. Nous les Kanaks, nous avons 28 langues. En plus des 28 langues, il y aussi les autres citoyens, pour ne pas dire communautés. En Nouvelle-Calédonie, dans le langage courant, on parle de communautés. Mais je pense que ce terme est beaucoup plus restrictif que celui de citoyen. Ma tache aussi, en tant que ministre de la citoyenneté, est de faire en sorte que les gens prennent conscience qu’on doit construire notre citoyenneté. Le terme citoyenneté a un sens qui a un rapport avec la démocratie, avec la bonne gouvernance. 
 
 
 
 
 
 
Feni feni, extrait du nouvel album d'Edou, Tilai
 
 
 
 
L’été dernier nous recevions en France Dick & Hnatr. Cet été, c’est Edou qui va faire une tournée dans l’hexagone. Est-ce important que « la » ou « les » cultures de Nouvelle Calédonie s’exportent ? 
 
Déwé Gorodey : Tout à fait. Nous avons mis en place un organisme qui organise l’exportation du Kaneka, de la musique et des arts de là-bas en général. Pour continuer à nous faire connaître dans le monde. On est quand même loin et pas visibles sur la carte ! C’est très important pour nous.
 
 
C’est une façon d’obtenir une reconnaissance d’une culture et d’une dignité ? 
 
Déwé Gorodey : C’est très important la reconnaissance culturelle et la dignité chez nous. 
 
 
Peut-on espérer voir d’autres artistes calédoniens en France bientôt ? 
 
Déwé Gorodey : Dans le domaine de la musique nous avons tout un réseau. Effectivement, il y a Dick & Hnatr et Edou, mais il y en a d’autres derrière eux. Ils font beaucoup de travail, les musiciens. Pour moi, ils ont été très importants dans la construction d’une citoyenneté commune là-bas. 
 
 
 
Propos recueillis par François Mauger
 
 

 Et aussi sur le web :

- le site du gouvernement de Nouvelle-Calédonie

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