De Montpellier au Mali, l’aventure du Chauffeur est dans le pré

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Musique - Interview

Politiquement et artistiquement engagés, les musiciens du groupe Le Chauffeur est dans le Pré font de leurs projets des collaborations enrichissantes et transfrontalières. Après un spectacle avorté pour cause de mauvais temps l’année dernière, les Montpelliérains sont de nouveau sur la scène du festival Fiesta Sète le 29 juillet.

De Montpellier au Mali, l’aventure du Chauffeur est dans le pré

Politiquement et artistiquement engagés, les musiciens du groupe Le Chauffeur est dans le Pré font de leurs projets des collaborations enrichissantes et transfrontalières. D’abord musiciens itinérants aux sonorités balkaniques, leurs errances les ont menés en 2000 jusqu’au Mali avec un projet inédit : Imidiwen, échange musical avec quatre musiciens Touareg du Mali, Nina, Moussa, Yaya et Keli. Alors que la musique touarègue s’écoute désormais dans le monde entier, les frontières du Mali, elles, se ferment. Entretien avec Manuel Wicquart, clarinettiste dans les deux formations, qui fait le point sur Le Chauffeur est dans le Pré, revient sur la création d’Imidiwen et analyse la situation actuelle au Mali.

 
 
D’où vient exactement votre musette au goût bulgare ? Des bistrots de Montpellier ou des pics des Balkans ?
 
Manuel Wicquart: Ça  vient pas mal des bistrots de Montpellier, là où on a commencé à jouer nos compositions. A une époque à Montpellier, il y avait une grande dynamique au niveau des groupes locaux, les salles jouaient le jeu. Il y avait aussi pas mal de bars où il était possible de faire de la musique. Le Chauffeur est dans le Pré a aussi commencé avec un peu d’errance. Je ne pense pas qu’on puisse aujourd’hui qualifier la musique du Chauffeur de musique balkanique, même si, à une époque, on a fait pas mal de créations avec des rythmes composés et des sonorités un peu mineures qui évoquent d’autres zones d’Europe. C’est plutôt un mélange entre différentes inspirations de culture européenne. Le Chauffeur, avant de devenir un groupe professionnel, était un groupe qui nous servait à voyager, à aller jouer dans la rue, à découvrir les pays limitrophes de la France. On était musiciens de rue, musiciens dans les bistrots et dans les lieux qu’on rencontrait. Une manière de voyager en ayant quelque chose à partager. 
 
 

 
Les tribulations de Kapuscinski du groupe Le Chauffeur est dans le Pré

 
Vous avez une revanche à prendre avec le festival Fiesta Sète après l’annulation de votre spectacle l’année dernière ?
 
Manuel Wicquart: Non, on n’a aucune revanche à prendre. Je pense que le festival était désolé, comme nous, d’annuler ce concert, mais la soirée a fini sous la pluie. Ils ont été d’une grande honnêteté en même temps car ils nous ont reprogrammés cette année, pour qu’on puisse jouer, cette fois-ci à Marseillan.  Donc on y retourne. Il y a eu une déception le jour même, parce qu’on a toujours envie de jouer. Et le Théâtre de la Mer est un lieu magnifique ! Ce sont les aléas et les petites déceptions de la vie !
 
 
Suite à un voyage au Mali en 2001, vous avez fondé le groupe Imidiwen (« ami »). Pourquoi cette collaboration avec vos amis touaregs?
 
Manuel Wicquart: Toujours dans l’idée de déplacement, d’aller à la rencontre des  autres. Se dire que la musique, c’est un langage universel qui facilite les rencontres. Thomas Ball, l’accordéoniste, a mis les pieds là-bas en 2000, dans le nord du Mali et a commencé à y découvrir la musique traditionnelle et le blues malien, popularisé maintenant par Tinariwen. Tinariwen d’ailleurs à l’époque était complètement inconnu au niveau international. Thomas nous a ramené des petits enregistrements qu’il avait faits dans les campements. On a écouté et on s’est dits « Allez, c’est parti, on va voir par curiosité quelles possibilités on a là-bas ! » Et le projet a démarré comme ça. Le groupe s’est constitué avec le collectif Imidiwen, quatre musiciens touaregs maliens, et tout le Chauffeur, au fil des rencontres. 
 
 
Depuis cette première approche, vous rendez-vous régulièrement au Mali ?
 
Manuel Wicquart: Tout le groupe n’y est pas retourné, car c’est complexe financièrement. Cette zone est très loin de tout. On devait participer à des festivals du désert mais ça n’a pas pu se faire, pour différentes raisons, et par rapport à nos disponibilités à nous. On y est retournés à titre individuel mais depuis quelques années, c’est une zone où il n’est plus possible de mettre les pieds. Et en ce moment, c’est terminé, c’est une zone inaccessible pour sans doute quelques années, avec tous les évènements qui se sont passés dans le nord du Mali … 
 
 

Bande-annonce de la tournée d'Imidiwen
 
 
Le groupe angevin Lo’Jo a lancé le groupe Tinariwen. Vous collaborez avec des musiciens Touareg dans Imidiwen. Pourquoi le Mali et sa musique attirent-ils les musiciens français ?  
 
Manuel Wicquart: La richesse musicale au Mali est assez incroyable, extrêmement variée entre le sud et le nord, et ces influences culturelles sont très éloignées les unes des autres. Tout ce qui est lié à l’histoire, ou la co-histoire, la colonisation, le fait qu’il y ait eu des relations, la langue commune, font qu’il y a toujours eu des liens entre les pays francophones africains et la France ... Je pense que c’est par facilité. Et le Mali a une diversité culturelle musicale qui est immense, une grande richesse. Nous, c’était aussi le hasard et l’opportunité. On n’allait pas spécialement au Mali parce que c’était le Mali, ça aurait pu être ailleurs. Mais il se trouve qu’on avait la possibilité d’y aller, on avait des entrées, des contacts. C’est le hasard de la vie. Si d’autres opportunités se présentent ailleurs, on ira avec plaisir rencontrer d’autres cultures. 
 
 
En février dernier, vous aviez lancé un appel aux dons, aux côtés de Solidarité Tiers Monde, pour acheter des vivres et des couvertures pour les habitants d’Aguelhoc. Dans quelle situation sont-ils aujourd’hui ? 
 
Manuel Wicquart: On n’a pas de nouvelles fréquentes, les communications sont très compliquées. La problématique qui se pose maintenant,  c’est de continuer à développer et construire la zone nord du Mali. Toutes les écoles ont été fermées, le prix des denrées alimentaires a explosé. Là-bas, il y a différentes entités armées et politiques qui n’ont pas toutes forcément les mêmes intérêts. Il y a de l’islamisme radical avec des étrangers, des non-touaregs, qui sont arrivés là-bas. C’est une situation très délicate. Il y a aussi la reconquête par le Mali du sud de toute cette zone qui s’est déclarée indépendante. Donc avec le soutien de la CEDEAO, la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest, on ne sait pas trop ce qui va se passer pour les populations locales. Est-ce qu’il va y avoir une guerre avec la reconquête du sud ? Est-ce qu’ils vont rester dans une situation de division entre différents mouvements armés ? Vont-ils faire des projets politiques reconnus par les populations civiles ? C’est difficile de savoir et je pense que même les Maliens attendent de voir ce qu’il va se passer. Il y a eu beaucoup d’expatriés qui sont partis dans les pays limitrophes, en attendant que ça se calme. Mais ça créé des situations compliquées : en Algérie, ils se retrouvent dans des camps de réfugiés, sans leur système économique local. La situation a l’air d’être très difficile. Ces problématiques se posent même à nous, du point de vue du projet. L’organisation des déplacements pour les Touaregs est compliquée, ils doivent aller chercher des visas à Bamako… Tout devient plus compliqué. 
 
 

 
La rencontre entre Imidiwen et Le Chauffeur est dans le Pré
 
 
Comment s’organise alors la tournée et la promotion de votre album à paraître en fin d’année ?
 
Manuel Wicquart: Jusqu’à présent, tout a toujours été possible. Je ne pense pas qu’on puisse se mettre des barrières sans connaître la réalité des choses. Les musiciens là-bas nous disent qu’il faut y aller, qu’ils peuvent descendre à Bamako, venir et laisser leurs familles pendant cette période. A partir du moment où eux sont d’accord et partants, étant donné que les possibilités sont limitées pour eux, on travaille pour organiser la tournée. On espère qu’il n’y aura pas d’obligation d’annuler à la dernière minute. 
 
 
Etes-vous toujours engagés dans la mise en place de projets sociaux et humanitaires au Mali ?
 
Manuel Wicquart: Nous sommes en relation étroite avec des associations qui mènent des actions de développement et de solidarité là-bas, notamment Solidarité Tiers-Monde. Mais notre projet est un projet de coopération culturelle et on ne s’inscrit que là-dedans. On monte un projet qui est profitable aux musiciens avec qui l’on travaille, à leur réseau, et qui enrichit la zone là-bas. Sans eux, on ne pourrait pas mener ce projet. Eux sans nous non plus. C’est vraiment de la création et de la coopération mutuelle … 
 
 
 
Propos recueillis par Moriane Morellec
 
 
 
Et sur le web :
 
- Le site du Festival Fiesta Sète
- Le myspace d’Imidiwen 
 
 
 

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